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La guerre économique n’épargne pas le Maroc - Entretien exclusif avec Bernard Carayon, député français (UMP) du Tarn

· L’intelligence économique, politique publique, mais aussi sociale
· Le Maroc, comme la France, ne sont pas que des marchés!
· Nous sommes en retard par rapport à nos concurrents


Si vous vous intéressez à l’intelligence économique (IE), il y a fort à parier que vous avez consulté au moins un rapport qui évoque son nom. Bernard Carayon est incontestablement une des personnalités emblématiques en matière d’IE en France. Il est surtout un des politiques dont les propositions ont révolutionné les pratiques dans ce domaine. En 2003, Raffarin avait confié à ce député du Tarn, fortement médiatisé depuis, la réalisation d’un rapport sur l’état des lieux en matière d’IE. Ses travaux rendus publics en 2003 allaient conduire à une série de propositions censées permettre à la France de rattraper son retard, notamment par rapport aux Etats-Unis.

Alors que le Maroc peine à faire aboutir, ou du moins à institutionnaliser son projet d’IE, Carayon estime que les enjeux sont aujourd’hui mondiaux.

- L’Economiste: Près de deux ans après avoir finalisé votre rapport sur l’IE, pensez-vous avoir été suffisamment entendu par les autorités françaises?
- Bernard Carayon: En juin 2003, mon rapport Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale a proposé à la fois un bilan et une série de propositions. Qu’en est-il en 2005? Un haut responsable à l’intelligence économique a été nommé dans les services du Premier ministre au SGDN (secrétariat général pour la Défense nationale), les ministères les plus importants ont leur délégué à l’intelligence économique. Deux évènements encourageants ont également eu lieu au début de l’année: la généralisation de l’expérience d’intelligence économique en Régions par le ministère de l’Intérieur et la sélection de pôles de compétitivité. La France commence à comprendre l’importance du dialogue entre acteurs privés et publics et la nécessité d’une réflexion stratégique commune. L’autre évènement est le lancement récent d’un fonds d’investissement pour soutenir les PME les plus innovantes dans les secteurs de souveraineté. Là encore, sur mes propositions, nous sommes passés à l’acte pour défendre les secteurs qui garantissent la bonne place, l’indépendance, dans certains cas, de la France dans la compétition internationale par une modification de la loi sur les investissements étrangers en France. Ajoutons à cela un effort pour rendre plus opérationnels des enseignements très hétérogènes dans les universités, les écoles de commerce et d’ingénieurs. Mais ces actions restent éparses si elles ne sont pas soutenues par une volonté politique unique et cohérente, au service d’une stratégie d’envergure européenne.

- Votre travail semble avoir eu plus de portée que celui d’Henri Martre. Qu’est-ce qui a changé entre-temps, la conjoncture ou les hommes?
- Le rapport du Commissariat Général du Plan en 1994 a eu le mérite d’introduire le terme d’intelligence économique en France. Mais cantonner l’intelligence économique, donc la politique de compétitivité nationale, à une définition aussi restrictive que celle de la veille me semble dépassé. Mon rapport s’inscrit dans une vision résolument active, certains disent pro-active, opérationnelle, globale et volontariste. Mes propositions, que j’ai eu la prudence de faire valider par leurs usagers et leurs destinataires naturels, ne coûtent rien à l’Etat. Enfin, j’ai proposé des mesures institutionnelles, juridiques et financières, traduisant l’engagement de l’Etat au service de nos entreprises stratégiques. De plus, la communauté de l’intelligence économique en France continue son travail de sensibilisation et se structure de façon efficace. Les acteurs économiques, publics ou privés, ont compris les enjeux de l’intelligence économique: considérer l’information comme un bien économique, ne pas se leurrer sur les enjeux stratégiques de la compétition économique mondiale.
Finalement, peu importe, les hommes ou la conjoncture. Ce qui compte, c’est notre pays et notre capacité à engager des réformes de nos modes de travail.

