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Noir de deuil pour le chantre de la négritude…

DISPARITION - Aimé Césaire, poète, dramaturge et homme d’action, n’est plus
L'article de Edgar DAVIDIAN

Aimé Césaire est décédé hier, à 94 ans, à Fort-de-France, en Martinique, où il était hospitalisé depuis le 9 avril pour des affections de nature cardiologique.

Bien avant l’approche du grand âge, Aimé Césaire, mêlant adroitement activité d’écrivain et mandats de maire, de député et de conseiller, s’est retiré de la vie politique… Mais la poésie et la conscience, toujours ardentes et vives, sont restées immuables. Presqu’un siècle de combat pour l’auteur d’ Une saison au Congo, qui a atteint les vénérables limites de quatre-vingt-quinze ans ! À sa mort, on se souvient brusquement de cette phrase d’André Breton, fondateur et théoricien de la grande famille des surréalistes et dont le passage dans la région antillaise a inspiré un brillant opus intitulé Martinique, charmeuse de serpents : « Aimé Césaire est un Noir qui est non seulement un Noir, mais tout l’homme qui en exprime toutes les interrogations, toutes les angoisses, tous les espoirs et toutes les extases, et qui s’imposera de plus en plus à moi comme le prototype de la dignité. »

Flash-back sur une carrière mouvementée, jalonnée de succès, où écriture, politique et action ont intimement voisiné. Plus d’une vingtaine d’ouvrages, entre poésie, théâtre, essais, histoire et entretiens, restent sur les rayons des bibliothèques et entre les mains des innombrables lecteurs…Œuvre percutante et riche, dont les échos retentissants n’ont pas fini de faire des remous et de l’éclat…

Issu d’une modeste famille nombreuse (sept enfants) à Basse-Pointe (Martinique), Aimé Césaire est boursier au lycée de Fort-de France. Très vite, il étouffe dans un milieu petit bourgeois de « nègres qui se sentent blancs ». Paris l’accueille d’abord pour des études de lettres au lycée Louis-le-Grand et il fréquentera par la suite l’École normale supérieure (avec agrégation bien entendu) où il fait une rencontre fondamentale, celle d’un autre Noir illustrissime, Léopold Sédar Senghor, avec qui il se lie d’une profonde amitié.

L’expérience parisienne de Césaire est marquée par les notions et les passions de socialisme, de négritude et de poésie. Contre le racisme et le colonialisme, le mouvement socialiste lui apporte plus d’un argument…Par-delà toute action politique, Césaire conteste la culture des Blancs et, à travers sa première œuvre poétique intitulée Cahier d’un retour au pays natal, le monde est face au « grand cri nègre » qui va ébranler bien de convictions tristement colonialistes et racistes…

Lyrisme épique et violence verbale

Député de la Martinique, maire de Fort-de-France, poète et dramaturge, Aimé Césaire, dans l’inextricable mêlée de ses combats, a traduit surtout sa volonté de se reconnaître. Il jette à la face de tous les « assis » cette phrase restée célèbre dans toutes les mémoires : « Nègre, nègre, nègre depuis le fond du ciel immémorial »... Une bataille gagnée, depuis plus d’un demi-siècle, pour casser tous les carcans d’une pensée sclérosée afin que l’Afrique et sa culture brillent d’un éclat neuf. « Black is beautiful » redevient un slogan pour lequel on se bat. Ici le rêve est le moteur de la réalité…

L’œuvre de Césaire, d’un humanisme actif et concret, pour les opprimés de la planète illustre bien le réveil culturel du tiers-monde. Et ce n’est guère un hasard si Frantz Fanon et Édouard Glissant sont influencés par ses écrits, lui qui a dit avec aplomb et conviction : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime »…

Mis à part sa revue Tropiques ou la publication des recueils de poésie tels Les armes miraculeuses ou Soleil cou coupé, Césaire a contribué, par la violence du verbe et d’un lyrisme épique, à la création d’un théâtre singulier dont la lignée de faste verbal et de puissance dramaturgique s’inscrit dans le sillage d’Armand Gatti, Jean Genet ou Kateb Yacine. Théâtre exprimant avec magnificence et force la révolte et la négritude (mouvement consacré par la suite par Jean-Paul Sartre) dans l’éclat brut d’un diamant pur.

Il s’agit surtout de deux œuvres maîtresses, La tragédie du roi Christophe et Une saison au Congo. Sans oublier le magnifique poème Et les chiens se taisaient adapté, avec un énorme succès, en 1965, à la scène. On salue bien bas ici la rencontre du verbe et de l’inspiration de Césaire avec le talent et le courage du metteur en scène Jean-Marie Serreau.

Considérée par la critique comme un chef-d’œuvre théâtral, La tragédie du roi Christophe conte la vie d’un Noir, Henri Christophe, qui a succédé à Toussaint Louverture à Haïti, en se faisant proclamer roi et qui a gouverné l’île de 1811 à 1820. La deuxième pièce a pour héros Patrice Lumumba, dirigeant du Zaïre, assassiné en 1961. De toute évidence, sous la plume aux images captivantes et aux phrases d’une grande musicalité déconcertante, Césaire évoque, avec originalité, exigence et véhémence, dans un souffle shakespearien, les tragédies du monde noir en quête d’identité. Tragédie toujours d’actualité, vision presque prémonitoire de certains chefs d’État que l’Afrique indépendante sécrète jusqu’aujourd’hui avec cette part de contradiction, de paradoxe, parfois même de bouffonnerie, en prise avec des destins (et des destinées) orageux et précaires… Il y a sans nul doute du Idi Amin dans Christophe…

Avec courage, lucidité, sans complaisance pour les siens ni haine pour ceux qui ont contribué à une certaine déchéance, l’écrivain garde la plume, certes lyrique, d’une emphase à la dimension de la superbe et indomptable Afrique, mais toujours impartiale, émouvante. Un généreux don d’écrivain de la meilleure trempe pour ces drames historiques mettant en scène des Noirs dont la traversée humaine illustre, entre foisonnante richesse verbale, images saisissantes et une multitude de situations, la grandeur et les misères de la négritude. Valeur absolue de symboles pour ces personnages hantant avec violence et passion des œuvres dramaturgiques d’une intense portée poétique et politique.

Beyrouth,05 05 2008
Rédaction
L'Orient le Jour
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