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Le «Greater Middle East Initiative», un écran de fumée? - Par Francis GHILES

Francis Ghilès est Senior Fellow à la EuroArab Management School de Grenade et membre du Conseil scientifique de l'Institut de la Méditerranée à Marseille. Il a été durant de longues années le spécialiste du Maghreb pour le quotidien britannique Financial Times. Il a donné et donne de nombreuses conférences et analyses sur le monde arabe et la Méditerranée

Les silences du secrétaire à la Défense américain, Donald Rumsfeld, sont tout aussi éloquents que ses insultes.

Hier, il n'avait de cesse d'écarter les Etats de la “Vieille Europe” de tout rôle au Moyen-Orient parce qu'ils s'étaient refusés à suivre la politique américaine de renversement de Saddam Hussein.
Aujourd'hui, le processus de refondation de l'Irak comme Etat démocratique, fait eau de toute part, ce qui incite les dirigeants américains à se retourner vers leurs pairs français et allemands pour tenter de les convaincre de se joindre au défi considérable que représente la reconstruction d'un Etat irakien démocratique.

· Embarquer tout le monde

D'où la proposition américaine de remplacer les troupes polonaises dans la zone d'occupation en Irak que les Etats-Unis ont confiée à la Pologne par des troupes de l'Otan: cette politique aurait l'avantage, fût-il rétroactif et largement symbolique, de “mouiller” l'alliance. L'initiative récente qu'a lancée Washington -et dans laquelle le déploiement de troupes de l'Otan est inclus- a été baptisée Greater Middle East Initiative.
Son ambition est vaste puisqu'elle vise tous les Etats musulmans, du Maroc à l'Afghanistan, peut-être même le Pakistan. Washington rêve d'embarquer l'Otan et l'Union européenne dans un programme dont le but est de moderniser et de démocratiser les pays de cet immense arc, qui va de l'Atlantique jusqu'aux confins des hauts plateaux de l'Asie centrale.
Le lecteur n'aura aucune peine à reconnaître là le programme des néoconservateurs qui entourent Donald Rumsfeld, mais avec un visage humain. Le Greater Middle East Initiative ne permet pourtant pas de résoudre l'une des plus grandes divergences de vue qui existent entre les dirigeants américains et ceux de toute l'Europe, de la nouvelle comme de la Vieille: l'attitude à adopter vis-à-vis du conflit israélo-palestinien. Bien que la Nouvelle Europe de Tony Blair et José Maria Aznar ait appuyé la politique américaine en Irak, Blair et maintenant Zapattero sont d'accord avec Jacques Chirac et Gerhard Schröder pour penser que tant que les Etats-Unis mèneront une politique si manifestement complaisante en faveur d'Israël, dont le but avoué semble être la destruction programmée de l'autorité palestinienne-, rien de bien ambitieux ne pourra être entrepris dans la région.
Une stratégie transatlantique commune seule permettrait de renouer le fil de la négociation israélo-palestinienne et aiderait à l'éclosion d'un climat plus serein au sein de l'Otan. Pour l'heure, il s'agit d'un concept vide de substance même si les dirigeants de la Vieille Europe feront des efforts d'ici le transfert de souveraineté aux Irakiens en juin prochain pour accommoder Washington. Les dirigeants américains souhaiteraient, pour leur part, que d'ici les réunions au sommet prévues tant pour l'Otan que le Groupe des 8 l'été prochain, des propositions concrètes aient été faites.
Un tel calendrier a l'avantage, vu de Washington, de concorder avec deux événements majeurs: le départ de nombreuses troupes américaines d'Irak lors du transfert de souveraineté et le début de la campagne électorale américaine. Vue d'Europe, cette politique que le responsable de la politique étrangère de l'Union européenne, Javier Solana, a traitée de “chimère”, est conditionnée par deux facteurs: que le gouvernement légitime de l'Irak en fasse la demande et que l'ONU apporte son plein appui à cette démarche. A Washington, on compte beaucoup sur le talent de négociateur du conseiller du secrétaire général des Nations unies, Lahkdar Brahimi. Il est fort probable que cet éminent diplomate et ancien ministre des Affaires étrangères algérien trouve une solution de compromis entre les différentes thèses qui s'affrontent concernant l'organisation et la date des futures élections en Irak. La violence croissante qui règne en Irak risque néanmoins de déjouer les meilleurs calculs. Pour l'heure, deux certitudes: le transfert de souveraineté est maintenu pour le milieu de l'année et les élections n'auront pas lieu d'ici là, car il est matériellement et politiquement impossible d'organiser une consultation ayant un minimum de crédibilité en un laps de temps aussi court.

