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Dans les monarchies du Golfe, les chiites sont en conflit avec l’État, pas avec les sunnites

Le dossier réalisé par Antoine AJOURY
Pour Laurence Louër, il n’y a pas de résurgences de querelles communautaires, mais des tensions historiques et des clivages socio-économiques

Guerre civile, querelle communautaire, conflit entre sunnites et chiites… Actuellement, les spéculations vont bon train concernant l’avenir de certaines monarchies du Golfe. Depuis la chute du régime de Saddam Hussein en Irak et des talibans en Afghanistan, les pays du Moyen-Orient craignent désormais la menace de plus en plus pesante de l’Iran. Craintes qui ne sont pas sans conséquences pour les populations chiites des pays situés sur la rive ouest du golfe Arabo-Persique, à savoir, le Koweït, l’Arabie saoudite et Bahreïn. Les chiites représentent plus du quart de la population koweïtienne, alors qu’ils sont de l’ordre de 70 % à Bahreïn. En outre, une importante minorité se trouve concentrée dans la partie orientale de l’Arabie saoudite, une région riche en ressource pétrolière. Cette situation engendre régulièrement des tensions à l’intérieur de ces pays. Au Koweït par exemple, un ministre chiite a dû récemment affronter le courroux des députés islamistes (sunnites), créant une crise politique dans l’émirat. Dans le royaume wahhabite, les élections municipales tenues récemment ont mis en évidence les discriminations socio-économiques subies par les chiites, et ravivé le souvenir des émeutes et du soulèvement de ces derniers en 1979 et en 1980. Mais c’est à Bahreïn, revendiqué régulièrement par l’Iran, que la question chiite est la plus manifeste, puisque, à plusieurs reprises, le pouvoir sunnite en place a sévèrement réprimé des rebellions d’une population majoritairement chiite.

Ces tensions sont souvent interprétées dans un cadre géopolitique régional, surtout après l’avènement de la République islamique en Iran, les sunnites accusant les chiites d’être à la solde du régime de Téhéran.

Or, d’après Laurence Louër, chargée de recherche au CERI et spécialiste des monarchies du golfe Arabo-Persique, « ce sont des causes locales » qui provoquent des conflits entre les populations chiites et le pouvoir en place dans ces pays. Ces querelles ne sont certainement pas récentes et ne résultent pas d’une manipulation iranienne. Selon elle, il faut chercher la source du problème dans « les relations conflictuelles des chiites avec les États, et non avec les sunnites ». La différence religieuse n’est donc qu’un élément parmi d’autres recouvrant d’autres conflits entre conquérants et conquis, ou entre population bédouine et population paysanne. Elle est également une manière, récente, d’exprimer des tensions historiques et des clivages socio-économiques.

Contrairement à certaines opinions alarmistes, la situation des chiites dans ces monarchies est meilleure que par le passé, puisque de vieilles revendications ont été finalement satisfaites. « Le fait que certains régimes se soient inquiétés a permis une réaction positive de leur part », estime ainsi Laurence Louër, faisant allusion à la menace iranienne et aux différentes réformes entreprises par certaines monarchies du Golfe.

«Il n’y a pas une résurgence du conflit communautaire entre sunnites et chiites dans les monarchies du Golfe en dehors de l’Irak », affirme d’emblée Laurence Louër. Dans ce dernier pays, le conflit latent entre la majorité chiite et la minorité sunnite, masqué par la dictature de Saddam Hussein, est en train de resurgir. Ce qui n’est pas le cas des autres pays du Golfe. « À Bahreïn et en Arabie saoudite, il y a une continuité de vieux conflits, qui ne sont pas spécialement plus forts que par le passé, entre les chiites et l’État. À Bahreïn par exemple, il y a eu des tensions beaucoup plus fortes que celles d’aujourd’hui, puisqu’il y a eu un soulèvement assez grave entre 1994 et 1998 », rappelle-t-elle. « Un conflit communautaire au sens où la population civile est directement impliquée n’est palpable qu’en Irak », insiste Laurence Louër. « Il y a par contre un conflit politique entre les chiites et l’État dans certaines monarchies du Golfe », explique-t-elle.

« Il est possible qu’à Bahreïn il y ait un soulèvement. Beaucoup de gens le disent. Avec la crise politique actuelle et les problèmes socio-économiques, la situation débouche sur une explosion sociale. C’est envisageable, en gardant à l’esprit que dans ce pays, il y a souvent des soulèvements populaires qui ne dégénèrent pas en guerre civile », précise Laurence Louër. « De toute façon, les conflits civils éclatent dans des situations où il n’y a pas d’État central fort. C’est le cas en Irak après la chute du régime baassiste, et c’est le cas au Liban. Ce n’est absolument pas le cas dans les pays du Golfe où il y a vraiment des États forts dont les sociétés sont très dépendantes. Une situation engendrée par la rente pétrolière qui a donné aux familles régnantes les moyens de construire des appareils d’État qui pénètrent très largement dans la société. » Selon Laurence Louër, il n’y a donc pas un risque de guerre civile ou de sécession.

