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La “géostratégie économique” de la guerre en Irak - Par Kamal SEBTI*

Il est toujours très délicat de parler d'économie quand des milliers de vies humaines sont en jeu. La guerre ne s'est pas décidée selon l'administration US sur des arguments économiques, mais soi-disant sur des interrogations sécuritaires: comment stopper la production d'armes de destruction massive, comment combattre le terrorisme? Nous essayerons de démontrer, et ce en connaisseur de cette administration, qu'il s'agit bel et bien de la face cachée de l'iceberg que les idéologues-économistes de cette administration s'efforçent de saupoudrer.

I- La dimension pétrolière et le désordre du commerce international

La réduction de la dépendance pétrolière des USA vis-à-vis de l'Arabie saoudite constitue le premier enjeu de cette guerre. Avec ses réserves pétrolières (les deuxièmes du monde), l'Irak pourrait la concurrencer ou la remplacer dans son rôle de régulateur de l'offre mondiale et de leader de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole).

Après une possible flambée des prix durant le conflit, la fin de l'embargo pourrait entraîner une baisse du prix mondial du pétrole. En effet, cet embargo limite les exportations de l'Irak à 2 millions de barils par jour, alors que le pays pourrait en exporter 3 millions. Avec un Irak susceptible de déséquilibrer à terme l'OPEP, le prix du baril pourrait baisser à 20 dollars au lieu des 35 actuellement. Une guerre des prix entre les pays exportateurs pourrait même, selon l'expert saoudien Cheick Yamani, faire chuter le prix du baril à 10 dollars. Ce scénario limiterait toutefois fortement la capacité des pays pétroliers à payer leurs importations et risquerait donc, par ricochet, de provoquer une crise mondiale.

Le véritable enjeu n'est donc pas tant l'effondrement du prix du pétrole mais plutôt la capacité à réguler les cours, afin d'éviter le désordre dans le commerce mondial et les à-coups dans le rythme de prospection. L'instabilité des prix relatifs, aux différentes formes d'énergie, contraint de plus tout consommateur et tout producteur d'énergie alternative à des reconversions permanentes. En outre, les USA, qui sont à la fois producteurs et consommateurs, n'ont nullement intérêt à supprimer les rentes pétrolières. Leur politique constante est de chercher, à l'intérieur comme à l'extérieur de leurs frontières, des compromis entre leurs intérêts de producteurs et leurs intérêts de consommateurs. Les groupes pétroliers ont activement participé à l'élaboration des projets de guerre, à la mobilisation des médias, à la prise des décisions diplomatiques et même à la définition de la stratégie militaire. Le complexe militaro-sécuritaire est constamment actif, même si le progrès des armements est sa première préoccupation. Les entreprises pouvant participer à la reconstruction des installations civiles et militaires après le conflit inventorient déjà les besoins qu'ils ont pu définir après l'expérience du Koweït. Par ailleurs, elles comptent bien, en cas de victoire, sur l'ouverture du pays aux investisseurs privés étrangers qui élèveraient la production et réduiraient le pouvoir des Etats locaux et des coalitions entre Etats (dont l'OPEP). Cette privatisation ne bénéficierait qu'à un groupe restreint de compagnies anglo-américaines, la privatisation ne signifiant nullement l'ouverture d'un marché concurrentiel.

· II- Les effets pervers de la guerre

Dans la 1re guerre du Golfe, les buts à court terme étaient les mêmes que les buts à long terme : retirer à l'Irak le contrôle du pétrole koweïtien et réduire sa puissance pétrolière. La stratégie était simple: attaquer l'Irak, détruire éventuellement ses installations et s'appuyer pour ce faire sur les pays voisins dont l'Arabie saoudite.

Dans la nouvelle guerre “ préventive ” contre l'Irak, il s'agit d'attaquer le producteur dont on veut à terme accroître la production, tout en s'appuyant sur un pays dont on veut à terme réduire l'importance par crainte de certains liens de ses ressortissants avec le terrorisme international!!

Le conflit pourrait à la fin amener l'Irak à utiliser les armes que l'on voudrait lui interdire (si bien sûr elles existent), à détruire les puits irakiens, à susciter des réactions hostiles dans les pays alliés de la région et à accroître les liens que l'on voulait empêcher avec les mouvements terroristes, etc(1).

Le 1er risque de dérapage concerne le prix du pétrole: l'intervention provoquera une hausse de son prix dont la durée et l'ampleur restent incertaines. Si l'affaire tourne mal, certains évaluent le prix à 60,80 ou 100 dollars le baril. Pour les USA, alors qu'une victoire rapide pourrait leur faire économiser 30 milliards de dollars d'importations, une hausse longue et prolongée pourrait entraîner un surcoût de 500 milliards, soit plus de 3 fois l'estimation des dépenses de défense. L'Europe, encore plus dépendante de ses importations, en serait plus affectée.

