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Le nouveau siècle aura-t-il quatre piliers ? Par Guy Sorman

Le vingtième siècle, ère des idéologies, s'acheva avec l'effondrement du mur de Berlin en 1989; le vingt-et-unième a sans doute commencé le 11 septembre 2001 par la destruction du World Trade Center à New York. Dans les deux cas, un évènement symbolique clôture des temps passés et en inaugure de nouveaux. Le nouveau siècle évidemment balbutie encore. Il est impossible à prévoir, mais il n'est pas impensable d'y déceler quelques tendances.

· 1- USA: Un empire par inadvertance
Aux Etats-Unis les intellectuels marxistes et isolationnistes n'ont jamais cessé de dénoncer l'impérialisme de leur nation. Hors des Etats-Unis, cette dénonciation est une véritable industrie.

En réalité, la politique étrangère américaine a toujours été anti-impérialiste, contre les colonisations européennes. Si les Etats-Unis se sont retrouvés un Empire de fait, ce fut par inadvertance comme résultat de leur puissance, mais jamais au terme d'une volonté de créer un empire. Les armées américaines ne sont jamais entrées en guerre qu'avec réticence et pressées de rentrer chez elles, leur travail achevé. Lorsque des troupes restaient stationnées hors des Etats-Unis, Corée ou Allemagne, ce n'était que comme rempart à des agressions imminentes; aucun geste politique, de tradition, ne fut plus populaire aux Etats-Unis que de "ramener les boys" à la maison. Ce n'est plus le cas.

· Nulle région n'est à l'abri d'une occupation

Les interventions en Afghanistan et en Irak, suivies d'occupation militaire que l'on peut prévoir durable, procèdent d'une stratégie neuve, justifiée par l'attentat du 11 septembre. Il est apparu aux Américains, à l'opinion autant qu'au Président Bush, que "l'attaque préemptive" et la présence physique sur les lieux de naissance du terrorisme étaient la bonne réponse à la menace. Nul recoin du monde n'est désormais à l'abri d'une opération américaine suivie d'une occupation. La démonstration en est faite, technique et politique. Les soldats américains ne resteront plus chez eux, attendant un quelconque Pearl Harbour, ils seront partout, ils se projetteront au-devant de l'ennemi: cette nouvelle donne est durable. Mais elle n'est pas que militaire. Ces interventions tendent à créer des situations politiques nouvelles, avec la création d'Etats démocratiques, viables. Ceci a ouvert un débat sans précédent aux Etats-Unis sur la capacité des Américains à devenir de bons impérialistes: suffisamment de citoyens américains sont-ils disposés à s'expatrier durablement comme le firent les administrateurs britanniques au XIXe siècle? Sont-ils capables de s'adapter à des mœurs étrangères? Les universités seront-elles à même de produire une nouvelle génération de ces administrateurs "coloniaux"? De nombreux ouvrages paraissent qui rappellent l'expérience britannique interprétée désormais comme plutôt positive pour les nations qui furent colonisées.

· Les Etats ratés

Cette orientation radicalement neuve s'appuie aussi sur une analyse du siècle écoulé: les drames nés de l'idéologie et de la pauvreté seraient dus pour l'essentiel à la faillite des Etats. Si toutes les nations étaient structurées par des institutions viables, démocratie, respect du droit, justice indépendante et appliquant de bonnes politiques économiques, la violence disparaîtrait, explique la nouvelle analyse. Si ces nations ne sont pas capables de s'organiser de manière spontanée, il appartient aux Américains de les y aider: le but du nouvel impérialisme, tel qu'il est affiché, serait donc de construire des nations. Les Etats-Unis y sont contraints car il n'y aurait pas d'alternatives et les autres intervenants, l'ONU en particulier, ne peuvent pas le faire. L'Organisation en est incapable puisqu'elle est elle-même constituée pour l'essentiel d'Etats ratés. A cette démarche américaine, le reste du monde n'oppose pas grand-chose.

