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Pour Camille Aboussouan, la France et le Liban, deux affluents d’une même rivière

ENTRETIEN - « De la montagne du Liban à la Bastide Royale de Fleurance, mémoires et souvenirs de famille»
L’interview réalisée par Carole DAGHER


L’appartement parisien de Camille Aboussouan, ancien ambassadeur du Liban auprès de l’Unesco et ambassadeur permanent de la culture libanaise dans le monde, ressemble davantage à un capharnaüm ces jours-ci, «un grenier» selon son expression.

C’est qu’il s’est attelé depuis des mois à la préparation de son prochain ouvrage, à paraître aux éditions Geuthner sous le titre: «De la montagne du Liban à la Bastide Royale de Fleurance: mémoires et souvenirs de famille».

Quatre cent cinquante pages et 600 illustrations, photographies, lithographies, reproductions de lettres ou de fac-similés, dont de nombreux inédits, peuplent cette fresque familiale au format rappelant celui de son très beau livre sur l’architecture libanaise.

L’on y découvre la figure éminente de son père, Nagib bey Aboussouan, magistrat unanimement respecté, devenu, après l’effondrement de l’Empire ottoman en octobre 1918, premier président de la Cour de cassation, moutassarif (gouverneur) de la province de Beyrouth, président du Conseil supérieur de la magistrature, ministre de la Justice et de l’Instruction publique, consultant dans les domaines juridictionnels. Puis celle, douce et stoïque, de sa mère, Laure, issue d’une vieille famille de Gascogne, les Colomès, qui vivait dans la Bastide Royale de Fleurance depuis trente générations, c’est-à-dire depuis la fondation de la ville, au XIIIe siècle, par Philippe III le Hardi. Cette bastide est pour Camille Aboussouan un lieu chargé d’une histoire de France étroitement mêlée à celle de sa famille du côté maternel. Cette double appartenance française et libanaise est ainsi devenue le leitmotiv, le principe d’action et de réflexion de celui qui sera un acteur principal de l’âge d’or culturel du Liban après l’indépendance. De la création de la revue des Cahiers de l’Est à la fondation du Pen Club du Liban, du Festival de Baalbeck au Musée Sursock, de ses nombreuses activités à l’Unesco pour promouvoir les différents visages du Liban (Le livre et le Liban, la mer, la poésie, l’archéologie, l’enfance libanaise dans la guerre, la photographie, l’architecture) à sa passion de bibliophile, Camille Aboussouan a, en effet, largement contribué à la promotion du visage pluriculturel du Liban moderne.

Ce livre, qui retrace l’itinéraire foisonnant de son auteur, apparaît dès lors comme un témoignage de reconnaissance et d’amour pour le Liban et pour la France. Il est aussi l’expression d’une conviction intime et démontrée que ces deux pays constituent, pour le Libanais engagé et pour l’irréductible Français de Gascogne qu’est Camille Aboussouan, les deux affluents d’une même rivière, les deux facettes d’une même identité, les deux parcours d’un destin commun. Du Mont-Liban à la Bastide de Fleurance, Aboussouan mêle avec aisance et naturel les figures historiques des rois de France et de leurs ambassadeurs en Orient et à Constantinople à celles des présidents, des journalistes et des intellectuels libanais dont les noms sont associés à un certain «siècle des Lumières» oriental.

Égrenant ses mémoires et souvenirs, il fait défiler, à travers l’histoire de sa famille, toute l’histoire du Liban et des dates-charnières de sa création, à laquelle la France est étroitement associée. Cette histoire se déroule à la lumière de deux constantes, comme il le précise lui-même dans son prologue: Liban, terre des hommes libres, et Liban, terre amie de la France depuis Charlemagne.

Une dédicace politique

Celui dont les ancêtres furent, dès le XVIIe siècle, drogmans en Terre sainte (auprès des franciscains, du couvent de Terre sainte et du patriarche latin de Jérusalem), dévoués à la Custodie latine de Terre sainte et dont l’une des grand-tantes fut une fondatrice de la congrégation des sœurs du Rosaire, considère que «tout le territoire qui s’étend d’Antioche à Jérusalem est la véritable Terre sainte».

