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Un nouveau rôle pour le FMI ?

Commentaire - Le point de vue d'un professeur à l'université de Princeton
Par Harold JAMES*

L'économie mondiale est de plus en plus menacée par les réactions volatiles des marchés aux déséquilibres mondiaux, cela au moment où le FMI a perdu sa raison d'être originelle en tant que principale institution monétaire de la planète. Ces deux facteurs devraient l'inciter à se fixer un nouvel objectif : gérer les réserves de la planète.

Dans les années 1960, le FMI gérait les problèmes de toutes les grandes économies. Par la suite, dans les années 1980 et 1990, il est devenu gestionnaire de crise pour les marchés émergents. Mais ce rôle est devenu difficile en raison de la taille de certaines des grandes économies émergentes. Quoi qu'il en soit, les principales économies mondiales telles que les USA, le Royaume-Uni et l'Australie sont à leur tour la proie d'une certaine inquiétude financière, car le déficit considérable de leurs comptes courants est financé par les surplus de pays beaucoup plus pauvres.

Ces surplus traduisent des taux d'épargne élevés, secteurs privé et public confondus, dans les économies pétrolières et dans les économies émergentes d'Asie qui ont ainsi constitué rapidement des réserves en devises. Mais ce n'est pas vraiment une bénédiction pour ces pays. Leurs réserves sont maintenant si importantes que l'annonce de la plus petite variation du volume des actifs en euros ou en dollars a un fort impact sur leurs marchés et entraîne perturbations et panique. L'instabilité est inhérente à cette situation, de même que lors des périodes passées, lorsque le régime des réserves offrait un choix d'actifs (par exemple le dollar, la livre et l'or pendant l'entre-deux-guerres).

Les tentatives des pays détenteurs de ces surplus pour trouver une alternative afin de constituer une réserve sont problématiques. L'attention s'est surtout fixée sur les mille milliards de dollars de réserve de la Chine et sur ses efforts pour maintenir la valeur de cet actif. Elle a voulu diversifier ses réserves, constituées essentiellement de bons du Trésor américain, en misant trois milliards de dollars dans le fonds d'investissement Blackstone cet été. Mais cela a été rapidement suivi d'une chute embarrassante de ce titre.

Du côté des bénéficiaires, les gouvernements des pays industrialisés craignent que ces nouveaux fonds souverains (SWF) soient utilisés dans un but stratégique plutôt qu'en fonction de la logique du marché. Même le modèle type de réussite du secteur SWF, Temasek de Singapour, qui est passé longtemps inaperçu, suscite un intérêt que ses propriétaires et dirigeants n'ont jamais souhaité.

L'inquiétude grandissante est compréhensible. Étant donné que les banques centrales des pays émergents et les fonds SWF dominent maintenant le marché des capitaux, les résultats ne tiennent plus à l'interaction de millions de prévisions, de décisions et de stratégies indépendantes. Lorsque des entités d'une telle taille prennent des décisions, elles se doivent d'agir de manière stratégique. Tout le monde pense alors à une manœuvre politique.

Mais les controverses auxquelles cela donne lieu peuvent être résolues et le venin politique neutralisé par la surveillance des institutions multilatérales engagées à améliorer la situation. Cette surveillance devrait être la fonction première du FMI. Aujourd'hui c'est une fonction de conseil, alors que dans les années 1960 – lorsque le FMI supervisait la réglementation du système de valeurs nominales des accords de Bretton Woods avant sa désintégration en 1971 – la surveillance était liée à l'efficacité du Fonds en tant qu'intermédiaire financier majeur.

La capacité du FMI à peser sur les pays les plus importants, tels que le Royaume-Uni, a été soulignée par la dépendance de ces pays à l'égard de ses ressources. C'est la puissance financière du FMI qui lui a donné ce pouvoir, encore accru par les emprunts qu'il a réalisés, le premier étant lors du G10 qui a décidé des accords généraux d'emprunt.

Dans les années qui ont suivi l'éclatement des accords de Bretton Woods, le FMI s'est réinventé en tant qu'outil principal de gestion des surplus réalisés par les pays bénéficiaires des chocs pétroliers des années 1970. Il a emprunté auprès de ces pays, qui ont alors eux-mêmes géré en partie leurs nouveaux actifs par l'intermédiaire du FMI. En conséquence, le Fonds a pu prêter aux pays qui ont souffert du choc pétrolier.

Un important acteur financier peut avoir un rôle stabilisateur. Dans le passé, le comportement contre-cyclique des grandes institutions privées stabilisait les attentes du marché durant les épisodes de panique. C'est la compagnie financière Rothschild qui a assuré la stabilité de la première moitié du XIXe siècle. Lors des grandes paniques de 1895-96 et de 1907, c'est la banque J.P. Morgan qui a pu calmer l'économie américaine. Au moment de la grande dépression des années 1930, il n'y avait aucune puissance financière équivalente. En 2007, il semble que Goldman Sachs se sente contraint d'aller à contre-courant pour stabiliser les marchés.

Le FMI pourrait jouer un rôle stabilisateur important s'il gérait une part significative des réserves des pays émergents qui disposent de surplus, car il est bien placé pour agir contre la spéculation. Cela bénéficierait en fin de compte aux détenteurs de réserves importantes en actifs qui ont aussi intérêt à la stabilité économique et financière de la planète. Par ailleurs, la gestion de ces réserves par un acteur sous contrôle international balayerait les soupçons et les doutes quant à l'utilisation de ces actifs dans un but politique.

Pour remplir cette fonction tout à fait nouvelle, le FMI doit regagner la confiance de ses membres. L'augmentation des réserves de nombreux pays asiatiques a été une réponse délibérée à la crise financière des années 1997 qui a alimenté la déception à l'égard du FMI. Aussi, avant qu'il n'assume le rôle de gestionnaire des réserves globales de la planète, les pays qui disposent maintenant des surplus doivent jouer un rôle nettement plus important dans la gouvernance du Fonds. C'est seulement à cette condition qu'ils n'auront pas le sentiment qu'ils risquent d'être manipulés dans un but politique.

* Harold James est professeur d'histoire à l'université de Princeton aux USA. Il a écrit un livre intitulé The Roman Predicament.

©Project Syndicate, 2007. Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz.

Marseille,01 11 2008
Rédaction
L'Orient-Le Jour
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