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Enlevez les rituels et vous obtiendrez la guerre ! Par Boris Cyrulnik

Boris Cyrulnik, psychanalyste et éthologue (analyse du comportement), conduit des recherches sur les conséquences des guerres sur les enfants. Il a notamment effectué un long voyage au Moyen-Orient et spécialement dans les territoires occupés de Palestine. Par ses travaux qui portent essentiellement sur les enfants malheureux, il a bouleversé l'approche française de la pédo-psychanalyse, tant dans son enseignement que dans sa pratique.

LA violence est une manière de résoudre les problèmes humains: si vous êtes plus riche que moi, je peux envoyer un corps expéditionnaire; si vous ne partagez pas mes croyances, je peux lancer contre vous mon armée; si vous ne vous soumettez pas à mes ordres, je peux employer ma force ou la déléguer à des représentants de l'ordre. Tout ceci est légal puisque c'est l'Etat qui décide.

Tout ceci est moral, puisque c'est au nom du Bien que la plupart des guerres sont déclenchées. Sans compter qu'il existe une autre manière de résoudre par la violence les problèmes humains quand on est en conflit avec soi-même: le suicide.

· La violence et les déficits

Grâce à la violence, je peux devenir riche, imposer mes croyances et faire régner l'ordre au nom de la morale. Quelle bonne affaire!

Pour évaluer le rapport bénéfice/coût de la violence, l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a demandé à des démographes et à des économistes de remettre leur copie(1): "Ainsi des études parrainées par la Banque interaméricaine du Développement sur les répercussions économiques de la violence dans les six pays d'Amérique latine ont montré que les dépenses qu'elle entraînait, représentaient rien que pour les services de santé 1,9% du produit intérieur brut au Brésil, 5% en Colombie, 4,3% à El Salvador. De plus, cette étude, réalisée de 1995 à 1997, est une donnée qui ne porte que sur une durée brève. Si l'on poursuit des études à long terme, on découvre sans peine que les victimes tout au long de leur vie, auront des problèmes de santé plus nombreux que la population générale et une production sociale de moindre efficacité.

Il faudrait ajouter à ce travail les coûts indirects des soins, les rattrapages scolaires, les aides sociales, les frais de justice, les placements en établissements de soins ou de protection, la moindre productivité sociale, l'absentéisme, les incapacités de longue durée, les difficultés relationnelles, les conflits dans la famille.
A ces déficits individuels et familiaux, il faudra ajouter les dégâts de bâtiments publics, la désorganisation des services de soins, de transport, de distribution alimentaire et désinvestissement touristique.

Au total, dit ce rapport, le prix très élevé à courte échéance est totalement exorbitant à longue échéance.
La bourse montre peu que les populations les plus pauvres sont les plus touchées, alors que ceux qui gouvernent à distance ont déjà investi dans la reconstruction de ce qu'ils ont détruit.

· Les 3/4 des morts par violence sont des pauvres

Cette évaluation ne tient compte que de la violence perceptible (morts, blessures, consommation médicale, dégâts causés aux biens et aux infrastructures publics). Il faut y ajouter la violence imperceptible, conséquence de la première forme, plus difficile à évaluer. La violence contre soi-même est souvent dérivée de cette destruction sociale. Sur les 1,6 million de personnes qui sont mortes dans la violence sur la planète, la moitié se sont suicidées, un tiers ont été assassinées, et un cinquième seulement ont été tuées du fait de la guerre. Les hommes représentent les trois quarts de ces morts violentes, les pauvres surtout.

· Qui tue ? Qui se suicide ?

La culture, bien sûr, joue un rôle majeur sur la forme que prend la violence: en Afrique et en Amérique du Sud, les assassinats sont trois fois plus fréquents que les suicides, mais en Asie du Sud-Est ou en Europe, on se suicide deux fois plus que l'on tue. A Singapour, dans les communautés chinoises et indiennes, on se suicide plus que dans la population d'ensemble, alors qu'aux Etats-Unis, les Afro-Américains tuent deux fois plus que les Latino-Américains.

