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La Turquie va-t-elle devenir le modèle des pays musulmans ?

Par Guy SORMAN -
Essayiste et chroniqueur, Guy Sorman s'est illustré par ses prises de position iconoclastes, tant en matière économique que politique. Il prépare actuellement un livre sur le monde musulman. Il est aussi maire adjoint à la Culture de Boulogne-Billancourt, dans l'agglomération parisienne.

La Turquie n'est pas au seuil d'une révolution islamique, le tiers d'électeurs qui ont voté pour le parti démo-musulman Justice et Développement, ne le souhaitent pas; les dirigeants de ce parti ne l'envisagent pas. Si on le redoute, c'est à l'Ouest où à l'ignorance de la Turquie s'ajoute une crainte irraisonnée dès qu'apparaît le terme d'islam. Depuis 80 ans, la Turquie est une république laïque de culture musulmane mais ancrée en Occident. Ce choix opéré en 1923 par Mustafa Kemal, le fondateur de la République, nul en Turquie n'envisage de le remettre en cause.


Une alternance qui devra favoriser la modernisation

Il est d'ailleurs le résultat d'une longue évolution historique vers l'occidentalisation et la modernisation, engagée dès le début du XIXe siècle, avec d'ailleurs la France pour modèle. Le succès des démocrates-musulmans n'est qu'un moment, presque une anecdote si on veut bien la rapporter à cette histoire longue. Sans craindre le paradoxe, on affirmera que cette alternance politique favorisera la modernisation, la démocratisation, la laïcisation et l'occidentalisation de la Turquie. Ce choix de l'avenir souffrait en effet d'être toujours ou presque, conduit par un même clan, se réclamant du kémalisme.

Avec les démo-musulmans au pouvoir, l'occidentalisation deviendra un consensus plus légitime: des islamistes qui restaient à la marge de la démocratie vont être incorporés dans celle-ci à la manière dont la démocratie chrétienne en Europe réussit, au début du XXe siècle à réconcilier les chrétiens avec la République.

Il reste à expliquer le retournement des électeurs en faveur du parti démo-musulman. Par leurs suffrages, ont-ils réclamé l'instauration de la charia, le voilage des femmes, l'islamisation des moeurs, un retournement des alliances internationales? Pas un instant.

De tradition, l'islam turc est modéré. Parmi les courants qui le composent, le plus ancien et le plus authentiquement turc, les Alevis, situe hommes et femmes sur un pied d'égalité et a toujours été favorable à la distinction entre la religion et la politique. Le vote démo-musulman a donc été déterminé par les circonstances particulières que traverse actuellement la Turquie, à commencer par son économie en lambeaux.


Une libéralisation mal faite

Cette économie turque qui fut entièrement socialiste, à la manière de l'Europe centrale, s'extrait difficilement de son archaïsme étatisé. La libéralisation est lente, mal conduite, inégalitaire. Ceux qui sont proches des réseaux du pouvoir se constituent des fortunes rapides, parfois mal acquises. Si l'on vit en dollars, l'on mène grand train. Si l'on est payé en livres turques, la monnaie nationale fond et l'on survit à peine.

Le vote démo-islamiste est d'abord une protestation de masse contre l'inflation et la corruption. Ce désastre économique, depuis une dizaine d'années, a réduit au chômage ou à des emplois misérables, la masse des paysans déracinés attirés par les grandes villes avec l'espoir d'y améliorer son sort. Ceux-ci n'y ont trouvé que la misère et l'exploitation. Déjà, ce sont ces déracinés qui dans les années 90 avaient porté au pouvoir des démo-musulmans dans les mairies des grandes villes.


Les valeurs classiques de l'islam

Le fondateur du parti Justice et Développement, qui n'est pas un inconnu, fut élu maire d'Istanbul en 1998. Nul ne nie, même chez les kémalistes, qu'il fut un bon maire.

