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Amani, finaliste : le phénomène Star Academy

Honnie par les intégristes et différents radicaux, adulée par des millions de téléspectateurs de par le Monde arabe la plaçant au top de l’audimat, l’émission Star Academy dans sa version arabe est depuis un an et trois mois objet de toutes les polémiques. La finale oppose ce vendredi 16 avril la Tunisienne Amani et le Saoudien Hichem, et le pays se mobilise derrière sa candidate, GSM en main pour le vote. Même la chaîne nationale s’y est mise en achetant les droits de diffusion. Zoom sur un phénomène de société qui a chamboulé les priorités audiovisuelles des Tunisiens et fait vibrer leur cœur.

Tsahal a beau protéger ses colons et renvoyer de chez eux des Palestiniens, le Pentagone a beau ordonner l’attaque de villages ou de cités remplies de terroristes ou de résistants, ce ne sont plus eux qui font la une de l’actualité internationale en Tunisie. C’est désormais la Libanaise LBC qui est au top de l’audimat tunisien grâce à son émission Star Academy.

Depuis le 31 décembre 2004, quinze semaines durant et jusqu’au 15 avril, le Monde arabe vit sur le rythme de seize jeunes originaires de Tunisie, du Koweït, d’Arabie Saoudite, du Bahreïn, d’Egypte, de Libye, de Syrie, d’Irak, du Maroc et du Liban.

Ces jeunes vivent nuit et jour ensemble durant cette période dans une sorte de loft où ils prennent des leçons de musique, de danse, de théâtre, de chant, données par des professeurs libanais de haute qualification. Objectif : dénicher, parmi ces compétences présélectionnées entre des dizaines de milliers de candidats, la star de la chanson arabe. Une star à la belle voix, mais aussi au bon comportement, à la bonne tenue sur scène, à la bonne culture. Pour atteindre le podium, elle doit convaincre ses enseignants, ses camarades et les dizaines de millions de téléspectateurs qui voteront pour elle via téléphone surtaxé. Les candidats s’exerceront, durant toute la période, sur les plus grands tubes de la chanson arabe des dernières décennies.

Une poule aux œufs d’or

Financièrement, le concept (importé d’Europe où il a très bien réussi) est une poule aux œufs d’or pour le producteur. Il a des revenus de partout : surtaxation téléphonique, publicités, goodies, tournée de concerts dans les pays arabes, CD reprenant onze des meilleurs tubes du groupe, et CD et DVD de la tournée en plus des droits de diffusion cédés aux chaînes. Ceci permet largement de financer le séjour des candidats, de leurs invités, de leurs parents pour certains (à l’instar de Amani dont la maman et la grand-mère sont parties au Liban), l’achat des droits d’exploitation de la maison mère, la location d’une fréquence satellite pour la chaîne exclusivement dédiée à l’émission et de payer les gros prix récompensant le mérite des vainqueurs.

Amani, si elle gagne ce vendredi, rentrera à Sfax avec la bagatelle de 50.000 dollars, une voiture Ford Mustang (d’une valeur de 50.000 dollars également) et plein de cadeaux. Autant de prix payés par le producteur, qui s’est rempli les caisses bien avant. Précisons, au passage, que la jeune étudiante sfaxienne n’a que 22 ans.

Autres bénéficiaires de la Star Academy, les chaînes de télévision arabes qui ont acquis les droits de diffusion de l’émission à l’instar de Tunis 7, depuis vendredi dernier, qui a surpris tout le monde par cette programmation. Une programmation fortement applaudie par les citoyens n’ayant pas la parabole et qui entendent seulement parler du phénomène. L’impact sur la chaîne nationale est immédiat, comme on peut le constater à travers les spots publicitaires qui se sont multipliés à l’occasion de l’émission.