La solution reste de s’intégrer dans l’État. Mais cette issue ne dépend pas que des chiites, elle appartient aussi aux États, puisque les chiites ont été longtemps marginalisés ou méprisés, laissés à l’écart du pouvoir dans certains pays. Exemple a contrario, au Koweït, les chiites, qui font partie intégrante de l’État, n’ont pas le discours revanchard qu’on retrouve dans les autres monarchies.

Koweït : les chiites participent à la création de l’État

Même si les chiites, qui forment le tiers de la population autochtone du Koweït, ne disposent que de cinq sièges de députés sur cinquante et d’une quarantaine de mosquées contre plus d’un millier pour les sunnites, ils sont bien intégrés dans ce minuscule émirat coincé entre l’Irak et l’Arabie saoudite. « Il y a eu une construction d’État par agrégation », affirme Laurence Louër, expliquant que des tribus d’Arabie, fuyant la sécheresse, sont venues s’installer dans cette région et ont investi dans le commerce. Par ailleurs, des familles de Chiraz (Iran) sont aussi venues s’installer au Koweït pour des raisons économiques. C’est donc ensemble que ces deux communautés ont travaillé pour faire fonctionner les institutions étatiques qu’elles ont érigées. « Selon le discours typique, c’est grâce aux chiites que la famille régnante d’al-Sabah a pu édifier un État », affirme-t-elle. « Il y a des mythes fondateurs convergents » entre les sunnites et les chiites, ajoute Laurence Louër, donnant l’exemple de la bataille de Jahran en 1920 quand tous les Koweïtiens se sont mobilisés pour construire un mur autour de leur cité afin de la défendre d’une attaque des Wahhabites. La participation des chiites était substantielle puisqu’ils étaient compétents dans les travaux du bâtiment. Ils ont par ailleurs activement ravitaillé les combattants sur le front, favorisant ainsi leur victoire sur les troupes ennemies. Certains historiens sunnites contestent toutefois ces mythes d’adhésion à l’État, affirmant que les chiites se sont lâchement retranchés lors des combats. Par ailleurs, certains chiites adhèrent au clivage bédouins/sédentaires, mettant en exergue les différences socio-économiques entre les deux communautés. D’autant plus que les chiites koweïtiens n’ont pas une classe religieuse autochtone et sont liés à l’Irak ou à l’Iran. Une situation qui a poussé les oligarques marchands, à majorité sunnite, à exclure les chiites lors de l’élection des membres d’une Assemblée en 1938 – une sorte de proto-Parlement – prétextant que les chiites ne sont pas arabes, mais iraniens.

Bahreïn : une relation entre conquérants et conquis

Ce thème revient régulièrement à Bahreïn. Historiquement, le chiisme est une réalité très ancienne dans cette petite monarchie dirigée par la famille al-Khalifa, une tribu sunnite qui a conquis l’île pour des raisons économiques. « Il y avait souvent ce genre de conquête pour fuir la faim et la sécheresse », souligne Laurence Louër, qui explique les rapports entre les deux communautés comme étant « une relation entre conquérants et conquis ». Les tribus venant d’Arabie sont considérées comme des étrangers pour les autochtones, alors que les chiites sont considérés comme iraniens par les sunnites. La différence est par ailleurs palpable à travers les dialectes usités par les sunnites et les chiites. En outre, chaque communauté a une dénomination distincte, les uns étant appelés « Bahreïnis », alors que les autres sont appelés « Baharna ».
« Le clivage religieux s’insère sur cette différence sociale et politique », affirme la chercheuse française qui explique que les querelles politiques sont d’abord d’ordre clanique. « Le conflit religieux apparaît la première fois à l’occasion d’une série de réformes politiques initiées par le pouvoir en place. Il s’agissait de la première mobilisation des chiites sur le plan politique. La réaction des sunnites fut d’attaquer des villages chiites et de jeter des pierres sur les convois lors de la Achoura. »

Néanmoins, sur le plan religieux, la communauté chiite pratique librement ses coutumes, contrairement à l’Arabie saoudite où il y a beaucoup d’entraves envers les chiites. Elle est aujourd’hui substantiellement représentée au Parlement, alors qu’elle fut pendant longtemps reléguée au rôle d’opposition à partir de la création du Parlement en 1973, sachant que les chiites sont démographiquement majoritaires dans ce pays.

