Opportunités d'Affaires Liban
Opportunités d'Affaires Maroc
Opportunités d'Affaires France
- Opportunités d'Affaires Jordanie
- Opportunités d'Affaires Méditerranéennes
Iloubnan - Portail d'informations
www.iloubnan.info
Agent Exclusif de Philips & Whirlpool au Liban
www.azelectronic.com
- Nsouli - Bijouterie Liban
- Bijouterie Liban
www.andremarcha.com
- Agence interactive Marseille, Agence web
www.ebizproduction.com
- Location de Voitures à Beyrouth, Liban
advancedcarrent.com
- Immobilier Liban
www.real-estate-lebanon.com
- Montres Suisses
exposureswiss.com
- Montres Suisses
www.elogaswiss.com
   
 

ARCHIVES
Retour aux Archives
Retour aux infos
English Version

Divergence USA/Europe: Une vision différente de la démocratie et du développement - Par Guy Sorman

Les Etats-Unis et le reste du monde divergent, chacun sur sa trajectoire, sans perspective de convergence à un horizon prévisible. Une divergence qui ne peut être réduite aux seuls choix des dirigeants ni à leur personnalité ni à leurs efforts diplomatiques, que ceux-ci participent de l'apaisement, de la posture ou du conflit. L'écart entre ancien et nouveau monde est devenu une brèche, creusée par ce considérable 11 septembre.

Mais la stratégie nouvelle des Etats-Unis, guerre préventive et remodelage de la carte du monde, participe aussi d'une tradition démocratique essentielle aux Américains et distincte du vieux monde. Sans prétendre à l'exhaustivité, on isolera ici ces deux aspects que les Européens dans leur approche des Etats-Unis, tendent à ignorer ou sous-estimer: la peur et la passion démocratique.

· La peur américaine

La peur, depuis le 11 septembre, est un fait de société radicalement nouveau aux Etats-Unis. Dans cette nouveauté même, il reste mal compris en dehors.
Les sociétés d'Europe, la Russie, l'Asie, l'Afrique, recrues de violences et d'épreuves, s'accommodent des conflits, les transforment en histoire ou en vécu quotidien. Un attentat à Paris, Jérusalem ou Casablanca n'empêche pas de poursuivre la vie comme auparavant. Ou presque.
Aux Etats-Unis, en revanche, chacun admet que plus rien ne sera comme avant. Un sentiment qui se traduit dans des comportements sociaux que les sociologues tentent de cerner tel le repli sur la famille ou la propension à consommer plutôt qu'à épargner.
Ce sentiment d'insécurité, diffus dans toute la société, transforme les normes culturelles et politiques. Richard Perle, l'un des penseurs déterminants de la nouvelle Amérique, décrit son pays comme assiégé par des milliers de fanatiques, déterminés à anéantir le mode de vie américain. Dans ces conditions, il devient difficile de ne pas se dire patriote tandis que les attitudes anarchistes, naguère banales aux Etats-unis, sont devenues suspectes.
De plus, le soutien indéfectible des Américains à l'Etat d'Israël, quasi théologique, ne permet pas de distinguer entre la sécurité des Américains et celle des Israéliens. Rappelons à ce sujet que les appuis les plus intransigeants à Israël ne se recrutent pas dans le lobby sioniste new-yorkais mais dans les mouvements évangélistes de l'Amérique dite profonde, attachée aux deux «terres promises», l'ancienne Sion en Israël et la nouvelle en Amérique.
Pour protéger Sion, de tradition, les gouvernements américains balançaient entre l'isolement et la dissuasion. La cavalerie ne sortait de la forteresse Amérique qu'en cas de nécessité absolue après que le Lusitania fut coulé en 1916, ou Pearl Harbour attaqué en 1941.

· Les cousins des pompiers de New York

Après 1945, la dissuasion nucléaire parut suffire à garantir la sécurité intérieure.
Mais l'on ne dissuade pas un ennemi devenu invisible et omniprésent: il conviendrait dorénavant, selon Richard Perle, de détruire tout Etat qui le soutiendrait activement ou passivement. Le seul fait de servir de sanctuaire possible aux terroristes justifierait dans cette nouvelle stratégie, une destruction préventive: une prévention qui, en dehors des Etats-Unis, peut être perçue comme une agitation contre-productive. Mais à l'intérieur, aucune voix autorisée ne s'élève contre cette guerre totale, très efficace pour rassurer l'opinion sinon pour éradiquer les terroristes.
Protester contre ce nouveau paradigme, de l'intérieur est inexprimable et de l'extérieur, inaudible. Il est significatif que les soldats américains, qui meurent chaque jour en Irak et parfois en Afghanistan, ne soulèvent pas chez eux une émotion particulière. Leur mission, telle qu'elle est perçue par les Américains, ne participe pas de l'impérialisme extérieur mais de la police intérieure. Ils sont les cousins des pompiers héroïques du World Trade Center et pas ceux des GIs perdus du Vietnam.
Pareillement pour la chasse aux armes de destruction massive.
Les Européens sont dubitatifs mais du point de vue américain, ces armes permettraient à une force périphérique de détruire le centre américain: une première dans l'histoire.
Que ces armes existent ou pas, elles pourraient exister et sauf à les détruire en amont, elles menacent, potentiellement à tout moment, la sécurité américaine.