· 2- Sans armée, l'Europe n'est qu'une leçon de morale
Devancée par le dynamisme américain, l'Union européenne reste interdite, divisée, sans véritable ambition à long terme.
Longtemps, l'Europe fut un projet; celui-ci est en voie d'achèvement, fidèle à ses principes fondateurs. Il reste à comprendre le pourquoi de cette Europe? La réponse est confuse qu'il s'agisse de ses contours, Turquie ou non, de son économie, libérale ou non, de sa capacité d'intervenir, militaire ou non? Ces interrogations qui ne semblaient guère urgentes le sont devenues depuis que les Américains mènent non seulement la stratégie mondiale, la lutte contre le terrorisme mais aussi l'innovation scientifique et technique et la croissance économique. Sur aucun de ces points, les Européens n'apportent une réponse alternative, leur proposition n'est que critique; ce qui peut satisfaire les ego mais ne suscite pas l'enthousiasme des peuples.
Ce début de siècle révèle que sans armée, sans commandement unique, la voix de l'Europe ne saurait être qu'une leçon de morale un peu désuète, sans conséquences concrètes.
Pis, la croissance lente, l'anémie scientifique aggravée par des méditations écologiques enferme l'Europe dans une fonction de musée agréable à vivre pour les élites mais sans fenêtre pour les générations montantes. L'euro, quel que soit son cours, n'a pas remplacé le dollar; l'économie sociale-démocrate de l'Europe n'est pas non plus une alternative réaliste au marché américain; l'Europe ne propose pas aux pays pauvres, ni à ses propres pauvres, un projet de développement. Vus d'ailleurs, les Européens apparaissent comme cyniques ou satisfaits d'eux-mêmes.

· Des alliés bien étranges

La diplomatie pacifiste et onusienne de la France et de l'Allemagne ne font pas l'unanimité en Europe. Au-dehors, cette diplomatie rallie des alliés étranges qui ne se singularisent pas par leurs valeurs humanistes. L'Europe ainsi guidée n'apparaît plus comme le flambeau des droits de l'homme mais comme l'avocate frileuse des droits des dirigeants et du statu quo. Il n'existe pas, en ce début d'une ère nouvelle, de projet européen à telle enseigne que les nouveaux venus d'Europe centrale et le Nord anglo-saxon s'interrogent: l'Union européenne est-elle encore l'affaire du siècle?

3- L'ONU, juste une sorte de "Croix-Rouge"
Longtemps, les Nations unies furent paralysées par la guerre froide. Elles le sont maintenant par leur nature même. Le camouflet anglo-américain au Conseil de sécurité sur le contrôle des armes irakiennes n'aura pas été la cause amie, le révélateur du décalage entre la charte de l'ONU et son ambition. Tout d'abord parce que ce Conseil, hérité des accords de paix de 1945, ne représente plus le monde tel qu'il est devenu. L'absence du Brésil, Japon, l'Allemagne, l'Afrique du Sud, l'Inde interdit de considérer le Conseil de sécurité comme un directoire mondial légitime.

· Face aux "kleptocraties", la charte est dépassée

Aussi longtemps que cette instance ne sera pas recomposée, il est vain d'en attendre une bonne gouvernance mondiale. La situation est plus chaotique encore à l'assemblée générale. Celle-ci suppose que tout Etat-nation est un Etat authentique et que ses dirigeants disposent d'une légitimité équivalente. Comme la plupart de ces Etats sont au mieux des "kleptocraties" et au pire des tyrannies, il est évident que la charte des Nations unies est obsolète. Elle ne peut plus en l'état être considérée comme la base d'un quelconque ordre mondial. De plus, ce texte daté ne fait pas place à des situations nouvelles qui n'ont plus de nom, comme l'Afghanistan sous protection de l'OTAN ou le Kosovo, protectorat de fait , entre autres situations qui ne feront que se multiplier, en particulier en Afrique où les Etats s'évanouissent.
Dans l'attente, les Américains continueront à exercer la gouvernance mondiale. On ne voit pas qui pourrait les remplacer dans des situations d'urgence? Les critiquer, ce qui est nécessaire, serait plus légitime si cette contestation était assortie d'un projet, forcément impopulaire auprès des tyrans, d'une refonte totale de l'ONU. Comme on ne voit pas poindre cette perspective, l'ONU sera de plus en plus confinée dans des tâches humanitaires. Il restera à démontrer qu'elle s'en acquitte au meilleur coût.