Par ailleurs, comme l'incertitude induit une recherche de valeurs refuges (or, diamant, immobilier), des achats de précaution et des stockages de matières premières (dont le pétrole), une montée de l'épargne et un ralentissement des investissements.

On comprend donc alors pourquoi on a entendu, lors du Forum économique de Davos, plusieurs porte-parole du monde des affaires souhaiter le déclenchement rapide de la guerre.

· III- Référence keynésienne et crise économique aux USA

Peut-on penser que l'instrumentalisation des tensions internationales est une politique rationnelle de lutte contre les dépressions de la demande intérieure américaine et donc le sous-emploi?

A notre avis, il s'agit d'une erreur de jugement car la situation actuelle aux USA est marquée par une demande intérieure longtemps soutenue par la consommation. On peut, en revanche, s'interroger sur la capacité des dépenses de défense à lutter contre la crise née de l'explosion de la bulle financière, des chocs financiers mondiaux et des fraudes et faillites inaugurées par Enron et Andersen

Les dépenses liées à l'opération militaire en Irak ne sont pas en tout cas suffisantes pour créer actuellement une tension inflationniste par la demande. Celle-ci pourrait être alimentée à l'avenir par l'accroissement des dépenses militaires totales, à une hausse de l'inflation importée liée à la hausse des prix internationaux et à la dépréciation du dollar par rapport à l'euro. Cela peut conduire les USA à multiplier les subventions, les stockages, les interventions, les plans à long terme; c'est-à-dire à adopter des politiques dont les soubassements conceptuels et idéologiques sont aux antipodes de l'idéologie ultraconservatrice de l'administration actuelle!

Quant à l'Europe, même si la Grande-Bretagne est la seule à participer militairement, les effets macroéconomiques pourraient se propager rapidement du fait de l'étroite imbrication des marchés financiers et des appareils productifs des deux côtés de l'Atlantique. Par ailleurs, cette guerre pourrait servir de prétexte pour desserrer l'étau du pacte de stabilité qui limite les possibilités de déficit public des Etats.

· IV- Le partage du fardeau de la guerre

Lors de la 1re guerre du Golfe, les USA avaient pu faire partager le financement de la guerre par la participation d'autres pays aux opérations militaires, par des soutiens financiers directs et par le financement du déficit de la balance des paiements US par le reste du monde.

En 2003, seul le Royaume-Uni participe actuellement aux opérations. Les soutiens financiers ne mobilisent plus les fonds du Moyen-Orient, de l'Asie et même de l'Europe. Par ailleurs, les difficultés potentielles de financement du déficit américain sont une cause supplémentaire de vulnérabilité.
Mais la dépréciation du dollar constitue un fait nouveau majeur. Car elle peut être un moyen pour les USA de réduire leur déficit et de sortir de la crise, au détriment de la compétitivité et de la croissance des autres pays, ce qui impliquerait une propagation internationale de la crise. En fait, il s'agit d'une évolution attendue depuis longtemps qu'on ne peut attribuer uniquement aux effets de la crise!

Le coût direct de la guerre pour les Américains

- Les dépenses militaires de la guerre n'étaient pas inscrites au budget 2003 présenté en février par G.W. Bush;
- Leur évaluation comporte beaucoup d'inconnues: durée, extension régionale ou non, résistance militaire, combats urbains… les chiffres allaient de 50 à 100 milliards de dollars, selon l'économiste américain, William Nordhaus, ou de 100 à 200 milliards de dollars, selon l'ex-économiste de la Maison-Blanche, Larry Lindsay, soit un montant comparable à celui de la guerre du Golfe qui a représenté de 0,5 à 2% du PIB (80 milliards);
- Les dépenses militaires budgétées qui devraient passer de 300 milliards à 400 milliards de dollars en 2007 représentent 4% du PIB. Certes, cela reste inférieur au taux de la guerre froide (14% en 1953), mais supérieur au volume total des 10 autres pays les plus armés;
- Selon Nordhaus, les dépenses de reconstruction de l'Irak pendant 10 ans sont évaluées entre 75 et 500 milliards de dollars pour les dépenses d'occupation et de “maintien de la paix”; entre 25 et 100 milliards pour les dépenses de reconstruction et entre 1 et 10 milliards pour l'aide humanitaire. Le total pourrait donc être de 610 milliards de dollars, soit quatre fois les dépenses de guerre. Il ne s'agit pas donc uniquement des financements caritatifs et de réparations du vainqueur au vaincu, mais d'une prise en charge de tutelle du “nouvel allié”, dont on va définir la politique, l'économie, les institutions et le rôle dans la région et dans le monde;
- Il va de soi que d'autres coûts apparaîtront au niveau sectoriel (transport aérien, tourisme, assurances, dépenses publiques de sécurité,etc).
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* Consultant
(1) Ce texte a été écrit avant la prise de Bagdad par la coalition

Casablanca,05 06 2003
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L'Economiste
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