· Les anti-Etat reconstruisent l'Etat

Ne pas les chercher serait donc inadmissible. Ce qui conduit les conservateurs, de tradition antiétatique aux Etats-Unis (comme Richard Perle, Francis Fukuyama, Jane Kirkpatrick), à refonder leur idéologie. L'Etat vilipendé du temps de Ronald Reagan est réinventé par George W. Bush.
Cet Etat revigoré par la guerre, perçu comme impérialiste à l'extérieur, ne l'est pas par les Américains; à écouter leurs dirigeants, ceux-ci en Irak ne deviendraient impérialistes que par accident, nullement par dessein. Il est vrai que les Etats-Unis, dominants de fait, n'ont nul besoin de stationner leurs troupes en Irak pour dominer le monde ou contrôler le pétrole; expliquer l'invasion ou la libération du Proche-Orient en termes impérialistes renvoie à des critères du XIXe siècle pour expliquer la guerre du XXIe siècle, c'est-à-dire ne rien expliquer du tout.
La peur est une clé plus précise que l'impérialisme, pour s'ouvrir au nouveau siècle américain.
L'autre clé s'appelle la passion démocratique. Elle suppose là aussi de regarder les Etats-Unis de l'intérieur plutôt qu'avec nos lunettes.
Combattre les terroristes et exporter la démocratie dans les mondes musulmans: cette seconde raison soulève plus de scepticisme encore que la première. Mais accuser les Américains de double jeu dans cette affaire est trop simple; leur idéalisme est une explication de leur comportement au moins aussi valide que leur supposé cynisme.
Avant de dénoncer ce cynisme possible, interrogeons-nous sur les origines et la validité de cet idéalisme qualifié depuis la Première Guerre mondiale de “wilsonien”.

· Pour l'Europe, qu'importe le despote!

Au rebours des Européens pour qui la démocratie libérale est une expérience récente, laborieuse, les Etats-Unis et la démocratie se confondent. Les Américains en éprouvent quelque difficulté à concevoir d'autre régime et à terme, une autre fin de l'histoire. Contrairement aussi à l'Europe où la démocratie se fonde dans la nation et une certaine homogénéité culturelle, chez les Américains, c'est par la démocratie que des peuples de plus en plus divers, parviennent à vivre ensemble.
Enfin, puisant dans leur propre passé, les Américains imaginent volontiers que toute société vouée à elle-même, pourvu qu'elle soit débarrassée du tyran, tend à s'organiser spontanément en société civile.
A partir de cette histoire vécue et intériorisée par chaque citoyen américain, comment celui-ci ne projetterait-il pas sur le reste du monde sa passion démocratique?
Une idéologie américaine qui suppose que tout peuple a droit à la démocratie et que celle-ci résout toutes les contradictions sociales, ethniques, religieuses: cynisme, naïveté?
Une passion démocratique qui se situe à l'inverse de la diplomatie française et européenne en général. Celles-ci attendent le plus souvent du despotisme qu'il fasse régner la sécurité et instaure le développement économique. Tant mieux si le despote est éclairé. S'il ne l'est pas, on s'en accommode, au nom de la sacro-sainte stabilité, du nécessaire statu quo, des amitiés éternelles ou du relativisme culturel: chacun son régime, fût-il tyrannique!

· Théorie américaine, théorie européenne

Alors que les Européens, dans leur majorité, ne croient pas un instant que les Arabes aient vocation à la démocratie, les Américains sont persuadés du contraire.
Le fait qu'à la Maison-Blanche, certains exploitent ce sentiment populaire n'annule pas une conviction qui est réelle. Quand les Américains prétendent instaurer une démocratie libérale en Afghanistan ou en Irak, demain en Arabie saoudite et en Iran, ils sont probablement sincères; ils estiment que tel est le destin naturel de ces peuples, la condition de leur prospérité économique et la fin du terrorisme. Que le terrorisme, le nationalisme ou la passion religieuse puissent exister par eux-mêmes, comme idéologies alternatives à la démocratie libérale, n'ébranle pas la passion démocratique!
Ainsi, le philosophe emblématique du conservatisme, Francis Fukuyama, annonçait dès 1989, la démocratie libérale comme “fin de l'histoire”: considère-t-il que les flambées nationales ou religieuses, constatées depuis lors, n'invalident pas sa théorie? Non, celle-ci peut subir des accidents de parcours, mais elle reste à ses yeux, et pour le grand nombre des Américains, en particulier chez les conservateurs au pouvoir, la raison ultime de leurs actions. On ne départagera pas ici entre ces deux théories, l'optimisme démocratique ou le fatalisme culturaliste. Constatons seulement qu'elles divisent sérieusement le monde occidental. Et que, comme pour la recherche des armes de destruction massive, réduire la stratégie américaine au cynisme et à l'impérialisme, revient à ne pas mesurer la brèche transatlantique. Ou à projeter sur l'Amérique notre histoire qui n'est pas la leur et nos passions qu'ils ne partagent pas.
Il est tout aussi impossible de prétendre que l'un a raison et l'autre tort. La seule certitude est que l'un possède la puissance au service de son idéologie et l'autre non. Mais au-delà de cette puissance inégale, entre les Etats-Unis et leurs critiques, deux visions de l'histoire s'opposent, et pas seulement des intérêts momentanés.


Casablanca,07 21 2003
Guy Sorman
L'Economiste
ebizproduction est soutenue par "Le Conseil Régional de la Région
Provence-Alpes-Côte d'Azur".
| Home | English version | contact@1stmediterranean.com | © ebizproduction - Agence web - 2002/2008 |