· Concordance de calendrier

Le gouvernement irakien provisoire pourrait être élargi à de nouvelles personnalités politiques et religieuses, remplacé par une assemblée transitoire qui rassemblerait une palette plus représentative qu'aujourd'hui, ou confié à un gouvernement de technocrates. Tous les acteurs sont confrontés à cette éternelle quadrature du cercle: des élections, mêmes transparentes, ne constituent pas nécessairement la seule ni la plus importante condition de la démocratie. Sans Etat de droit, sans justice sereine égale pour tous et appliquée par des juges respectés, sans fonctionnaires compétents et intègres, sans comptes clairs, des élections ne sont pas à elles seules un exercice susceptible de garantir la future stabilité du pays.
La violence croissante en Irak rend la tâche des forces d'occupation anglo-américaines de plus en plus ardue. Les dernières semaines ont été particulièrement sanglantes et, en l'absence d'informations fiables sur ceux qui sont responsables de ces attaques, notamment celles qui, de plus en plus nombreuses, visent les nouvelles forces de sécurité irakiennes en voie de constitution, l'observateur ne peut qu'être frappé par le poids des forces centrifuges qui secouent l'Irak. Les chiites sont décidés à ne plus se laisser faire: ils sont majoritaires et de loin dans la population, mais, depuis la création de l'Irak par les Britanniques, il y a près d'un siècle, ils ont été dominés politiquement par la minorité sunnite. La révolte chiite contre l'occupant britannique en 1920-22 a coûté très cher - les Modérés chiites ne veulent pas tomber dans un nouveau piège de la révolte, mais certains de leurs dirigeants sont moins conciliants.
Les Kurdes, qui bénéficient depuis 1991 d'une autonomie de fait par rapport à Bagdad, ne sont pas prêts à abandonner leur autonomie, ce qui donne des frissons aux dirigeants d'Ankara: ils craignent une dérive indépendantiste au Kurdistan d'Irak, qui pourrait influer sur le tiers kurde de la population de la Turquie et rallumer des foyers de guerre au Sud et à l'Est de leur pays. Enfin, les sunnites, grands bénéficiaires pour nombre d'entre eux du régime de Saddam Hussein, ont peur de la rétribution que pourraient exercer les deux autres groupes si le nouvel Etat irakien n'est pas construit de façon à garantir les droits des minorités.
L'Irak volera-t-il en éclats à plus ou moins brève échéance?
C'est bien la question de fond qui se pose aujourd'hui et qui laisse perplexe face aux ambitions du Greater Middle East Initiative.
Il n'est pas sûr non plus que les Etats-Unis aient pris en compte un facteur dont la montée actuelle de la violence suggère qu'il est très important dans la population irakienne.

· Rester prudent

Un gouvernement vraiment indépendant à Bagdad ne sera pas nécessairement reconnaissant à George W. Bush d'avoir débarrassé le peuple irakien de son ancien dictateur; il ne souhaitera peut-être pas garder des bases militaires américaines dans le pays; il préfèrera peut-être demander aux Nations unies de coordonner les efforts de reconstruction du pays, plutôt que de les confier à des compagnies américaines, telles Halliburton, dont l'une des caractéristiques pérennes est l'appui financier qu'elles apportent aux caisses électorales du parti républicain.
Les Européens -Tony Blair n'étant pas loin de partager l'analyse de Jacques Chirac sur ce point- ont aussi de bonnes raisons de craindre que la vaste portée, l'imprécision même du Greater Middle East Initiative ne servent à noyer la question centrale du conflit entre Israéliens et Palestiniens. Et pour tout dire, Washington ne chercherait-elle pas à s'offrir un gadget électoral qui servirait fort bien la campagne électorale de George W. Bush.
Leur attitude risque d'être d'autant plus circonspecte que les commentaires de David Kay, l'ancien responsable des questions d'armes de destruction massive à la CIA sur les raisons de l'absence de telles armes en Irak, mettent le président en difficulté: l'élection présidentielle est loin d'être jouée d'avance comme cela paraît être le cas au début de cette année.
Vues de Londres, les raisons de rester prudents sont grandes: Tony Blair a peut-être remporté une bataille sur la BBC, mais son capital de confiance s'effrite auprès des électeurs. L'enquête demandée par George W. Bush pour tenter de déterminer les raisons qui ont conduit les services de sécurité américains à penser que l'Irak détenait un arsenal important d'armes de destruction massive pourrait avoir des conséquences négatives à Londres, surtout s'il s'avère que les services anglais de M16 ont fabriqué des faux.
Peu de hiérarques qui, à Washington, ont mis la main à la pâte du Greater Middle East Initiative ont entendu parler du processus de Barcelone, qui existe pourtant depuis 1995. Celui-ci, il est vrai, languit de l'aggravation du conflit israélo-palestinien et a été mis à mal par les divergences intraeuropéennes à propos du dossier irakien.
En l'absence d'un revirement dans la politique américaine qui, depuis trois ans, consiste à appuyer la politique israélienne au mépris des droits du peuple palestinien, il serait étonnant et hasardeux pour les dirigeants européens d'endosser ce qui s'avérera sans doute n'être qu'un écran de fumée.
Il n'est pas exclu que la situation sécuritaire en Irak se détériore gravement d'ici le mois de juillet quand les deux conventions démocrate et républicaine introniseront les candidats des deux grands partis américains à l'investiture présidentielle. Le Greater Middle East Initiative semble, pour l'heure, être l'otage de l'évolution sur le terrain en Irak et de la prudence affichée des partenaires européens des Etats-Unis. La reconstruction “démocratique” du Moyen-Orient devra attendre la décision du peuple américain d'accorder ou non un second mandat à George W. Bush.

Casablanca,04 26 2004
Rédaction
L'Economiste
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