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La Turquie se porte mieux que certains nouveaux membres de l’UE

Entretien avec Didier Billon, directeur adjoint de l’IRIS

D’ici octobre, le Conseil de l’Europe à 25 doit discuter de l’ouverture des négociations pour l’adhésion de la Turquie prévue en décembre 2004. La décision devra être prise début octobre. Les autorités politiques et industrielles turques mettent en avant l’apport économique et géostratégique de leur pays à l’Europe. Les Turcs soulignent l’influence que pourra avoir cette adhésion sur le devenir de l’islam dans le Vieux Continent, qui s’inspirera, selon les responsables turcs, de leur expérience laïque et permettra l’émergence d’un islam européen modéré.

Cet islam européen pourrait faire barrage à l’extrémisme, un argument de valeur, vu les préoccupations actuelles des différents pays européens où il y a une forte communauté musulmane. Directeur adjoint de l’Institut des relations internationales (IRIS), le Pr Didier Billon évalue pour les lecteurs de L’Economiste la candidature turque à l’Union européenne. Il pèse aussi l’évolution de «l’islam laïc» qui caractérise l’expérience turque.

- L’Economiste: Quel est l’état de la Turquie aujourd’hui ?
- Didier Billon: L’arrivée de l’APK, Parti de la Justice et du Développement, au pouvoir, en 2002, a marqué une accélération du mouvement des réformes pour satisfaire les exigences de la Commission européenne, en vue de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Le gouvernement turc a ainsi multiplié les réformes parlementaires, institutionnelles, constitutionnelles pour atteindre les exigences du traité de Copenhague: élargir les champs des libertés individuelles et amorcer les transformations économiques.

- D’aucuns considèrent que la difficulté de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne tient au fait que ce pays est trop grand, ce qui rendra sa «mise à niveau» coûteuse pour l’Europe.
- Un pays qui compte 66 millions de personnes n’est effectivement pas facile à faire entrer dans l’Union européenne. Cependant, le niveau économique de la Turquie n’est pas aussi mauvais que celui de certains pays qui viennent d’adhérer à l’Europe. L’économie turque est plus avancée, la Turquie est un pays dynamique doté d’un tissu industriel très large, et ça, tout le monde le reconnaît. De ce fait, dans l’hypothèse où l’UE déterminerait une date d’entrée pour la Turquie d’ici 5 ou 10 ans, on peut faire le pari que ce pays s’acharnerait dès lors à résoudre ses problèmes. Il faudrait, dans la réalité, tenter de décrypter les potentialités économiques de la Turquie qui possède déjà un accord d’union douanière pour lequel elle a déployé bien des efforts, bien que celui-ci se soit révélé finalement plus profitable pour l’Europe que pour elle-même. Par ailleurs, la Commission européenne, dans son rapport annuel de l’année 2003 sur la situation économique des pays candidats, a présenté l’économie turque comme viable.

- Quel est le rôle géostratégique de la Turquie?
- Il y a ceux qui se contentent d’une Europe marchande de simple échange, ce qui n’est pas intéressant. D’autres privilégient l’idée d’une Europe puissante capable en particulier de se distinguer dans la région méditerranéenne. Dans les faits, l’adhésion de la Turquie permettrait à l’Europe d’avoir des positions fortes. Je constate que depuis quelques mois, les relations de la Turquie avec la Syrie se sont améliorées.
En ce qui concerne les relations avec Israël, le ministre des Affaires étrangères, Abdallah Gül, n’a pas ménagé Israël. Le Premier ministre Erdogan est allé pour sa part jusqu’à qualifier de terrorisme d’Etat les actions d’Israël contre les Palestiniens. La Turquie ne néglige donc pas son environnement. Elle tend à jouer sur plusieurs leviers, dont le principal est l’Europe, mais elle est consciente qu’elle a de nombreux atouts dans ses relations avec le monde arabe et musulman.

- Le Parti de la Justice et du Développement au pouvoir n’a-t-il pas un agenda caché?
- Il est difficile de qualifier le parti d’Erdogan. Personnellement, je le tiens pour un parti démocrate musulman. Erdogan a été politiquement formé dans le parti d’Erbakan, plus extrémiste, mais il a beaucoup évolué et a même rompu avec pas mal d’anciennes références. La meilleure chose pour la Turquie, c’est que ce parti soit banalisé: quand on est dans le gouvernement, on est obligé de faire des compromis. Je donne souvent l’exemple de Jospin qui, dans sa jeunesse, était trotskiste, mais il a évolué et changé. Il est complètement absurde de penser que le parti a un agenda caché. Toutes les mesures prises depuis novembre 2002 n’ont à aucun moment revêtu de danger pour la laïcité et la démocratie. Ce prétendu «agenda caché» relève plus du fantasme que de l’analyse. En fait, ce parti a pu faire avancer avec intelligence la démocratie. Je constate qu’après les attentats très violents qu’a connus la Turquie, la volonté réformatrice n’a pas désemparé, bien au contraire. Les libertés ont été élargies, alors que depuis le 11 septembre, la tendance est pour des lois liberticides, même aux Etats-Unis.

- L’expérience turque peut-elle être un exemple pour le monde arabe et musulman?
- La Turquie est, pour le moment, une exception dans le monde arabe et musulman. Il y a eu l’installation de la laïcité depuis 1923: sa trajectoire est différente de celles du reste du monde musulman. Je ne suis pas de ceux qui croient à la transposition d’exemples: ce que je souhaite, c’est que l’expression turque puisse servir de cadre de réflexion pour des partis dont les racines sont islamiques. Ce type de débat doit être développé dans le monde arabe, tout en regardant ce qui se passe également en Iran.

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L’islam, les Arméniens et les Kurdes

Trois sujets reviennent souvent pour repousser l’arrivée de la Turquie dans l’Europe: le génocide arménien, la question kurde et l’islam.

«Au cours de ces deux dernières semaines, et particulièrement en France, le lobby arménien a entretenu le bruit que la Turquie n’aurait pas sa place en Europe si elle ne reconnaissait pas le génocide arménien, or, à aucun moment, ce critère n’a été posé par la Commission européenne», rappelle le Pr Billon. Il remarque néanmoins que François Hollande, dans une conférence de presse récente, exigeait la reconnaissance du génocide arménien: «C’est ainsi une nouvelle condition émise par le Parti socialiste français». Pour ce qui concerne la question kurde, le conflit armé avec le Parti du Kurdistan a fait plus de 30.000 morts. Depuis, les combats ont cessé, même s’il y a eu quelques accrochages ces derniers temps. «Le gouvernement turc n’a pas pris de positions réelles, mais les choses ont commencé à se modifier la semaine dernière», rappelle Billon. Une chaîne de télévision publique a commencé la diffusion d’émissions en langues maternelles, dont le kurde. «C’est un pas important et révélateur, symboliquement comme politiquement, du déblocage de la situation». Souvent aussi, l’appartenance de la Turquie au monde musulman sert d’argument pour repousser l’adhésion de la Turquie.
«Mais, souligne le chercheur, on ne peut rejeter l’adhésion des pays à partir de critères religieux!» «L’Europe n’est pas un club chrétien», rappelle-t-il. «Exiger un critère religieux est aberrant, d’autant plus que la religion musulmane est une religion européenne: il y a plus de musulmans en Europe que de citoyens belges! Nous sommes donc, nous Européens, face à un véritable défi pour l’intégration de ces populations». Pour lui, la laïcité doit être la base de la construction européenne.

Casablanca,07 05 2004
Hakim El Ghissassi
L'Economiste
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