A cette détermination économique du suffrage s'ajoute un attachement véritable aux valeurs classiques de l'islam que prétendent incarner les démo-musulmans: la famille, les bonnes moeurs, les traditions. Les Turcs issus des régions les plus pauvres et des milieux les plus modestes se sentent déstabilisés par la montée de l'individualisme, agacés par l'anticléricalisme militant de certains kémalistes. Ils souhaitent, même si c'est un combat suranné, que la Turquie reste musulmane. L'islam est ici perçu comme une culture conservatrice, autant, sinon plus qu'une religion: bien des Turcs se disent musulmans et athées.

On connaît cette réaction conservatrice ailleurs qu'en Turquie et ce n'est pas une exigence particulièrement islamiste.

Enfin, ultime motivation, celle des intellectuels musulmans: il existe un courant démo-musulman, bien représenté dans les universités qui souhaite non pas islamiser le pays, mais démontrer que la modernité est compatible avec l'islam.

Ces ingénieurs islamistes et étudiantes voilées analysés par la sociologue Nulifer Göle militent pour un islam de progrès, une modernité à l'identité musulmane. Le leur reprochera-t-on?

Quelle que soit la modération des électeurs, craindra-t-on que les démo-musulmans ne détournent leur mandat pour islamiser la Turquie? C'est ce que tenta Necemettin Erbakan, Premier ministre islamiste d'une majorité de coalition en 1997, avant d'être invité par l'armée à se retirer. Mais c'est précisément l'erreur que ne répéteront pas les démo-musulmans d'aujourd'hui.


L'après-11 septembre en Turquie

Eux savent qu'après le 11 septembre, il n'est plus possible d'être islamiste en Turquie, ni les Turcs ni les Occidentaux ne l'accepteraient. Ils savent aussi que leur bonne réputation auprès de leurs électeurs a été acquise par la bonne gestion de leurs mairies, leur capacité d'écoute et ce que l'on appelle en France, une politique de proximité. Pourquoi gâcheraient-ils leurs chances de conserver le pouvoir en menant une politique radicale pour laquelle ils n'ont pas été élus?

De fait, le véritable inspirateur des démo-musulmans n'est pas quelque prédicateur enflammé mais un homme d'Etat, Turgut Özal. Celui-ci, chef de gouvernement puis président de la République de 1989 à 1993, commença la libéralisation de l'économie et réintroduisit les valeurs de l'islam dans la vie publique, symboliquement, il ne se déplaçait qu'avec un exemplaire du Coran sous un bras et sous l'autre, un ordinateur portable. Il fut conservateur, musulman, libéral et pro-occidental; il est le modèle un peu reaganien des démo-musulmans.

Enfin, il reste l'armée turque dont le rôle est mal compris en Europe. Depuis sa fondation par Mustafa Kemal, celle-ci surveille les gouvernements élus de manière à ce qu'ils ne dévient pas des principes de la République: la laïcité, l'alliance avec l'Occident, la modernisation. Les gouvernements qui partent trop à gauche ou trop à droite sont déposés ou évincés comme le fut Erbakan. Les guérillas gauchistes, nationalistes ou sécessionnistes kurdes sont impitoyablement combattues. Le prochain gouvernement de la Turquie comme ses prédécesseurs, devra donc conduire le pays conjointement avec l'Etat-major, au sein d'un conseil national de sécurité. Celui-ci est le véritable organe directeur de la Turquie.

Pas très démocratique? Certes, mais les Turcs estiment leur armée plus que leurs politiciens.

Et les Occidentaux devraient se souvenir que cette armée a résisté aux Soviétiques, qu'elle est essentielle à l'OTAN et qu'elle combat le terrorisme islamique. Cette armée qui n'a pas d'équivalent hors de la Turquie garantit l'alternance politique et la laïcité. Qui en notre temps s'en plaindra? Peu en Turquie et nul en Occident. Si cette coopération contrainte entre l'armée kémaliste et les démo-musulmans réussit, la Turquie ne s'éloignera pas de l'Europe. Elle s'en rapprochera grâce à une remise en ordre de son économie, et à la démonstration que l'on peut être à la fois musulman, moderne, libéral, démocrate et occidental. Ce qu'est déjà une grande partie de la jeunesse turque. Ce sera aussi un modèle pour les autres mondes musulmans.

Casablanca,11 12 2002
Guy Sorman
L'Economiste
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