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Une autoroute «verte» pour Tanger

· Techniques innovantes pour respecter l’environnement

C’est un ouvrage qui étonne par ses dimensions. Le futur viaduc d’Oued Tahaddart, par lequel passera le tronçon d’autoroute Asilah Tanger, a été un défi pour ses concepteurs. L’ouvrage d’art cumule déjà les superlatifs. Avec ses 1.372 mètres, il sera le plus long viaduc du pays, mais il sera aussi le plus propre et le plus respectueux de son environnement.

Réalisé à hauteur de 90%, il aura nécessité près de 11.000 tonnes d’acier et 57.000 mètres cubes de béton, de quoi réaliser plus de 1.800 appartements de 100 m2 chacun, se plaisent à rappeler les ingénieurs chargés du projet. Le viaduc sera porté par 344 pieux de plus de trente mètres de haut, totalisant plus de 10 km de long portés bout à bout. Mais le vrai défi n’a pas été la longueur mais plutôt la nature du site. Le viaduc traversera une zone de très fort intérêt biologique et écologique, le site de Tahaddart. Ce dernier est le point de passage obligé de nombreuses espèces protégées dont les flamands roses et les cigognes. Ces espèces trouvent dans les eaux marécageuses créées par l’Oued Tahaddart un lieu de repos avant de continuer leur émigration. En plus, une tortue autochtone remonte les eaux de l’oued chaque année pour venir pondre ses œufs dans les rives sablonneuses.

La fragilité de cette zone a imposé aux concepteurs du projet diverses contraintes. D’abord, à l’intérieur du périmètre du site, aucune aire de repos ni d’arrêt n’a été prévue, afin de minimiser les nuisances à l’environnement. En plus, un grand soin a été apporté à la collecte des eaux de ruissellement. Ces eaux sont potentiellement dangereuses car elles peuvent être chargées en éléments polluants (huiles de moteur, métaux lourds, etc.). “Ces huiles seront récupérées et amenées vers des bassins de décantation et de déshuilage, ce qui constitue une nouveauté au Maroc”, note Othman Fassi-Fihri, directeur général d’Autoroutes du Maroc. Ces éléments sont prévus le long du viaduc et sur tout le trajet traversant les 14.000 hectares du site de Tahaddart. Le choix même du principe du viaduc a été dicté par des considérations environnementales, explique Karim Ghellab, ministre de l’Equipement et du Transport. Ceci permet à l’ouvrage d’être plus “transparent” écologiquement et de ne pas trop perturber l’environnement naturel de la faune.

Un autre superlatif reste celui des surprises. Selon un ingénieur marocain, le tronçon Tanger Asilah est l’un des plus difficiles. Non pas par sa longueur, environ 30 kilomètres, mais surtout par la nature des sols. Le cauchemar de tout entrepreneur de travaux publics ce sont les sols compressibles. Ces derniers sont imbibés d’eau et se comportent telle une éponge. En cas de charge (véhicules, bâtiments), le sol s’affaisse. Dans le cas de ce tronçon, l’affaissement aurait pu atteindre plus de 2 mètres, avec le risque de voir des investissements colossaux partir en fumée. Pour assainir le trajet, pas de choix, il faut des méthodes de drainage dont l’élément clé reste le temps. Les zones sont traitées et laissées en repos pendant six mois à une année, le temps qu’elles perdent de l’eau et atteignent leur degré d’affaissement maximal, est-il indiqué chez Autoroutes du Maroc. Ce n’est qu’après qu’on peut démarrer le travail. Cinq zones compressibles ont été identifiées dès le départ. Trois autres ont été découvertes en cours de route. “Le tracé a été une vraie école pour nous, à chaque pas c’étaient des surprises”, note l’un des ingénieurs responsables du projet. Une zone compressible, c’est aussi des coûts supplémentaires, mais là, il n’y aura pas de surprises, puisque, selon Ghellab, les coûts seront absorbés dans le cadre de la marge d’erreur calculée au départ. Le coût total prévu étant de 1,3 milliard de DH.

Casablanca,01 17 2005
Ali Abjiou
L'Economiste
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