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La phrase qui fit scandale: «George W. Bush, le meilleur sergent-recruteur d’Al Qaida»

Francis Ghilès est membre de
l’Institut européen de la Méditerranée (Iemed). Situé en Espagne, l’Iemed est une sorte de think thank qui agit en tant qu’observatoire des politiques méditerranéennes.
Ghilès a été durant de longues années le spécialiste du Maghreb pour le quotidien britannique Financial Times. Il a donné et donne de nombreuses conférences et analyses sur le monde arabe et la Méditerranée

L’épidémie d’enlèvements d’étrangers en Irak qui accapare les grands titres des médias internationaux depuis quelques semaines fait des victimes sans distinction de nationalité ou de religion. Cette épidémie n’est en fait pas récente: tout simplement, les journaux et chaînes de télévision occidentales réservent leurs manchettes aux victimes étrangères, ce qui n’est guère pour surprendre, mais quelque peu insultant pour les victimes irakiennes qui sont bien plus nombreuses et vivent -depuis la chute de Saddam Hussein- dans un pays livré à l’insécurité et au banditisme. Les réalistes parlent d’anarchie.
Aujourd’hui, absolument personne ne peut être assuré de sa propre sécurité, même ceux qui travaillent dans le périmètre «vert» qui dans la capitale, Bagdad, regroupe les ministères irakiens, le siège des organismes de sécurité et les ambassades dont l’ambassade américaine.
Les étrangers sont enlevés et puis exécutés ou relâchés, sans distinction de pays. Ils peuvent provenir de pays arabes ou européens qui se sont opposés à l’invasion anglo-américaine comme la France, l’Egypte, la Jordanie, la Turquie et le Canada ou de pays qui l’ont soutenue comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Italie, les Philippines, la Corée du Sud, le Japon ou le Népal.
Ce dernier, un petit pays, n’a pas moins de 15.000 travailleurs en Irak et il a vu 12 de ses nationaux exécutés en une seule fois, ce qui a provoqué de violentes émeutes antimusulmanes à Katmandou. La décapitation récente et particulièrement macabre des deux otages américains et de l’otage anglais risque bien sûr d’avoir un impact politique plus grand que ce ne serait le cas pour des ressortissants d’un pays de moindre importance que les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne.
Quel que soit le nombre des victimes étrangères, il est insignifiant par rapport à celui des victimes irakiennes: toutes les familles irakiennes sont affectées de près ou de loin par cette épidémie. Le résultat de cette situation est un vaste exode des classes moyennes qui fuient vers les pays voisins, de gens dont la présence est essentielle à la reconstruction du pays.

· Poigne de fer

La situation actuelle de l’Irak rappelle quelque peu celle de l’Algérie du milieu de la dernière décennie, plus encore celle du Liban de la guerre civile.
Qui sont les auteurs de ces enlèvements? Les militants islamistes sunnites ne se cachent pas de leurs actes, leurs sites Web et les films qu’ils envoient aux stations de télévision arabes parlant d’eux-mêmes.
Mais il y a aussi d’anciens membres du Baath, le parti unique de l’ancien régime qui tint le pays dans une poigne de fer pendant quarante ans.
Il y a encore des officiers de police de l’ancien régime ou qui sont encore en activité.
Et il y a, tout simplement, des brigands et des criminels qui profitent de l’anarchie croissante dans le pays pour mener rondement leurs affaires, comme on peut le constater dans toute situation de guerre civile ou révolutionnaire.
Les Américains montrent sans cesse du doigt Abou Moussa Al Zarkaoui, qui serait un proche de Oussama Ben Laden, un wahhabite jordanien qui ne cache pas son souhait d’exterminer la majorité de la population -qui est de rite chiite. Mais il n’est sans doute pas un joueur-clé. En effet, sur 43.000 personnes arrêtées depuis la chute de Bagdad, 43 seulement étaient «étrangères».

· Les enjeux ethniques

Les Kurdes sont bien retranchés au nord. Ils gèrent de manière indépendante leur région, qui connaît un vrai boom économique depuis 1991. Les lignes de fractures ethniques entre ces Kurdes et Arabes sunnites, sont de plus en plus profondes. Les Kurdes ne pardonneront sans doute jamais aux Arabes sunnites les bombardements aux armes chimiques qui leur furent infligés par Saddam Hussein dans l’indifférence générale, il y a deux décennies.
Plus jamais, ils ne laisseront Bagdad les gouverner autrement que de loin, de très loin.
Les chiites, de leur côté, forment la majorité de la population.
Ils ne se laisseront pas confisquer le pouvoir comme ce fut le cas lors du mandat anglais après 1922, au profit des Arabes sunnites, eux aussi honnis pour les massacres qu’ils commirent dans les villes saintes de Karbala et Nadjaf en 1991.
L’essentiel des ressources de pétrole se trouve dans les régions sous contrôle kurde ou chiite, d’où la fureur de nombreux sunnites qui sentent bien qu’ils risquent de perdre un pouvoir qu’ils exercent dans la région depuis l’époque ottomane.
Enfin, restent les Turcomans au nord, qui représentent peut-être 15% de la population et dont les relations sont tendues tant avec les Arabes sunnites qu’avec les Kurdes. Un Irak fédéral semble offrir une solution idéale à tous ses conflits, mais les pays voisins seraient sans doute tentés d’intervenir, ce qui promet des conflits à n’en plus finir. L’Iran ne peut oublier que plus de la moitié des Irakiens est chiite.
Les Turcs ne peuvent oublier leurs propres populations kurdes et leur désir d’autonomie, pas plus que les Turcomans. La démocratie n’a pas grand-chose à voir dans tous ces affrontements d’autant que le gouvernement irakien et les dirigeants américains semblent prendre leurs désirs pour des réalités quand ils affirment vouloir -et pouvoir- conduire des élections législatives ayant un minimum de crédibilité en janvier prochain.