Arabie saoudite : un rapport entre bédouins et sédentaires

En Arabie saoudite, où les chiites sont minoritaires, la situation est totalement différente. Les chiites sont minoritaires. Même dans les régions orientales où ils sont concentrés, ils ne représentent pas plus de 20 % de la population locale. Leurs revendications se limitent ainsi au niveau socio-économique, les chiites étant largement défavorisés sur le marché du travail, dans un pays qui connaît un niveau de chômage assez élevé. Malgré le fait qu’ils sont établis dans une région riche en pétrole, les chiites n’ont pas pu bénéficier des ressources et de l’essor économique qui en a été la conséquence. Le pouvoir étant entre les mains des sunnites, ce sont ces derniers qui ont bénéficié des réseaux susceptibles de leur procurer du travail. « Il est évident que l’État a joué un rôle discriminatoire » dans ce contexte, explique Laurence Louër.

Face à cette politique délibérée de l’État qui a marginalisé les populations chiites, on retrouve la même rhétorique que celle utilisée à Bahreïn, confondant clivage socio-économique et querelle religieuse. Ainsi, pour les chiites, les sunnites à la tête de l’État sont des bédouins (badou), alors qu’eux-mêmes sont des sédentaires (hadar). « Ce qui n’est pas tout à fait vrai, puisque les Saoud étaient un clan déjà sédentarisé quand ils ont pris le pouvoir », précise Laurence Louër.

Un élément parmi d’autres

Ainsi, « la différence religieuse joue un rôle dans le conflit entre sunnites et chiites dans les monarchies du Golfe, mais c’est un élément parmi d’autres », insiste-t-elle. Les querelles communautaires recouvrent d’autres conflits entre des conquérants et des conquis comme à Bahreïn, mais aussi une population bédouine et une population paysanne comme en Arabie saoudite. Ce à quoi s’ajoute une distinction entre autochtones et étrangers…

« Le conflit religieux est plus une manière d’exprimer les choses en ce moment, dans cette période historique précise marquée par les tendances à tout interpréter en termes religieux. Une tendance qui est le résultat de la présence de mouvements islamistes, sunnites comme chiites, explique Laurence Louër. Si c’était uniquement une question religieuse, on pourrait arriver à s’en accommoder beaucoup plus facilement. Mais il y a aussi toute cette mémoire historique et d’autres types de clivage. »

Pour elle, « le conflit entre sunnites et chiites est aujourd’hui à la mode aux niveaux journalistique et académique, et un sujet d’inquiétude à cause essentiellement de l’invasion américaine en Irak. La chute du régime de Saddam Hussein a permis l’arrivée au pouvoir des chiites, du fait qu’ils sont démographiquement majoritaires dans ce pays. De chiites particuliers, puisque que ce sont des islamistes pour qui l’identité religieuse est importante politiquement. Elle a en outre donné à l’Iran de nouvelles cartes pour devenir une puissance régionale incontournable ».

Une menace iranienne ?

Laurence Louër est par ailleurs formelle : l’Iran ne manipule pas les chiites. « Il est très clair que dans les pays du Golfe, le conflit entre les chiites et l’État n’a absolument rien à voir avec l’influence de l’Iran. Ce sont des causes locales qui provoquent ce conflit qui n’est certainement pas récent. À noter d’ailleurs qu’en Arabie saoudite par exemple, la situation des chiites est meilleure que par le passé », explique-t-elle.

« On remarque ainsi que les États, s’inquiétant des menées éventuelles de l’Iran à travers leur population chiite, leur donnent des garanties, essayant de satisfaire leurs revendications et de mieux les intégrer. C’est une stratégie totalement inverse de ce qui s’était passé dans les années 80, quand les régimes ont utilisé l’arme de la répression pour faire taire les revendications chiites, alors qu’actuellement, ils sont en train de leur donner ce qu’ils demandent, qui est d’ailleurs très basique, comme l’égalité socio-économique, la reconnaissance et la liberté religieuse. Dans ce domaine, des progrès significatifs ont été accomplis, bien qu’il reste beaucoup à faire. Concernant la participation au pouvoir, il ne faut pas oublier qu’il s’agit de régimes autoritaires, donc c’est une revendication qui concerne non seulement les chiites, mais également d’autres groupes. Il reste également la question de la discrimination à l’emploi qui est un problème loin d’être réglé. »

L’inquiétude de certains régimes du Golfe, alors que plane le spectre de l’Iran, les a par conséquent incités à améliorer la situation des communautés chiites. « La situation va donc, paradoxalement, dans le bon sens », conclut Laurence Louër.

Propos recueillis par Antoine AJOURY

Marseille,01 03 2008
Rédaction
L'Orient-Le Jour
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