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"La réussite de l'islam modéré dépend de son succès économique" - Entretien exclusif avec Jean Daniel

Fondateur du Nouvel Observateur et directeur de la publication, Jean Daniel se définit avant tout comme un militant contre le colonialisme. Il connaît bien le Maghreb et ses dirigeants. Il est d'ailleurs le dernier journaliste à avoir interviewé Feu Hassan II. Ses écrits et son combat l'ont mené à connaître assez bien le monde arabe et musulman. Analyse des événements actuels.

L'Economiste: Que vous inspire ce qu'on appelle désormais le choc des cultures, notamment après le 11 septembre ?
- Jean Daniel:
Nous sommes dans un monde où sont en compétition d'une part le rôle de l'économie -comme rarement nous l'avons vu dans l'histoire- et d'autre part, une irrationalité de passions qui lutte contre cette prédominance économique qui lui échappe. Car, de nouveau, le volet économique mène les débats dans le monde. A titre d'exemple, l'inventaire des motifs invoqués pour une éventuelle guerre du Golfe ou encore celle de l'Afghanistan sont aux deux tiers économiques.

Cette lutte antiterroriste ou encore la probable attaque contre l'Irak n'ont que des enjeux économiques ?
- Les Américains ne s'en cachent pas et ne culpabilisent pas non plus. Pourquoi donc l'intérêt maintenant pour la situation en Irak? Une question à laquelle les représentants américains les plus brillants seraient incapables de trouver une réponse politique. Mais, ils donneront des arguments économiques. Les Américains assurent avec tranquillité et sérénité que l'économie est la condition de leur prospérité et que le pétrole est un élément de cette prospérité. Dans cette logique, la prospérité économique américaine est nécessaire au monde puisque le pays est une grande démocratie. Et en somme, en défendant le pétrole et l'économie, c'est la démocratie et la capacité des Etats-Unis à défendre les autres démocraties qui sont sauvegardées. C'est une logique effrayante et en même temps souvent fondée.

Quel est le plus grand danger de cette lutte quels que soient ses enjeux, et surtout de cet amalgame dans l'association islam-terrorisme ?
- Libre aux Etats, aux peuples de voir dans les événements actuels une continuité du passé avec une exaspération des passions, de radicalisme d'extrémisme, de fondamentalisme... Cependant, il ne faut pas occulter le nombre d'intellectuels, notamment maghrébins qui veulent moderniser l'islam et le rendre compatible avec la réalité.
Ils ont démontré qu'il existe une interprétation des textes sacrés compatible avec les exigences des constitutions, tout en restant fidèle à ses racines. J'ai peur que la lutte antiterrorisme, justifiée d'ailleurs -je ne sais pas ce qu'auraient fait les Français si la tour Eiffel avait été bombardée-, ainsi que cette guerre imminente contre l'Irak ne ralentissent l'extraordinaire mouvement de réforme en profondeur de l'islam.

Avec leur position rigide, les Etats-Unis n'enfoncent-ils pas le clou ?
- L'Amérique dans son excès, son arrogance peut approfondir le fossé existant entre religions. Bush avait déclaré au lendemain du 11 septembre dans une mosquée que son objectif n'était pas de partir en croisade contre l'islam. Il n'en demeure pas moins que lorsque la réalité devient guerrière, elle devient manichéenne et l'amalgame est facile.
Généralement, les conflits entre des camps ont trois issues: la mort, l'assassinat ou la division. Il faut savoir apprécier les chances de gagner et par quel moyen. Les Indiens l'avaient compris dans leur guerre: garder les alliés dans l'autre camp. Les Algériens aussi l'avaient compris: ils savaient qu'il ne fallait surtout pas exporter le terrorisme durant la guerre de libération. Les Palestiniens l'ont compris avec beaucoup de retard après que l'ivresse de la vengeance ne s'est évanouie. En perpétuant des actes de vengeance, ils ont chassé tous les juifs qui les soutenaient. Aux Etats-Unis, il n'y aurait pas eu cette extraordinaire victoire de Bush au Congrès s'il n'y avait pas eu le 11 septembre.

