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Accord d’Agadir : Personne ne sait où l’on va !

· Pas d’étude d’impact!
· Comment éviter un autre accord mort-né: Un long chemin avant de faire du commerce «libre»
· Entre opérateurs inquiets et un gouvernement rassurant, la réalité du terrain l’emportera…


LE fameux accord Quad (Tunisie, Maroc, Egypte, Jordanie) a été signé le 25 février dernier, il y a près de sept mois. Parmi les dispositions, «une période de transition qui court jusqu’au 1er janvier 2005». Il devrait être ratifié par le Parlement dans les semaines à venir. Mais force est de constater que cette période aura été celle des contestations de la part de plusieurs milieux d’affaires plus que celle de la «transition».

La première porte sur la non-consultation de certains secteurs sur le contenu de l’accord, la deuxième sur les dispositions en elles-mêmes: pas de liste noire et un démantèlement tous azimuts dès l’entrée en vigueur de l’accord. L’impulsion de l’Union européenne pour la création de cette zone à laquelle devraient s’allier d’autres pays y est certainement pour quelque chose. Peut-être que les pouvoirs publics, en toute connaissance de cause, savent que le démarrage en trombe des échanges commerciaux entre ces pays est une hypothèse peu probable, vu l’historique commercial entre pays arabes.

Que donc, les nationaux ont le temps de se préparer. Peut-être que ces pays ne représentent pas une menace pour certains secteurs sensibles nationaux, comme le disent certains hauts fonctionnaires. Il se peut également, qu’au contraire, tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles et que les opérateurs tunisiens, égyptiens, marocains et jordaniens apprennent enfin à travailler ensemble. Mais peut-être ne s’agit-il que d’une manœuvre politique pour satisfaire les attentes de l’Union européenne qui vise l’intégration euro-méditerranéenne d’ici à 2010. Sans se perdre dans ces conjectures, il faut rappeler qu’à ce jour, aucune étude d’impact ne semble avoir été réalisée ou du moins, si elle existe, le secret en est bien gardé..

· Seule l’énergie…

La manière dont se déroule cette histoire ne manque pas de poser d’autres interrogations. Pour le projet Euromed, un marché commun méditerranéen est nécessaire. Le projet de Bruxelles fixe comme délai l’horizon 2010 pour l’instauration d’une zone de libre-échange euro-méditerranéenne. Pour cette raison, «il fallait rapidement mettre en place un marché commun arabe», explique-t-on au Commerce et l’Industrie. L’on savait donc que l’on se dirigerait pas à pas vers la création d’une zone de libre-échange arabe, l’on a même tenté l’expérience à maintes reprises. Mais ne pas oublier l’histoire aide à ne pas se leurrer une énième fois. Les hommes font les échanges et les Etats sont censés leur faciliter la tâche, notamment via des accords. A long terme, cette étape servira à étoffer et consolider les échanges Sud-Sud et Sud-UE. Ces chefs d’entreprise qui tapent du poing en disant «qu’ils n’ont pas été consultés», qu’ils «souhaitent des mesures d’accompagnement», donneront ou ne donneront pas de sens à cet accord. C’est eux qui éviteront l’accord mort-né

Des patrons ont entamé la démarche d’une discussion avec l’Etat pour des mesures d’accompagnement, «certains d’être écoutés et compris». Seulement, à la Primature, on explique que «seule la question de l’énergie est prise en compte». Hors de question par contre de revoir le calendrier de démantèlement. L’ambition de créer un marché arabe, sans aller jusqu’à l’unité arabe, faisait partie des ambitions de bien des dirigeants, depuis une vingtaine d’années au moins…Mais, au-delà de tout bon sens, les désaccords ont toujours pris le pas sur les accords.

L’intégration de l’Accord d’Agadir, sur fond de polémique, dans la vision européenne permettra-t-elle de changer la donne? Car ce dont il s’agit dans cet accord, c’est de coordonner les politiques macro-économiques et sectorielles, et harmoniser les législations des pays signataires avant de pouvoir faire du commerce «libre». Soit, par exemple: coordonner la politique de change marocaine et tunisienne? Coordonner la politique de subvention égyptienne et marocaine? Coordonner les politiques des secteurs les plus compétitifs de chaque pays avec celles des autres? Coordonner les pratiques douanières? Les quatre millions d’euros d’aide européenne pour soutenir le programme seront-ils exploités à bon escient?

L’absence (ou absence de communication) d’une étude d’impact est déjà un indicateur peu encourageant, comparé à la masse de travail de concertation qu’il va falloir faire entre ces quatre pays.

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Une vision, sans démocratie?

L'Accord d’Agadir réunira un marché de plus de 100 millions de personnes dans les quatre pays concernés. Il s’inscrit dans une vision d’intégration intra-régionale, politique et stratégique. C’est parce qu’il y avait cette «vision» que l’accord a été signé à la va-vite, entre des pays qui ne sont pas des démocraties. Ce projet a reçu, outre le soutien politique de l’UE depuis la signature de la déclaration d’Agadir en mai 2001, mais un programme d’aide de 4 millions d’euros financés par le fonds MEDA, soit 40 millions de DH, très peu donc… juste de quoi payer des voyages d’études à une poignée de fonctionnaires, disent les méchantes langues.
Toutefois, un comité technique est mis en place pour suivre la mise en place de la Zone de libre-échange.


Casablanca,09 13 2004
Mouna Kadiri
L'Economiste
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