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Les relations Europe-Maghreb face à l'intégration des Pays de l'Est

Par Mustapha Chaouch, enseignant-chercheur à Paris VIII

L'objectif de cet article vise à mettre en évidence et donc à caractériser les rapports de coopération entre l'Europe et les pays du Maghreb, en les inscrivant dans la perspective esquissée à Barcelone, celle à terme de la constitution d'une zone de libre-échange. Pourquoi avoir choisi cette problématique alors que les travaux ayant traité des rapports Europe – Maghreb sont nombreux et variés ?


Pour des raisons liées, non à la qualité de ces travaux, mais, d'un côté, à une insatisfaction relative à l'égard de la nature attribuée à ces rapports de coopération, de l'autre, à la difficulté de se faire une idée globale de ces rapports autorisant à parler d'un modèle de coopération.

En effet, pour ce qui est du premier aspect, on a souvent omis ou passé sous silence la nature profondément asymétrique de ces rapports. Or, il me semble que cette asymétrie est à la racine des échecs successifs pendant les différentes phases de la coopération (c'est ce qui explique la première hypothèse). Concernant le second aspect, il me semble qu'on n'a pas évalué une transformation à peine perceptible mais dont les conséquences sont importantes, d'une coopération publique entre des entités publiques (Etats et/ou Unions) à une coopération/intégration par le marché. Loin de contribuer à corriger les dimensions asymétriques dont j'ai parlé, cette évolution risque de les approfondir encore plus, notamment à cause de l'adhésion des pays de l'Est (c'est ce qui fonde notre deuxième hypothèse). Bref, que la coopération/intégration soit le fait du public ou le fait du marché, elle échoue dans la réalisation de ses objectifs.

Je voudrais revenir brièvement sur ces deux aspects en les inscrivant dans une perspective historique:
- Des années 60 jusqu'à la fin des années 80, on peut dire que les relations de coopération publiques portent sur trois composantes essentielles:
- le développement des échanges commerciaux, en particulier agricoles;
- le renforcement des aides financières;
- la gestion de la question de l'immigration de la main-d'œuvre en provenance du Maghreb.

On peut donc considérer qu'il s'agit d'une coopération qui considère que le développement, aidé certes financièrement, passe par le développement des échanges extérieurs et par le développement des opportunités de travail offertes aux populations subissant l'exode rural.

· Spécialisation traditionnelle

Si l'on fait abstraction de l'aide financière souvent bilatérale traduisant l'influence de chacun des pays de l'Union dans sa zone traditionnelle (France pour le Maghreb) et des mouvements migratoires qui n'ont jamais fait l'objet de politiques communautaires clairement définies, seuls les échanges commerciaux, à travers les accords d'association pays par pays, ont été le sujet de la politique de coopération. On peut faire remarquer, néanmoins, que même pour les échanges commerciaux, seuls les produits agricoles ont suscité l'intérêt par rapport aux produits industriels. Ceux-ci n'ont été le fait d'un accès relativement large au marché commun qu'à la fin des années 1980. Il s'agit, par conséquent, d'un “modèle de coopération” en cohérence avec la spécialisation internationale dominante à l'époque et allant à l'encontre des stratégies d'industrialisation par substitution d'importation initiées par le Maroc et la Tunisie à la fin des années 1960.

Il s'agit par conséquent d'un pari sur le développement des échanges extérieurs pour dynamiser la croissance et améliorer le niveau de développement. Une ouverture plus grande aux échanges est censée permettre aux pays de bénéficier des effets de spécialisation, du transfert des techniques et d'un élargissement des marchés permettant des économies d'échelle. Trente ans plus tard, le constat est amer: non seulement le développement des échanges n'a pas permis de modifier fondamentalement la configuration de la spécialisation (la croissance de l'économie marocaine est toujours tributaire de l'agriculture alors que celle de l'Algérie dépend étroitement des marchés mondiaux des hydrocarbures, seule la Tunisie tire quelque peu son épingle du jeu), mais il n'a eu que des effets limités sur l'amélioration des conditions de vie: (l'indicateur de développement humain (IDH) place le Maroc à la 112e place (proche de la Namibie), l'Algérie à la 100e et la Tunisie à la 89e, la pauvreté n'a cessé de s'étendre, les conditions de santé se sont aggravées, etc.). Pire, même les avantages dont bénéficiaient les produits agricoles vont disparaître avec l'adhésion des pays du Sud en Europe.