· 4- Une "économie" du terrorisme
Le paysage international est, depuis le 11 septembre 2001, évidemment dominé par le terrorisme islamique. Mais les mots ne sont-ils pas trompeurs? La plupart des musulmans ne sont pas impliqués dans cette violence, des continents entiers y échappent; nul musulman indien, ni appartenant à une nation au Sud du Sahara ne participent à cette terreur ni même à l'idéologie islamiste. L'islam ne prédispose pas particularité au terrorisme, pas plus en tout cas que n'importe quelle autre religion révélée. Bien des idéologies furent et restent plus meurtrières que l'islamisme; enfin, bien des mouvements de terreur ne se réclament pas de l'Islam, au Sri Lanka, en Colombie, au Congo ou au Liberia.

· On n'aurait pas parié sur le développement de l'Asie…

Ce qui caractérise le terrorisme islamique me semble donc moins de nature religieuse ou apocalyptique, que le résultat d'une économie particulière: d'un côté, une grande misère et de l'autre des richesses concentrées entre quelques mains. Sans finances islamiques, il n'y aurait probablement pas de terrorisme islamique ou certainement pas à ce degré d'universalité et d'efficacité. C'est la conjonction de l'argent du pétrole et de l'opium d'un côté et le désespoir de jeunes gens désorientés en face qui a conduit à ce mélange détonant que l'on nomme terrorisme islamique.
La solution à terme n'est donc pas politique ni militaire seulement, mais essentiellement économique; ce qui ne la rend guère plus facile.
Comment d'un côté tarir le financement insaisissable des terroristes et de l'autre, engager les peuples arabes et musulmans, mais avant tout arabes, dans un développement soutenu qui représenterait une alternative à la violence?
Si l'on considère que le terrorisme islamique est le plus grand défi adressé à l'Occident, il n'est à terme d'autre issue que ce développement économique des mondes musulmans. Il paraît pour l'instant hors d'atteinte. Mais dans les années 60, nul ne croyait possible le décollage de l'Asie, de la Corée confucianiste à l'Indonésie musulmane. Or, les techniques du développement existent à la disposition des peuples qui voudraient s'en servir. Il n'est donc pas impensable, même si cela paraît peu probable à ce jour, qu'un pays arabo-musulman s'éveille, l'Irak par exemple, et qu'il suscite par mimétisme un cercle vertueux.

· 5- L'ordre ou la justice?
Quelle que soit la vision du monde que l'on se fixe, à Washington, Paris, Séoul, Berne ou Rabat, la lutte contre le terrorisme a enfermé tous les gouvernants et tous les commentateurs dans un dilemme: comment choisir entre l'ordre et la justice?
Les dirigeants américains et leurs alliés se font les promoteurs de la démocratie comme remède ultime à la violence politique? Cependant, des préoccupations plus immédiates les conduisent à soutenir Poutine contre les Tchétchènes, Moubarak contre les islamistes égyptiens, Ben Ali contre les islamistes tunisiens, ou encore la dictature algérienne: à l'évidence, mieux vaut pour les Américains une injustice qu'un désordre!