Cette tradition de piété religieuse est fortement ancrée dans la famille et reflétée par les diverses illustrations du livre, dont un vitrail de Chartres représentant Marie-Madeleine débarquant en Camargue de la barque qui la ramène de Tabarja au Liban, l’Évangile à la main, et le nautonier qui tient encore la barre de l’embarcation (la légende des Saintes-Maries de la Mer), une tapisserie du XIIIe siècle représentant Jérusalem entouré de 43 cèdres du Liban enneigés, retrouvée dans un château de France, et témoignant du lien entre la Terre sainte et le Liban.

Une autre idée sous-tend l’ouvrage aussi: celle du Liban, terre de dialogue depuis l’époque phénicienne. Un dialogue que l’histoire tourmentée de Terre sainte condensera dans les accords entre Charlemagne et le calife Haroun el-Rachid, pour la protection française des chrétiens d’Orient, puis entre François 1er et Soliman le Magnifique, sous le titre des Capitulations.

Suivent ensuite les différentes étapes de la lutte pour l’indépendance du Liban, depuis Fakhreddine II à nos jours. Et toujours, à toutes les étapes, le soutien infaillible de la France. Pour Camille Aboussouan d’ailleurs, les cinq fondateurs du Liban indépendant sont: Fakhreddine II, Napoléon III qui institua la première Constitution écrite dans le Règlement organique du Mont-Liban en 1861, le général Gouraud qui unifia les «wilayets» du Grand-Liban en 1920, Béchara el-Khoury et Riad Solh.

Une indépendance qu’il estime sérieusement menacée aujourd’hui, ce qui explique la dédicace politique de son livre à Kamal Joumblatt, Michel Jabre, Béchir Gemayel, René Moawad, Gébran Tuéni, Pierre Gemayel et Rafic Hariri.
«Pour les hommes libres, précise-t-il.Ma dédicace est politique car le Liban est obligé aujourd’hui de se situer politiquement et non plus simplement confessionnellement ou
socialement.»

À la veille de la chute de Byzance

Sous la menace d’un «retour de la Perse en Méditerranée dont elle avait été évincée en 480 av. J-C après la bataille de Salamine» et la croissance démographique de la communauté chiite, Camille Aboussouan ne cache pas ses craintes de voir disparaître le Liban pluriculturel pour lequel il s’est investi tout au long de sa carrière.
«La seule espérance de vie et de survie pour le Liban, tel que nous l’avons connu depuis Fakhreddine, est dans le développement de sa vocation méditerranéenne, précise-t-il.Sinon, il n’y aura plus de Liban démocratique, ni de Taëf, ni de Constitution de 1926.»

Ce fin lettré, qui affirme avoir lu ou manipulé 20 000 ouvrages dans sa vie, estime que «nous sommes en train de vivre sans le savoir la chute de l’Empire romain ou byzantin».

Rappelant qu’il avait été à l’origine de la représentation de la tragédie desPerses d’Eschyle à Baalbeck, «espèce de vision de l’alternance de l’histoire qui fait sombrer une civilisation au bénéfice d’une autre, puis d’une troisième, etc.», Aboussouan est arrivé à la conclusion que «le Liban est jeté dans la fournaise d’une politique qui est absolument identique à celle qui a précédé l’effondrement de l’Empire byzantin».

D’où l’importance que revêt à ses yeux le projet d’Union pour la Méditerranée lancé par le président français Nicolas Sarkozy.

«Ne nous y trompons pas. Le Liban est aujourd’hui une toute petite fraction qui risque de ne plus intéresser l’Occident. Dans deux mois, la France va présider le Conseil de l’Europe. Le même message que Napoléon III avait lancé aux puissances européennes en 1861, Sarkozy essayera de le lancer en tant que président de l’Europe dans deux mois. Réussira-t-il? L’Europe en aura assez des simagrées des chrétiens du Liban, entre une tendance et une autre, qui est tout à fait incongrue dans l’acuité de notre situation.»