Last but not least, une petite société récemment créée, au nom de Noor, met à la disposition des Tunisiens un serveur vocal pour voter Amani et envoyer des SMS à l’émission. Au prix de 360 millimes le SMS (soit six fois le prix d’un message classique) 150 millimes le prix de la minute de communication (soit huit fois plus) à partir d’un fixe et 300 millimes à partir d’un mobile, Noor gagne des dizaines de milliers de dinars grâce à cette surtaxation téléphonique lui permettant de payer des placards publicitaires par pages entières dans les journaux les plus chers de la place. Contactés par Réalités, la direction de Noor n’a pas souhaité répondre à notre question sur le nombre d’appels et de SMS reçus par jour. Cela dit, on remarque l’encouragement (ou le nationalisme comme le soulignent les fans) de cette jeune entreprise à l’émission la dernière semaine d’avant la finale puisque on a consenti une baisse de 35%.

38,5% de taux d’audience

L’engouement pour l’émission est donc clair et il est prouvé, si besoin est, par les chiffres que fournit M. Hassen Zargouni, directeur de l’Agence Sigma Conseil.

Pour le seul vendredi 8 avril, date de la demi-finale, 3.573.171 téléspectateurs tunisiens âgés de quatre ans et plus ont regardé l’émission. L’Agence note que 22,5% de l’ensemble des Tunisiens l’ont vue sur LBC et 16% l’ont vue sur Tunis7. En tout, donc, 38,5% des Tunisiens de plus de quatre ans ont regardé la demi-finale qui a consacré la Tunisienne Amani Snoussi et le Saoudien Hisham, d’après le sondage effectué au lendemain de cette demi-finale.

Pour l’émission quotidienne, 10,5% de cette population (soit près d’un million de téléspectateurs) l’ont regardée durant la semaine du 2 au 7 avril, ce qui propulse la chaîne LBC à la deuxième place des chaînes les plus regardées par les Tunisiens (avec un taux de pénétration de 13,3%) et à la première place des chaînes étrangères. En termes plus clairs, 1.227.889 Tunisiens regardent LBC tous les jours et près d’un million d’entre eux regardent la Star Ac. Tunis 7, dont le taux de pénétration de 41,5% reste favorisé par l’absence d’une antenne satellite chez la moitié des Tunisiens, cherche à éviter à être talonnée de près, d’où l’achat des droits de diffusion qui lui a permis de gagner quelques centaines de milliers de téléspectateurs qui allaient zapper sur LBC. Vendredi prochain, date de la finale, l’engouement risque d’être encore plus accentué et les prévisions (scientifiques) le prouvent.

“ Ce sera comme lors des matchs de foot des qualifications finales de la Coupe d’Afrique des Nations ”, prévoit M. Hassen Zargouni. Expert en la matière, il pense qu’il y aura une croissance de 20% à 30% du pourcentage de téléspectateurs le vendredi 15 avril au soir. Soit, selon les prévisions, entre 58,5% et 68,5% de la population tunisienne âgée de quatre ans et plus va regarder la finale de la Star Ac.

Vu ces chiffres, il est donc clair que le citoyen est “ obnubilé ” par les “ “Académyciens ” comme on se plait à les appeler.

L’engouement des Tunisiens de tous âges

Sarra, femme au foyer, la quarantaine. Elle n’a pas de chaîne préférée, elle n’a qu’une chaîne : Star Academy. Là, on diffuse 24/24 heures (sur le satellite d’Arabsat) ce qui se passe au Loft en direct grâce à 64 caméras. Le soir, elle zappe sur LBC pour le résumé des péripéties du jour. Entre temps, sa télé est allumée toute la journée et elle accompagne ses jeunes vedettes dans ce tout ce qu’elles font : “ Quand ils font du sport, je fais du sport. Quand ils se maquillent, je me maquille. Quand ils chantent, je chante. J’essaie de les suivre quand ils dansent et je ne manque pas de me concentrer sur les conseils qu’ils reçoivent ”. Entre janvier et mars, Sarra évite autant que possible de sortir de chez elle et quand elle sort, c’est généralement dans une maison où Star Academy est diffusée. Quand Mme Leïla Ben Ali, épouse du Président de la République, a envoyé à la candidate, le 11 avril, un bouquet de fleurs à l’occasion de son anniversaire, Sarra en a informé tout de suite toute la famille. Elle était tellement fière qu’on se demandait si c’était elle ou Amani qui avait reçu le bouquet ! Un jour, elle n’a pas hésité à prendre le téléphone pour protester auprès des animateurs de Mosaïque FM, qu’elle accuse de ne pas parler assez de Amani. “ Vous parlez toujours de sport et jamais assez de Star Ac. Amani représente et honore tous les Tunisiens, c’est votre devoir que de lui consacrer un peu de vos émissions ! ”.

