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Attentats de Casablanca - «Un kamikaze intégriste est ivre d'idées religieuses fausses»

Driss Moussaoui, professeur de psychiatrie, chef du Centre psychiatrique universitaire Ibn Rochd

· L'Economiste: Comment peut-on appréhender les derniers attentats au niveau psychologique ? Est-ce que selon vous, leurs auteurs souffrent de pathologies ?
- Driss Moussaoui: Je me refuse à parler de pathologie. Je pense plutôt que des jeunes ont été victimes d'un lavage de cerveau. Ils sont sous influence et on leur fait faire n'importe quoi.

On leur dit que la société où ils vivent est apostate. On leur dit aussi que tous les Marocains sont athées et que par conséquent tuer les apostats est une bonne oeuvre qui mène au paradis. Pour eux, la seule façon de nettoyer c'est de tuer. Je reviens encore une fois à cette ambiance dépressive, sauf qu'il s'agit ici de jeunes qui sont en difficulté sociale et par voie de conséquence psychologique. Le virus de l'extrémisme prend plus facilement possession de leur esprit, puisqu'ils sont marginalisés, fragiles socialement et psychologiquement. J'estime aussi que ces adolescents ou jeunes adultes qui ne sont pas encore socialisés, passent avec la force du verbe et sa fascination d'une position de faiblesse à une position de toute-puissance puisqu'on leur fait croire qu'ils sont devenus le bras armé de Dieu.

· Avant l'exécution de son acte, pensez-vous que ce «bras armé de Dieu» peut agir sous l'effet de psychotropes ou autres produits ?
- Dans l'état actuel des choses, je ne dispose pas d'éléments de réponse. Il paraît que cela se faisait à l'époque des Haschischins. Il faudra faire une autopsie psychologique pour trancher. Dans le cas des attentats de Casablanca, il sera difficile de mener cette opération vu que les corps ont été déchiquetés. Lorsqu'une personne utilise du cannabis, des traces restent dans l'organisme pendant des semaines. On peut alors faire un dosage dans les urines pour voir s'il y a des traces de THC (tétra-hydro-cannabinol, principe actif du cannabis). Mais je crois que ce n'est pas à ce niveau-là qu'il faut chercher. Un kamikaze intégriste est ivre d'idées religieuses fausses. Nous savons que la pathologie sociale dans ces milieux pauvres est très fréquente. Du jour au lendemain, ils basculent vers un autre extrémisme, cette fois-ci religieux, et deviennent totalement intolérants.

· A votre avis, dans quelle mesure peut-on soupçonner une influence extérieure ?
- C'est une question que je pose. Ne serait-ce pas l'influence des chiites? Dans l'histoire de l'islam, ces derniers avaient toujours une fascination pour le martyr. Le martyr est désiré. Il ne faut pas oublier que le chiisme est complètement basé sur les deux meurtres (Ali et son fils Houssein). Quand j'ai lu le tract qui a été distribué dans les petites mosquées et où il est clairement dit qu'il n'est pas interdit de cacher ses intentions, cela m'a rappelé la «Takia». C'est une croyance chiite où il faut cacher son chiisme pour mieux frapper. L'esprit du martyr est très présent chez les chiites. Les premiers musulmans qui se sont fait exploser étaient des militants du Hezbollah. C'est un fait historique.

· Vous réfutez le terme de pathologie. Donc, pour vous, il n'y a rien à faire sur le plan médical ?
- Nous ne pouvons pas soigner les gens contre leur gré. Si quelqu'un est en souffrance et va vers le vertige d'une religion mal comprise, il n'y a d'autres alternatives pour la société que de se protéger par les forces de l'ordre. Mais il est important que des psychologues soient recrutés par la police nationale pour l'aider à mieux comprendre et faire de la prévention d'actes terroristes. Le métier de profiler (profileur) existe dans toutes les polices du monde (des pays industrialisés). Si on peut faire en sorte que l'action de la force publique se fasse d'une manière efficace et la moins blessante aussi, ce serait formidable. Que la police puisse accomplir son travail de répression du terrorisme et de prévention sans qu'il y ait en quelque sorte d'effets secondaires, de dommages collatéraux psychologiques.

· Pourquoi le phénomène des terroristes kamikazes existe-t-il beaucoup plus chez les islamistes ?
- Il faut rappeler qu'historiquement, ce n'est pas une première dans le monde arabo-musulman. Les actes suicidaires remontent à l'époque des Haschischins et de Hassan Assabah dont l'histoire a été excellemment racontée par l'écrivain Amin Maâlouf dans son roman Samarcande. Lorsque le vieux de la montagne envoyait une personne pour tuer, cette dernière savait qu'elle allait aussi l'être. C'était déjà des kamikazes.
En dehors du monde arabo-musulman, il faut rappeler que les anarchistes russes se faisaient exploser avec des bombes dans la main sur le passage d'un cortège. Le mot kamikaze est, rappelons-le, d'origine japonaise. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, les aviateurs japonais se suicidaient en s'écrasant sur les navires américains. Le mot kamikaze veut dire en japonais vent de Dieu. Il est important de signaler à ce niveau une vérité historique: qu'il s'agisse des agents d'Assabah, des kamikazes japonais ou des anarchistes russes, tous ceux qui ont décidé de semer la mort, ont perdu la bataille. Le mouvement d'Assabah a complètement craché dans les mains d'un délirant. Le Japon a perdu la guerre. Les anarchistes russes aussi. C'est un acte de désespoir qui ne peut amener qu'à la destruction du mouvement qui l'initie, qu'il soit organisé ou informel.