Bien entendu, il ne saurait être question d'imputer cette situation aux seules relations de coopération entre le Maghreb et l'Europe (la stabilité politique, les politiques économiques, la crise de l'endettement, les inégalités de répartition …etc.), mais on est forcé de constater leur échec dans leur domaine propre à cause de l'asymétrie qui les a caractérisées durant cette période : spécialisation traditionnelle bouleversée par l'adhésion de l'Espagne, du Portugal et de la Grèce, accords d'association entre une entité en construction et des pays isolés).

- Ce n'est qu'à l'occasion de l'approfondissement de la crise, à la fin des années 1980 et au début des années 1990 (politiques d'ajustement structurel) et la déstabilisation politique de la région, ainsi que du développement de l'immigration clandestine, que les rapports de coopération Maghreb – Europe vont connaître un tournant. Ce tournant est dans la droite ligne des tendances néo-libérales dominantes à l'époque. Désormais, les relations de coopération doivent être inscrites dans un cadre plus large, celui de la constitution à terme d'une zone de libre-échange. Il s'agit bien d'un tournant dans la mesure où c'est au marché qu'on confie désormais, à travers une plus grande ouverture des économies maghrébines aux échanges notamment industriels, qu'on confie le soin d'améliorer la croissance et le niveau de développement. Certes, la coopération publique continue, mais elle ne concerne que des domaines marginaux comme la lutte contre la culture de la drogue (Maroc) ou pour favoriser les projets de création d'entreprises (MEDA).

· Effet de substitution, effet d'éviction

On va assister pendant cette période à un essor relatif des échanges industriels, notamment dans le domaine du textile-habillement ou de la construction mécanique. Il faut noter cependant que cet essor s'explique essentiellement par les mouvements massifs de délocalisation. Il s'agit, pour reprendre les analyses de W. Andreff, d'un essor étroitement lié aux processus de “trafic de perfectionnement passif”. Ces processus avaient pour objectifs de bénéficier, pour les productions exigeant beaucoup de main-d'œuvre, des avantages concurrentiels en termes de bas coûts salariaux. Or, le TPP se caractérise par deux aspects importants:

1°) Il ne permet pas de bénéficier de transferts substantiels de connaissances ou de technologie. La main-d'œuvre est souvent féminine et peu qualifiée. Exploiter les bas coûts salariaux est une stratégie de court terme et non de moyen/long termes, en particulier dans le cadre de la mondialisation-globalisation.

2°) Il peut souffrire d'une réorientation vers des régions plus concurrentielles, notamment en termes de qualification de la main-d'œuvre, c'est ce qui s'est passé depuis le milieu des années 1990.

En effet, de nombreux travaux ont montré qu'il existe deux effets concernant le TPP entre les pays du Maghreb et les pays de l'Est. Un effet de substitution et un effet d'éviction. Si les conséquences de l'effet de substitution ne sont pas trop graves, dans la mesure où dans un contexte de croissance des activités de TPP, une région bénéficie relativement moins que l'autre de cette croissance (les deux régions en bénéficient mais inégalement), dans le cas de l'existence d'un effet d'éviction, cela signifie qu'on assiste progressivement à une (dé)délocalisation des activités de production déjà délocalisées vers les pays du Maghreb.

Ce que montre W. Andreff pour le cas de la France (d'autres travaux concernant l'Allemagne ou l'Angleterre aboutissent aux mêmes résultats), c'est que les effets d'éviction commencent à l'emporter sur les effets de substitution, notamment dans le domaine du textile-habillement.

L'existence de ces effets d'éviction hypothèque les effets “potentiellement favorables” de la constitution de la zone de libre-échange surtout si l'on prend en considération l'adhésion des pays de l'Est à l'Union européenne. De nouveau, le caractère asymétrique des rapports Europe-Maghreb se manifeste. Comme s'était le cas auparavant pour les produits agricoles, une modification dans la composition de l'UE a des implications semblables sur les produits industriels.

Etant donné les obstacles politiques à la construction de l'UMA, et la faible intégration des économies maghrébines, les relations de coopération–intégration entre le Maghreb et l'Europe risquent de s'enliser dans les perspectives du processus impulsé à Barcelone.

C'est dans ce sens qu'on ne peut pas parler au sujet de ces relations d'un modèle de coopération ou d'intégration. Pourtant, la situation des économies maghrébines exige aujourd'hui l'audace de réfléchir sur les fondements d'un modèle de ce type dont les fondements ne se situeraient ni exclusivement au niveau public, ni seulement au niveau du marché, mais prendraient en considération des niveaux intermédiaires impliquant à la fois les institutions intermédiaires et les sociétés civiles.

Casablanca,10 27 2003
Mustapha Chaouch
L'Economiste
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