Autour d’elle, elle ne parle que de Amani la Tunisienne, Randa et Zizi les Egyptiennes ou encore Hanan la Marocaine. Quand Zizi, la semaine dernière, a été battue par le Saoudien Hisham, elle a crié au scandale et c’est le plus naturellement du monde qu’elle a pris son téléphone pour appeler tous les membres de sa famille, leur demandant de ne plus se contenter de regarder le Prime de LBC, mais de voter pour Amani. A ceux qui s’en sont aperçus et lui disent que le vote coûte très cher, elle leur rétorque que c’est un devoir national de soutenir Amani, d’autant plus que “ nous sommes une petite population et que même si l’on s’y met tous, on ne fait toujours pas le poids face aux Arabes du Golfe. ”

Une réflexion qui lui a été inspirée par les SMS qu’on lit en boucle sur la chaîne d’Arabsat : ceux du Golfe soutiennent les Koweïtiens, Saoudiens et Bahreïnis, ceux du Maghreb (plus l’Egypte et le Liban), soutiennent les Tunisiens, Marocains et Libanais. Depuis le vendredi 8, date de la demi-finale, le partage est clair : il y a le Golfe et le Maghreb ! Au Maroc, un SMS parle de “devoir” pour soutenir la Maghrébine. En Egypte, où l’on n’a pas du tout apprécié que leur candidate soit éliminée (injustement souligne-t-on) par un Saoudien, on se rappelle que la Tunisie se trouve comme l’Egypte en Afrique du Nord. Au Liban, c’est la Méditerranée et Didon qui refont surface et se présentent parmi les arguments pour le soutien de la Tunisienne.

Foudres des conservateurs

Pourquoi regarde-t-on cette émission et qu’a -t-elle a apporté de spécial ?

Parmi les mérites que ses défenseurs ne cessent de faire valoir, la Star Academy a eu celui de réunir tous les Arabes autour d’un évènement positif. “ Quelle émission d’une télé arabe a réussi à réunir autant de téléspectateurs en même temps et aussi longtemps ?”, fait remarquer le producteur lors d’une interview accordée à un magazine féminin.

L’unité reste cependant toujours totalement absente, car la Star Ac a attiré les foudres des conservateurs puritains, fondamentalistes, rigoristes et autres conservateurs et ne manque pas d’être l’objet de sermons dans les mosquées à travers le Monde arabe.

Sur Iqra, une des chaînes fondamentalistes, l'émission “ Avec Awadi ” donne, pendant une heure, la parole à un religieux intégriste. Pour commenter les méfaits de la télé-réalité et conseiller les pieux Musulmans de s’en éloigner : “ Il existe une école de pensée aux États-Unis, matérialiste et laïque, qui prétend que l'art doit être le miroir de la réalité. (…) Pour nous, la réponse est dans notre Islam. La réalité telle que reflétée par les programmes comme Star Academy, Big Brother, Superstar n'est autre que la glorification du vice (…). Les promoteurs de ces programmes, qui sont nos adversaires, ont recours à un subterfuge diabolique pour faire accepter leurs idées. Les cerveaux de nos intellectuels arabes sont colonisés par l'Occident. Ce sont des cerveaux mendiants (…) ».

Malgré tout cela, StarAc reste au top de l’audimat. Les parents conservateurs ont beau interdire aux leurs (à commencer par leurs épouses) de regarder l’émission, ils ne se font pas obéir ! Il y a toujours des imams pour contredire les fatwas islamistes !

En Tunisie, où le doute s’est installé un instant chez quelques conservateurs, on a rapidement fait le tour de la question pour “ haléliser ” la Star Ac. Après tout, ce ne sont que des jeunes qui s’amusent et qui chantent. Il s’est trouvé cependant plusieurs parents, quoique fans de l’émission, pour interdire à leurs enfants (et notamment aux filles) d’aller aux présélections qui ont eu l’été dernier à l’Abou Nawas Tunis. «C’est déjà bien que je la laisse regarder la télé ! Hors de question qu’elle y participe !», commente un jeune d’une vingtaine d’années à propos de sa sœur ! Le “ macho ” ne manque pas cependant d’aller faire la queue devant l’hôtel !