· Les kamikazes s'inspirent-ils tous des mêmes référents psycho-sociologiques ou existe-t-il des différences ?
- Je pense que le phénomène a des implications tant sur le plan social que culturel et politique. Les éléments culturel, social, religieux, politique et psychologique individuels, se mélangent pour faire une mixture explosive. Vous ne pouvez pas accuser de manière singulière le psychologique, le politique ou le religieux. Celui qui a fait cet acte, difficilement compréhensible, est à la jonction de plusieurs influences. J'ouvre ici une parenthèse. Dans notre pays, il y a une déprime généralisée. Le sport national consiste à dire que tout va mal. Et lorsque les choses vont bien, très peu de gens en parlent. Je pense qu'il y a une sorte de fascination pour la moitié vide du verre. La moitié pleine, on n'en parle pas. Du moins, on ne veut pas la voir. On ne veut pas voir l'énorme progrès qui a été fait dans ce pays. L'homme de la rue ne parle que des choses qui ne vont pas. Ce bruit de fond, qui est malheureusement de type dépressif. Demandez à des jeunes Casablancais de vous parler de la vie culturelle de leur ville. Ils vous diront qu'il n'y a rien. Il y a une fascination pour le négatif et certains médias y contribuent. Celui qui n'a pas d'argent veut émigrer clandestinement. Le riche veut aussi partir ailleurs. Il faut arrêter cette atmosphère défaitiste.


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Education à l'intolérance

Les germes de la dérive intégriste sont selon Pr Moussaoui, à chercher dans les écoles primaires et au début du secondaire où un certain programme et une manière d'éduquer sont à même d'engendrer l'intégrisme. «On leur bourre le crâne de certitudes au lieu de leur apprendre à réfléchir et à se poser des questions». L'écolier peut alors juger son père comme non- musulman. Il le disqualifie de son autorité de père, car l'instituteur lui a dit que celui qui ne fait pas sa prière n'est pas musulman, apostat donc bon à être tué.

· Troubles post-traumatiques

Les personnes qui ont survécu aux attentats du 16 mai, qui ont aidé les victimes ou qui ont assisté au drame, dont les journalistes, doivent bénéficier d'une assistance psychologique. Certains peuvent développer, selon Moussaoui, un trouble de stress post-traumatique. Cela peut se manifester au bout d'un ou six mois, voire un an. Il s'agit de troubles du sommeil très importants, avec des cauchemars où la vision des choses qui ont traumatisé se répète. Ces troubles retentissent d'une manière négative sur la qualité de vie et sa productivité. «Il faut savoir que ça existe et que ça se soigne». Beaucoup de gens sont venus nous voir à l'hôpital. Nous travaillons maintenant sur la prévention. Mais il se peut que rien ne se manifeste. C'est heureusement le cas de la majorité des personnes. Dans le cadre du travail d'assistance psychologique, suite aux instructions royales, plus d'une centaine de personnes ont été examinées, entre victimes et familles.

· Valeur sûre

Le Pr Driss Moussaoui reste une des valeurs sûres et compétences indéniables de la psychiatrie qui lui ont valu une reconnaissance internationale. Ce natif de Marrakech en 1949, au palmarès très riche, est le fondateur du Centre de psychiatrie de Casablanca qu'il dirige depuis 1979.
Il a été président de la Société marocaine de psychiatrie et de la Fédération arabe des psychiatres. Il a également été membre du Comité exécutif de l'Association mondiale de psychiatrie sociale et de la Fédération mondiale des sociétés de psychiatrie biologique. Il est actuellement membre associé à l'Association européenne des psychiatres et l'Association américaine des psychiatres. Il a été décoré du wissam de l'ordre de chevalier du Trône et reçu le prix du président tunisien de médecine. Le Pr Moussaoui a publié plus de 100 articles scientifiques et écrit ou édité une dizaine d'ouvrage. Il est aussi membre des comités de rédaction de plusieurs revues internationales. Il travaille depuis plus de 22 ans avec l'Association mondiale de psychiatrie. Il est actuellement président du Comité d'éthique et vice-président du comité d'organisation du congrès mondial de psychiatrie qui doit se tenir au Caire en 2005. En tant qu'enseignant, Driss Moussaoui reste aussi une des figures emblématiques de la Faculté de médecine de Casablanca. Plusieurs générations d'étudiants se souviennent encore de ses cours passionnants, riches d'anecdotes.


Casablanca,06 10 2003
Mohamed BENABID et Mostafa BENTAK
L'Economiste
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