· Des régimes ni musulmans ni progressistes

Mais dans quelle mesure ces régimes autoritaires ne sont-ils pas les véritables fourriers de l'islamisme? Par la répression et la pauvreté, ils attisent la violence. Par ailleurs, tous les Tchétchènes opposés aux Russes sont-ils islamistes? Tous les Algériens lassés de la dictature militaire, de la misère et de la corruption sont-ils des islamistes? Et tous les islamistes sont-ils nécessairement des terroristes? Comment persuader un paysan égyptien ou une étudiante tunisienne, épris de développement économique et de tradition musulmane, que les Occidentaux veulent sincèrement la démocratie alors qu'ils soutiennent en Egypte ou en Tunisie, des régimes qui ne sont ni musulmans ni progressistes? Ce à quoi les Occidentaux rétorquent que mieux vaut s'allier à des despotes efficaces que d'ouvrir la porte à l'inconnu. Une contradiction sans doute insurmontable aussi longtemps que certaines nations musulmanes n'auront pas démontré que l'on peut être à la fois pieux, démocrate et progressiste; ce à quoi s'emploient le gouvernement musulman et conservateur turc, des théologiens indonésiens, des intellectuels koweïtiens. Dans la lutte contre toute violence, les alliés naturels sont ces musulmans éclairés que trop souvent l'Occident ignore.
Dans les années 80, il fut beaucoup question du déclin de l'Occident, de l'émergence de nouveaux pôles de puissance que les prophètes de l'époque situaient au Japon, en Chine, parfois au Brésil, plus rarement en Inde et jamais en Afrique. Nul ne s'aventurerait trop ces temps-ci à annoncer la puissance fulgurante de ces nations toujours en quête de la formule magique qui conduit à la prospérité et à la paix civile.

· Pas de modèle de rechange au développement

Le Japon, où l'on cherchait un modèle de rechange, se contente d'entretenir ses richesses mais ne les développe plus. La Chine progresse, de manière chaotique, grâce aux investissements étrangers et à la répression interne. Le Brésil hésite entre la liberté et l'étatisme. L'Inde, certes empêtrée dans sa misère et sa complexité, est la "success story" possible grâce à une démocratie stable et au choix de l'ouverture économique, mais ce sera long.
Nulle parmi ces nations ne propose donc une autre vision du monde. La curiosité éveillée il y a une dizaine d'années par "les valeurs asiatiques" a disparu dès l'instant où ces Asiatiques, peut-être à tort, se sont ralliés sans trop d'état d'âme, au mode occidental de développement, l'individualisme, l'éducation généralisée, le dialogue social, les élections, l'économie de marché. Les Occidentaux ne détiennent pas la recette du bonheur mais nul à l'Est ou au Sud ne leur conteste celle de l'efficacité.
La disparition de l'URSS, devenue entre-temps une simple économie régionale fondée sur le pétrole et le gaz, a facilité cette grande transition vers un libéralisme universel. Un ralliement qui avait été engagé dès les années 80, les intéressés constatant chez eux l'échec des modèles autoritaires.
Au total, la grande aventure du siècle naissant ne sera pas le conflit des civilisations, une métaphore hollywoodienne sans contours réels. Ce sera la démonstration soit de l'échec soit de l'universalité des principes libéraux, la démocratie politique et l'économie de marché. Pour l'heure, nul ne propose de solution de rechange. Il n'existe plus de modèle soviétique, ni chinois, ni islamiste d'ailleurs.
L'islamisme est une protestation mais pas un projet concret -hormis la répression des femmes- comme les musulmans ont pu eux-mêmes le constater au Soudan, en Afghanistan et avant tout en Iran.
Pareillement, la contestation de la mondialisation en Occident est une protestation attisée par l'antiaméricanisme, par la nostalgie du marxisme, voire par celle du christianisme: ce n'est pas une alternative construite.

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· Répondre à Guy Sorman
Vous n'êtes pas d'accord, et vous avez des arguments à faire valoir?
Vous êtes d'accord, et vous trouvez que Sorman aurait dû aller plus loin? N'hésitez pas, écrivez à Guy Sorman par l'intermédiaire de L'Economiste: "info@leconomiste.com" en précisant: "A l'attention de Guy Sorman".


Casablanca,09 15 2003
Guy Sorman
L'Economiste
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