Aboussouan met en exergue le rôle de la France au Liban: «C’est un rôle d’une grande générosité parce que la France n’a jamais été au Proche-Orient une puissance coloniale. Pas un seul colon français ne s’est installé au Liban et en Syrie. Il y a eu évidemment des intérêts commerciaux, mais très limités. Le grand intérêt commercial de la France avait été l’ouverture du canal de Suez, loin du Liban. Les principes des droits de l’homme et du citoyen de la Révolution française, les idées des Lumières de Diderot et d’Alembert, ont été vécus au Liban en 1926, il ne faut pas l’oublier, lorsque la France, avec Sarraut et de Jouvenel à Paris, avait préparé les éléments de base d’une constitution républicaine parlementaire. Il y eut un vent du climat des Lumières du XVIIIe siècle qui a passé sur le Liban et dont les grands acteurs étaient les grands journalistes de cette époque: Georges Khabbaz, Michel Chiha, Georges Naccache, Ramez Sarkis et la grande équipe des professeurs de l’École de droit et de l’Université américaine. Cet esprit des Lumières porté par la France l’a été par Napoléon III en 1861, puis par Gouraud et l’équipe qui l’entourait: Robert de Caix et le général Weygand. J’eus le privilège de rendre visite à ce dernier à Paris, avenue de Friedland, où il habitait. Ce grand militaire français, fanatiquement défenseur de l’armée française, avait écrit une lettre à mon père en 1947 dans laquelle il disait avoir favorisé l’armistice pour empêcher l’Allemagne d’arriver à Gibraltar où l’Angleterre n’aurait jamais pu gagner la guerre dans les opérations en Méditerranée. Je publie cette lettre».

La politique israélienne

Camille Aboussouan dit avoir hérité de son père du rêve d’un État de droit dans un Liban républicain, parlementaire, indépendant, où les chrétiens avaient tous leurs droits, avec le bénéfice d’une amitié française agissante. Un État qui aurait pour atout le pluralisme religieux et culturel. Est-ce là une vision d’un Liban qui n’existe plus? Était-ce un «destin potentiel»?

«Ce qui empêche le Liban d’avoir acquis cette altitude, c’est uniquement la politique de l’État d’Israël, souligne Aboussouan. Dix ans avant la création d’Israël, Michel Chiha voyait qu’un État basé sur les privilèges d’une confession ne pourrait qu’arrêter le cours d’une évolution constructive du monde entier dans la démocratie. Et c’est ce que nous vivons. Est-il admissible que les Palestiniens aient été chassés de leurs terres et de leurs villes? Qu’ils soient combattus par les armes les plus puissantes quotidiennement? Que Jérusalem soit entouré d’un mur en faisant un grand ghetto? D’avoir enlevé à la Ville sainte cette pluriculturalité qu’elle a maintenue durant tout l’Empire ottoman et avant lui, d’une certaine manière, même du temps des Omeyyades, des Abbassides et des Fatimides?»

Puis d’ajouter: «Il manque des hommes d’État en Israël. Il y a eu Rabin, c’est le seul. Il avait engagé la possibilité d’un dialogue constructif. Et le Liban, quand il avait signé l’armistice, espérait infiniment dans la réussite de cette situation que les accords entre Rabin et Arafat avec le président américain ont favorisée. Aujourd’hui, le président Bush a donné un blanc-seing au président israélien en l’autorisant à augmenter le nombre de ses colonies. Pris à ce piège, sa secrétaire d’État, Condoleezza Rice, ne peut pas avancer d’un pas. L’État d’Israël veut être le seul État impérial, acceptant peut-être de partager ce pouvoir avec l’Iran chiite et la Turquie sunnite.»

«Quant au destin du Liban, articulé au temps des fondateurs Béchara el-Khoury et Riad el-Solh autour de l’indépendance démocratique et de la pluriculturalité, et poursuivi sous le mandat de Camille Chamoun puis un peu sous celui de Charles Hélou (qui avait déjà les pieds et poings liés par l’opposition solidaire des Palestiniens armés), ce destin est aujourd’hui bloqué», conclut Camille Aboussouan.

Beyrouth,04 17 2008
Rédaction
L'Orient le Jour
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