Si vous souhaitez développer la violence dans votre pays, je vous donne une recette issue de ces travaux de l'OMS: Supprimez les rituels! Empêchez les gens de se rencontrer et surtout, faites en sorte qu'ils ne puissent pas se représenter le monde mental des autres. Grâce à vos efforts pour déritualiser votre culture, un groupe humain isolé, coupé des autres n'aura aucun scrupule à l'attaquer et le détruire. Les hommes qui se développeront dans ces groupes déritualisés, seront soumis à leurs pulsions et si par bonheur quelqu'un leur vend des armes, ils pourront facilement tuer leur voisin, s'emparer de ses biens, violer la voisine ou se suicider.

· Pour faire la guerre, ignorez l'autre

Je vous propose le même raisonnement à l'échelle de la nation. Quand un peuple se coupe des autres, se centre uniquement sur ses propres valeurs religieuses et économiques, quand l'argent lui donne une extraordinaire puissance technologique parce qu'il a pu acheter la matière grise du monde, cette communauté pourtant hétérogène, fabrique un gouvernement qui ne se préoccupe que de lui-même, ignorant les valeurs et les besoins des autres, supprimant ainsi tous les rituels qui auraient permis la rencontre et l'échange. La guerre devient alors facile. Il suffit d'ignorer la culture des autres, de ne pas se mettre à la place de ceux qu'on détruit et surtout de légitimer l'agression par la morale: c'est au nom du Bien dont je suis le représentant, qu'il faut détruire le Mal qu'incarnent les autres.

Les rituels constituent les organes de la coexistence: on convient d'un lieu de rencontre et d'une manière d'entrer en communication, créant ainsi une possibilité d'échanger nos mondes intimes, nos points de vue, nos souffrances et nos espoirs. Dès qu'on fait connaissance, la conscience du monde de l'autre gêne notre agressivité, on ne peut plus tout se permettre. Alors que l'ignorance de la culture de l'autre nous soumet à nos propres représentations, autorisant ainsi toutes les agressions, sans aucune culpabilité. Au contraire même, nous sommes fiers d'avoir tué le Diable.

· Sous les décombres, les pauvres

Toute culture close mène à ces raisonnements tragiques où chacun utilise ses armes: la technologie pour l'un, le sacrifice héroïque pour l'autre. Ces armes ne sont pas si inégales qu'elles le paraissent puisque l'on a pu voir que lors des combats des villes, une poignée de papys armés d'escopettes parviennent à tenir en échec un bataillon surarmé qui ne peut en venir à bout qu'en détruisant tout le quartier. Alors, sous les décombres, on trouve comme d'habitude les pauvres et les innocents.

Le coût humain de cette pathologie collective est exorbitant. Dans l'immédiat, la mort des hommes et la destruction des choses donnent la victoire apparente à un groupe. Les choses seront rapidement reconstruites pour le plus grand bénéfice de ceux qui financent à distance.

Mais plus tard, tout le monde payera ce genre de catastrophe. Les individus traumatisés, chez les vainqueurs et les vaincus, les familles endeuillées, encore plus pauvres qu'avant tutorisent mal le développement de leurs enfants. Les communautés désorganisées survivent comme elles peuvent, et les structures sociétales sont à repenser, entraînant à longue échéance un autre combat, intellectuel cette fois-ci, mais qui peut déboucher aussi bien sur la naissance d'une société nouvelle que sur le désir de vengeance de ceux qui sont prisonniers du passé.

Il semble bien que l'évolution des sociétés humaines se fasse ainsi par sauts, par mutations guerrières. Mais pourtant, entre deux guerres, il y a bien des hommes de bonne volonté qui savent se ritualiser, se rencontrer, afin de débattre et d'évoluer autrement que par la catastrophe.
Qui nous empêche de leur donner la parole?
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(1) Rapport mondial sur la violence et la santé, OMS – Genève 2002.

Casablanca,04 28 2003
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L'Economiste
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