· Le marché de l’enlèvement

Le marché de l’enlèvement et de la rançon a de beaux jours devant lui, ce qui rend la tâche des autorités françaises face à l’enlèvement des deux journalistes français le mois dernier tres délicat. Certains (la plupart?) Etats occidentaux sont prêts à «payer» une rançon: qui les en blâmerait? Les négociations de ce type sont tortueuses et complexes mais quand elles sont entre des mains expertes comme celles du général Philippe Rondot, il n’est pas totalement exclu qu’elles réussissent.
Les autorités religieuses irakiennes pourraient, si elles le souhaitaient, contribuer à calmer le jeu en édictant des fatwas qui condamnent les enlèvements. Une telle initiative serait bien accueillie à l’étranger, mais le plus grand bénéficiaire serait, à n’en pas douter, le peuple irakien lui-même. Des fatwas prêchant la tolérance et condamnant des actes qui rendent la vie des Irakiens modestes insupportable seraient bienvenues -en Irak mais aussi en Occident. Elles contribueraient à donner de l’islam une image moins négative qu’elle ne l’est aujourd’hui.
Au-delà des enlèvements et du climat d’anarchie croissante que connaît le pays, c’est toute la stratégie américaine qui est à revoir en Irak. L’Irak n’est peut-être pas perdu, mais la stratégie américaine adoptée jusqu’ici l’est indubitablement. L’administration du Président Bush a d’ailleurs opéré un tournant discret, mais qui en dit long sur son analyse pessimiste de la situation, ces dernières semaines.
Des fonds importants, qui étaient prévus pour la réhabilitation du système d’adduction d’eau et de construction de centrales électriques, ont été remis à plus tard.
Ils sont remplacés par des projets tendant à mettre de l’argent dans la poche des Irakiens (en vue des élections de janvier prochain) et améliorer les capacités d’exportation de pétrole du pays. Des fonds plus importants seront consacrés à la formation, à l’éducation et à la sécurité.
La stratégie qui consistait à accorder de grands contrats à des compagnies étrangères, notamment américaines, et de préférence proches du Parti Républicain, est abandonnée: les enlèvements et les égorgements de cadres et travailleurs étrangers ont ôté l’envie à beaucoup d’entre eux, malgré des salaires mirobolants, de se rendre en Irak.
Aujourd’hui, la Maison-Blanche est en pilote automatique et s’efforce de nier la réalité: il faut tenir jusqu’aux élections présidentielles prévues pour le début de novembre.
Après cela, il sera bien temps pour annoncer que les élections seront remises, même si une telle décision sera un cadeau somptueux fait à Abou Moussa Al Zarkaoui et à Al Qaida. Mais, la conviction que l’invasion de l’Irak et sa gestion calamiteuse par les Américains depuis 18 mois font de George W. Bush le meilleur sergent-recruteur pour Oussama Ben Laden n’est plus guère confinée aux dirigeants européens que le secrétaire à la Défense américain, Donald Rumsfeld, traitait de tenants de la «Vieille Europe» voici deux ans. Elle n’est partagée par nul autre que l’ambassadeur de Sa Gracieuse Majesté britannique à Rome, Sir Ivor Roberts, l’un des diplomates les plus respectés de sa génération. Il n’y a plus guère que le peuple américain pour ne pas se rendre compte que la politique menée par son président depuis deux ans a rendu le monde beaucoup plus dangereux pour tous et fait de l’Irak un foyer potentiel de terrorisme plus dangereux encore que l’Afghanistan. Si l’ordre n’est pas rétabli à Bagdad d’ici janvier prochain, nous en paierons tous le prix: pays arabes, Israël, pays européens, Etats-Unis et autres.

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Rendre à César…

«Bush, meilleur sergent-recruteur d’Al Qaida», est une expression employée par Sir Ivor Roberts. Elle a été prononcée lors d’une conférence privée à Sienne, en Toscane début octobre et rapportée par le quotidien italien Corriere della Sierra.
La conférence était privée, ce qui explique le démenti de l’ambassadeur du Royaume-Uni, quelques jours plus tard, à Rome.
Il n’en reste pas moins vrai que nombreux sont les hauts fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères ou de la Défense à Londres ainsi que les officiers supérieurs qui ont été fortement opposés, dès 2002, à l’invasion de l’Irak, et qui peut-être n’auraient pas renié une telle phrase, pour peu qu’elle reste dans le domaine privé...

Casablanca,10 18 2004
Francis Ghiles
L'Economiste
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