- Vous êtes un ardent défenseur des thèses de guerre économique. Est-ce que c’est uniquement une affaire de superpuissance ou estimez-vous que les réflexions à ce niveau peuvent aussi concerner des économies émergentes comme le Maroc?
- L’intelligence économique est l’affaire de tous : Etat, acteurs sociaux, citoyens, entreprises et syndicats. Elle fournit à la communauté nationale la grille de lecture et les outils nécessaires à la construction d’un avenir commun, voulu par tous, le “dessin du destin”. Le cadre actuel de guerre économique mondial n’épargne ni le Maroc, ni la France, ni les autres puissances d’ailleurs, qu’elles soient locales, régionales ou internationales. Si l’on considère la situation depuis le Maroc, on peut dire que les Marocains ont tout à gagner à s’appuyer sur l’intelligence économique dans ce contexte. Vous devez participer à la constitution d’un pôle économique régional, capable de porter vos intérêts dans le cadre de projets comme l’euroméditerranée.

- Dans un pays comme le nôtre où le déficit social est important, comment convaincre que les pilotages politiques en matière d’IE ne sont pas un luxe?
- L’intelligence économique, politique publique, est aussi une politique sociale. Le Maroc, comme la France, se trouvent confrontés aux avatars de la mondialisation: délocalisations, industrialisation stoppée nette, pertes d’emplois, fuite des cerveaux… Le dessin du destin doit également être le “dessein du destin”: faire de l’intelligence économique une politique publique au service de tous. Le Maroc, comme la France, ne sont pas que des marchés! Aux Marocains de définir ce qui est essentiel de préserver et de promouvoir, pour transmettre aux générations futures un pays qui soit autre chose qu’un hypermarché, au centre d’un champ de ruines sociales. Exemple galvaudé mais ô combien criant de la réalité de la guerre économique mondiale, je pense en particulier à l’industrie textile. Avec le démantèlement total de l’Accord multifibre, les politiques de quotas qui ont permis aux entrepreneurs marocains de bâtir leur puissance ont été levées. Des concurrents ultracompétitifs sont apparus tels que l’Inde ou la Chine, et inondent depuis le marché européen de produits à bas prix. Pour éviter la débâcle économique, une mutualisation des compétences et des énergies devient urgente. C’est le rôle dévolu à l’intelligence économique, nécessairement pilotée au niveau du politique.

- Selon votre formule, désormais classique, de «trois mariages et un enterrement» , par où commencer, les mariages ou l’enterrement?
- L’un ne va pas sans l’autre. L’intelligence économique est un patriotisme économique au travers duquel peuvent se réconcilier les administrations publiques, le secteur public et le secteur privé, l’information blanche avec celle qui l’est un petit peu moins... Alors enfin sauteront tous les freins à la construction d’une puissance économique, politique, scientifique ou culturelle. Comment faire pour réaliser «trois mariages et un enterrement” (ndlr: mariage des administrations publiques entre elles, mariage du public et du privé, et mariage de l’information blanche avec celle qui l’est moins. L’enterrement porte sur les “naïvetés” ?) Comprendre enfin le monde dans lequel nous évoluons: les marchés ne se conquièrent plus par les seuls critères de la qualité et du prix. Si nos principaux concurrents l’ont bien compris, la réaction qui doit être la nôtre n’est plus celle du choix mais de la nécessité. La première étape de sensibilisation correspond à cet “enterrement” que j’ai appelé de mes vœux: celui des naïvetés françaises. Bien que celle-ci réclame une attention de chaque instant, je me réjouis que nous abordions, en France, le débat sur des politiques de dialogue, de volonté, d’identité et de projection internationale: curieuse situation que celle qui réhabilite dans notre imaginaire collectif le patriotisme par l’économique…

- En quoi à votre avis les services de renseignements peuvent être d’un apport fondamental en matière d’IE?
- Nous avons beaucoup à apprendre de nos services de renseignements! Longtemps honnie, leur double culture est pourtant celle que se sont appropriés ceux qui réussissent. Une culture offensive d’abord, de projection et d’action où notre développement va de pair avec la déstabilisation des adversaires. Ensuite, une culture subversive, il faut bien le dire, dans les méthodes. Dans la compétition économique mondiale, l’utopie d’une main invisible guidant les marchés et leurs acteurs a fait long feu, mais son impact sur les plus dupes reste encore important. “La plus belle ruse du Diable -disait Baudelaire-est de nous persuader qu’il n’existe pas.” Les services de renseignements ont été les premiers, c’est leur métier, à nous alerter.
Les méthodes, comme les champs d’application, de l’intelligence économique ne sont pas ceux du renseignement, mais s’en inspirent fortement: le cycle de l’information, utilisé par bon nombre de grands cabinets, s’inspire principalement du cycle du renseignement. Le recours aux recoupements d’information (blanche ou grise, voire noire) constitue un autre exemple. Intelligence économique ne veut pas dire espionnage économique, mais les actions, leurs principes, et la “philosophie” du métier sont complémentaires des activités de renseignement.

