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"Le projet du Grand Moyen-Orient n'a aucune crédibilité" - Georges Corm, politologue et ancien ministre libanais

Georges Corm est spécialiste du Moyen-Orient et de la Méditerranée, consultant auprès d'organismes internationaux et de banques centrales. De nationalité libanaise, il a été ministre des Finances de son pays, de 1998 à 2000. Il est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris et titulaire d'un doctorat d'Etat en droit constitutionnel.

Il est l'auteur de nombreux travaux et ouvrages à caractère historique et sociologique sur le bassin méditerranéen et le Proche-Orient arabe, dont le “Proche-Orient éclaté 1956-2003” (Folio/histoire) et “Orient-Occident, la fracture imaginaire” (La découverte, 2002). Dans cet entretien, il évalue la portée du projet américain du “Great Middle East” et ses implications sur la région.

- L'Economiste: Qu'est-ce qui a poussé, selon vous, les Américains à lancer l'initiative “Grand Moyen-Orient” ?
- Georges Corm: Le gouvernement américain ayant échoué dans la justification de l'invasion de l'Irak par la présence d'armes de destruction massive, tente maintenant d'accréditer l'idée que sa présence militaire au Moyen-Orient est due à son désir de promouvoir la démocratie et la “gouvernance” au Moyen-Orient. Cela n'a pas beaucoup de crédibilité, mais fait partie de la nécessité de faire de l'activisme justificatif de la guerre. Cela a été la même chose pour la “feuille de route” afin d'aider les Palestiniens à récupérer leurs droits bafoués depuis bientôt cent ans. Elle a été annoncée en juin 2002 uniquement pour gagner du temps, mais elle n'avait dans le fond aucune substance. On n'en parle pratiquement plus aujourd'hui.
Il faut ajouter que cette idée d'organiser ou de réorganiser le Moyen-Orient n'est pas nouvelle chez les Américains. Elle remonte à la doctrine Eisenhower en 1955 et au Pacte de Bagdad visant à embrigader Arabes et Israéliens dans la “croisade” contre l'URSS et le communisme. On l'a retrouvée dans l'ouvrage de Simon Peres, le dirigeant travailliste israélien, intitulé “The New Middle East”, paru en 1992 et qui a eu une influence très forte sur les décideurs européens et américains. M. Peres annonçait déjà dans ce livre qu'il fallait organiser un nouveau Moyen-Orient qui lutterait contre le terrorisme islamique devenu, d'après lui, le seul ennemi après l'effondrement de l'URSS. A l'époque, tout cela s'est accompagné de rêveries sur le développement de la coopération économique entre Israéliens et Arabes dans le sillage des Accords d'Oslo, accords qui n'ont été qu'un feu vert donné à encore plus de colonisation israélienne des territoires occupés. Qu'on se rappelle les grandes conférences sur la coopération économique au Moyen-Orient entre 1994 et 1997 (Casablanca, Amman, Le Caire, Doha) auxquelles ont été associés des hommes d'affaires et des hommes d'Etat américains, européens, israéliens et arabes. Tout cela apparaît aujourd'hui dans toute sa dérision.

- Pensez-vous qu'un tel projet ait des chances de réussir en l'absence d'une résolution concernant la question palestinienne ?
- Non, je ne le pense pas. Le rétablissement des droits palestiniens est la condition préalable à toute stabilisation politique de la région. L'utopie des décideurs européens et américains, depuis 1990, est de croire que la clé de la stabilité politique est le développement du libre-échange, la coopération économique entre Israël et les pays arabes, en faisant abstraction du sort insupportable fait aux Palestiniens et aussi de l'occupation du Golan syrien par l'armée israélienne, en infraction avec la légalité internationale.
- Cette initiative s'apparente à une volonté d'imposer de l'extérieur une réforme du monde arabe. Là aussi, ne pensez-vous pas qu'il peut s'agir d'un facteur de blocage?
- Le drame du monde arabe, c'est qu'il ne trouve pas en lui-même l'énergie d'une renaissance continue et en profondeur. Ce sont les chocs externes qui le font bouger depuis l'expédition de Bonaparte en Egypte en 1798 jusqu'à l'invasion de l'Irak en 2003. Ces chocs, à leur tour, entraînent des situations internes de tensions très vives entre les forces du changement et celles du conservatisme et du chauvinisme. D'où la renaissance avortée du XIXe siècle et du début du XXe (la Nahda), d'où aujourd'hui la montée des mouvements “jihadistes” antimodernistes. L'élite arabe qui cherche le progrès et le changement démocratique est toujours paralysée par la double pression insupportable des ingérences externes des grandes puissances, y compris les formes les plus crues de colonialisme et de racisme, qui décrédibilisent les idées forces de la démocratie prêchées par ces grandes puissances, d'un côté, et la pression des groupes fondamentalistes qui jouent du chauvinisme religieux et identitaire pour refuser tout changement et tout progrès, sous prétexte de l'agression externe, de l'autre. C'est un cercle vicieux dont nous ne sommes, apparemment, pas près de sortir.

- Washington semble aussi avoir conduit ce projet plutôt maladroitement, puisque les dirigeants arabes n'ont pas été associés dès le départ à l'initiative...
- Le projet, par essence, est maladroit et sème la peur et la confusion chez les gouvernants, comme chez les gouvernés. Pour les premiers, les Etats-Unis encouragent par ce projet les revendications de la population et son mécontentement. Les seconds n'y voient qu'une hypocrisie de plus de la part de la politique hégémonique du tandem israélo-américain. De toute façon, en dehors du succès unique de la démocratisation de l'Allemagne et du Japon au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, réalisé par une autre génération d'Américains, notre génération n'a vu que des interventions des Etats-Unis en faveur des régimes les plus brutaux et les plus dictatoriaux dans l'ensemble du tiers-monde, y compris le régime de Saddam Hussein, lorsqu'il faisait les intérêts des puissances occidentales. C'est un projet qui n'a donc guère de crédibilité dans la région.

- Selon vous, quelle sera la réaction de l'UE face à ces “nouvelles” ambitions géopolitiques de Washington sur la région ?
- L'UE se contente depuis plusieurs années d'être apporteur d'aide économique dans la région. Par rapport à la Déclaration de Venise de 1980, qui réclamait avec insistance la création d'un Etat palestinien, l'UE s'est désengagée politiquement du conflit israélo-palestinien qui lui brûlait les doigts. Elle a préféré laisser le dossier aux Etats-Unis. Ce faisant, elle a contribué à souder l'alliance américano-israélienne, qui gère de fait l'ensemble du Moyen-Orient depuis 1990 et crée et recrée, sans cesse, les conditions d'une déstabilisation permanente de la région et la progression de différentes sortes d'intégrismes et de chauvinismes, violents ou non violents. Mais il est intéressant de voir que cette politique a entraîné dans l'opinion publique européenne une montée des sentiments anti-israéliens, comme l'a montré un sondage récent où les personnes interrogées ont estimé que l'Etat d'Israël est dangereux pour la paix du monde. Ce qui a suscité la colère des milieux proisraéliens en Europe et aux Etats-Unis.

Casablanca,04 13 2004
Mohamed Benabid
L'Economiste
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