Le phénomène, bien qu’il concerne la masse et tous les âges, ne touche cependant pas toutes les couches de la population. Les francophones voient mal cette copie de l’émission de TF1 et préfèrent Nolwen, Michaël et la Marocaine Sofia (les stars de la Star Ac française) aux Amani, Hisham et Zizi dont ils ne veulent même pas entendre parler.

Les “ intellectuels ”, eux, sont généralement allergiques à toute émission de téléréalité, synonyme d’absence de toute créativité et de tout intérêt.

On ne manque pas, dans ce milieu, de se désoler du “ boycott ” du Festival de la Chanson tunisienne, organisé il y a une quinzaine de jours, au profit de ces “ pseudo ” tubes. “ Triste jeunesse et triste population qui ne distingue plus le bon du mauvais ”, regrette un critique d’art.

Quand un ministre démissionne

Mais en dehors de ces petits différends familiaux, la Star Ac arabe n’a pas fait que des heureux et compte déjà, à sa deuxième année, son lot de victimes. A commencer par Hisham, le finaliste saoudien, qui s’est attiré les foudres de la presse conservatrice locale. Mais le cas de victime le plus célèbre est incontestablement Mohammad Abou Al- Hassan, ancien ministre koweïtien de l’Information.

Depuis mai 2004, le ministre est objet de critiques suite à l’autorisation qu’il a accordée pour la tenue du concert des jeunes stars. Une partie de la presse locale la juge carrément “indécente”. Le gala, qui a eu lieu le 6 mai 2004, a été vivement contesté, et plus de 500 islamistes koweïtiens ont manifesté pour empêcher son déroulement.

Les députés islamistes koweïtiens avaient décidé, le 8 mai, de demander l’audition du ministre. “Le gouvernement doit entreprendre une révision de sa politique de l’information, dont la réglementation des concerts, qui devrait, entre autres, stipuler aux femmes l’interdiction de chanter en public en présence d’hommes”, demandent ces députés koweïtiens.

Quelques mois plus tard, le 2 janvier dernier, le ministre, seul ministre chiite de l’Emirat, a présenté sa démission !

Ses accusateurs lui reprochent d’avoir autorisé, en novembre 2004, la tenue de concerts de musique pop durant la fête de l’Aïd-el-Fitr et d’avoir porté “ atteinte à la morale islamique de la société koweïtienne ”. En particulier, l’autorisation octroyée aux organisateurs de la Star Academy de réaliser au Koweït un épisode de l’émission. Face au tollé, et se retrouvant accusé de “ s’écarter du "cadre licite" dans lequel devraient s’insérer les émissions de variétés ”, le ministre a préféré jeter l’éponge.

Les députés tunisiens ont d’autres chats à fouetter : “On ne va pas s’occuper d’une émission de télévision qui, en plus, fait l’unanimité ! ”, fait remarquer un député qui avoue n’avoir jamais regardé l’émission. Du côté de la TV nationale la politique est claire : on encourage. La meilleure preuve est l’achat des droits de l’émission par Canal 7. Vu que LBC ne diffuse que sur satellite et ne touche donc pas tous les Tunisiens, dont une partie ne possède que l’antenne hertzienne, on vise les masses !

Et ce sont ces masses qui regardent aujourd’hui la Star Ac, qui encouragent Amani à gagner. Le phénomène ne va pas s’arrêter là, si l’on juge d’après ce qui se passe en Europe et de l’engouement de la rue arabe, parce qu’après la finale, il y aura les CD et DVD et la tournée qui touchera l’écrasante majorité des pays arabes. Ceci tiendra en haleine les fans jusqu’à décembre 2005 pour la Star Academy, 3ème saison !

N’en déplaise aux puritains de tous genres, le feuilleton ne fait que commencer !

Tunis,04 18 2005
Rédaction
Réalités
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