- Si vous deviez insister sur une recommandation parmi les 38 de votre rapport, laquelle choisiriez-vous?
- Mon rapport comporte certes 38 propositions, mais toutes répondent à un seul objectif: rétablir la paix économique mondiale au sein de laquelle la France doit avoir la place qu’elle mérite. Voilà ce que je retiens avant tout.
Ce n’est que lorsque nos élites et nos concitoyens auront pris conscience de la nécessité d’une politique publique d’intelligence économique que la mission que m’a confiée le Premier ministre sera arrivée à son terme. Pour l’instant, je constate que tout n’a pas été fait, alors tous nous devons redoubler d’effort. En 2004, la France est le pays de l’Union européenne qui a sans doute le plus œuvré pour faire de l’intelligence économique une priorité nationale. C’est encourageant, mais à l’inverse cela signifie que nous sommes encore en retard par rapport à nos concurrents internationaux. Ma recommandation la plus importante serait donc de ne pas nous arrêter en si bon chemin.

- Chez une grande partie de l’élite marocaine, il semble y avoir une prédisposition pour un modèle d’IE à la française. Mais rien n’exclut que demain les chants de sirène ne soient américains?
- Depuis le colloque de Tétouan (cf. www.leconomiste.com), le Maroc a su prendre, semble-t-il, la mesure des enjeux qui sont les nôtres, car nous sommes tous concernés, je le répète. En outre, la dynamique impulsée par Driss Alaoui Mdaghri est de très bon augure car elle est portée par un leader d’envergure nationale qui aura, je l’espère, le courage politique de mener à bien ce combat de sensibilisation et de réformes dignes d’une révolution copernicienne. Le modèle d’intelligence économique “à la française” a émergé depuis deux ans afin de promouvoir la paix économique mondiale et non l’inverse. Les relations entre pays de l’Euromed peuvent être avantagées bien au-delà d’un accord de libre-échange. Il peut y avoir une fascination des élites pour un mythe, mais l’aliénation culturelle, politique ou économique n’apporte rien. C’est vrai que les Américains sont séduisants. L’expérience nous montre que ce sont bien là de simples, mais dangereux chants de sirènes, qui cachent de trop gros écueils. Nombreuses sont les entreprises françaises, de la PME à la multinationale, qui en ont fait l’amère expérience...

- Dans notre paysage politique, un député très au fait des aspects de nouvelles technologies, d’IE, d’Internet, cela fait un peu surréaliste. Quelle est votre recette?
- La passion de mon pays et de l’Europe. Une prise de conscience: ne pas passer à côté des enjeux cruciaux du XXIe siècle. Une conviction: l’intelligence économique offre la grille de lecture pertinente pour comprendre l’ère de notre monde à l’âge de l’information et de la guerre économique. Une volonté: dépasser les clivages traditionnels qui oscillent entre irénisme et conflit systématique. En bref: mon devoir d’élu!

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Une affaire de Défense nationale et de DST aussi

Le rapport Bernard Carayon formule 38 propositions concrètes qui, pour la plupart, visent à sensibiliser, former et surtout réorganiser les services de l’Etat autour du concept de «guerre économique». Parmi celles-ci, certaines proposent de créer sur le modèle de l’administration Clinton qui avait mis en place un National Economic Council dès 1993, la création d’un Conseil national pour la compétitivité et la sécurité économique (CNCSE), placé sous l’autorité du Premier ministre. «Son rôle est d’alerter le gouvernement sur les thèmes critiques (ruptures technologiques, thèmes de recherche, nouvelles pratiques économiques, problèmes de sécurité...)», précise le texte. D’autres mesures ciblent la formation, l’intelligence économique territoriale, le secrétariat général de la Défense nationale (SGDN), ou encore la Direction de la sécurité du territoire (DST).

Carayon invite à ce propos ces services à revoir leurs systèmes d’information et à surveiller notamment les activités des multiples officines qui font de près ou de loin commerce d’influence et de renseignement: cabinets de lobbying, d’avocats d’affaires, d’audit, agences de détectives, de relations publiques, consultants en management.

Casablanca,06 06 2005
Mohamed Benabid
L'Economiste
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