La montée des partis musulmans dans des pays modérés comme la Turquie ou le Maroc signifie-t-elle l'échec des autres idéologies ?
- Certainement. Mais ce n'est guère le premier échec. L'arabisme a eu le sien après avoir obtenu son point culminant avec Nacer du point de vue du symbole. Le socialisme arabe avec le Baâss a échoué et a donné place au fondamentalisme. L'empire soviétique a explosé et a laissé place à l'économie du marché et à la suprématie américaine. A chaque époque, il y a eu un constat d'échec de tous les mouvements d'idéologie neutres.
Dans ces conditions, l'on ne peut s'étonner de voir un refuge dans les valeurs religieuses. Ce n'est pas pour rien qu'un grand nombre d'ultrareligieux israéliens ont été des communistes et parfois staliniens et prosoviétiques. En fait, c'est un renversement de situations. Avant, nous avions des idéologies qui fonctionnaient comme des religions. Aujourd'hui, nous avons des religions qui fonctionnent comme des idéologies.

L'islam modéré peut-il réussir ?
- La Turquie et le Maroc avec des parcours très différents peuvent inaugurer l'espoir d'un islam modéré. Qui ne serait pas sensible en voyant le nouveau Président turc, qui a eu une victoire au nom de l'islam, déclarer que les pratiques islamiques ne sont pas obligatoires du point de vue vêtements du moins. La question est de savoir si cet islam modéré réussira. Oui, mais sa réussite dépend du succès économique. S'il n'est pas au rendez-vous, il donnera puissance aux islamistes moins modérés. Maintenant, par quel moyen? Que ce soit grâce à des technocrates ou des subventions ou même un coup de baguette magique pourvu qu'on y réussisse!

Propos recueillis par Badra BERRISSOULE


Le journaliste et Hassan II

«Avec le temps» est un ouvrage de 2.000 pages signé Jean Daniel aux éditions Grasset. Le livre relate les étapes de la vie du journaliste mais aussi une série de rencontres. Sans nul doute, sa vie a été très marquée par la lutte contre le colonialisme dans le monde arabe et musulman.

Jean Daniel le reconnaît: avant d'être journaliste, il est surtout militant. "Sans le militantisme contre le colonialisme, je ne pense pas que j'aurais embrassé la carrière de journaliste. J'aurais continué d'être le professeur de philosophie que j'étais", dit-il. Ses premiers articles sur le colonialisme seront écrits sur le Maroc lorsque Feu Mohammed V fut exilé. Il militait alors au sein du comité France-Maghreb pour le retour du Roi exilé. Puis sont survenus les autres mouvements anticolonialisme en Tunisie. "J'étais étroitement lié à cette lutte. Aussi lié que j'en ai été blessé à Bizerte dans le camp des Tunisiens", raconte-t-il. De l'Algérie, il garde des souvenirs aussi amers. Il garde aussi de bons et de mauvais souvenirs de ses rencontres. Le fondateur du Nouvel Observateur a été l'un des rares journalistes à avoir interviewé à plusieurs reprises Feu Hassan II, que ce soit à la télévision ou encore pour sa publication.

A chaque fois, il revenait à la charge sur la question des droits de l'homme, même lors du dernier entretien accordé par Feu Hassan II. Jean Daniel a été fortement marqué par la personnalité du Souverain dont il parle avec admiration, bien que critique. "Hassan II avait une image internationale théâtrale. Au Maroc aussi, il avait réussi quelque chose de particulier sous son règne. Il donnait au peuple des raisons de patience parce qu'il était le commandant des croyants et incarnait tous les symboles de la tradition et des rites. Ses discours donnaient la foi et la résignation et diminuaient la révolte des classes pauvres. Il avait cette magie qui faisait que le peuple le plus maltraité se reconnaisse dans le Roi", analyse le journaliste.

Pour Jean Daniel, l'héritage est difficile. La démocratie suscite aujourd'hui des impatiences et des conditions égalitaires. Il n'y a plus les mêmes raisons pour se résigner ou attendre. Derrière la façade incroyable et somptueuse du Maroc, il y a le nombre d'analphabètes dans le pays, dix fois plus grand que celui de ses voisins, le nombre de chômeurs et les contradictions d'une société à deux, voire trois vitesses. "Le Roi actuel le sait. Il en a conscience et c'est une tâche gigantesque".


Casablanca,11 25 2002
Jean Daniel
L'Economiste
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