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Maroc-Espagne, Euro-Méditerranée: Construire sur la logique de la paix (Deuxième et dernière partie)

Voici la deuxième partie du discours d'André Azoulay en tant que récipiendaire à l'Académie Royale des sciences économiques et financières de Barcelone. Dans la première partie, le nouveau membre correspondant de l'Académie s'est interrogé sur les "occasions manquées" entre l'Espagne et le Maroc". Dans cette deuxième partie, il propose un "exercice-fiction" qui élargit son propos à l'ensemble méditerranéen.

Aujourd'hui, peut-on dire que le défi de la main tendue et du grand projet euro-méditerranéen a été relevé et a reçu la réponse politique dont beaucoup d'entre nous sont les avocats et les militants irréductibles ?


- Non, même si des progrès substantiels ont été réalisés au regard, notamment de la masse critique d'accords économiques et commerciaux conclus entre l'Union européenne et la quasi-totalité des pays méditerranéens.
- Non, même si les moyens financiers dévolus aux pays de la rive sud ont considérablement augmenté au cours des cinq dernières années.
- Non, parce que le projet euro-méditerrranéen reste déterminé et dominé par une logique marchande et commerciale, alors que s'impose à l'évidence, et depuis longtemps, le saut institutionnel et politique qui définirait enfin les contours et les ambitions du partenariat stratégique avancé à la construction duquel le Maroc a toujours appelé.

Un partenariat qui permettrait d'adosser la zone de prospérité économique à laquelle nous travaillons à l'horizon 2010, à un espace politique commun de sécurité, de solidarité et de stabilité car on le sait maintenant, l'un ne peut plus aller sans l'autre.
Chaque jour le montre, chaque jour le démontre et je ne peux m'empêcher à cet égard de faire un exercice-fiction, en imaginant un instant qu'ait abouti, il y a presque dix ans, le grand projet esquissé à Casablanca en 1994, où se réunissait, pour la première fois, la Conférence économique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord.

Une conférence historique, d'une portée inégalée à ce jour pour notre région et qui nous a fait entrevoir les règles d'un autre jeu, celui qui nous aurait peut-être permis d'éviter ou de contourner les fractures d'aujourd'hui. Ce nouvel équilibre qui redonnait à chacun sa place, avec équité et responsabilité, aurait, j'en suis profondément convaincu, permis au monde d'éviter la tragédie du choc des civilisations, des religions et des peuples auquel nous sommes désormais confronté.

Imaginons aussi que l'on ait donné réalité, contenu et substance au préambule attaché à la Déclaration de Barcelone il y a sept ans et qui appelait à ce cercle vertueux d'un partenariat des deux côtés de la Méditerranée, allant de la sécurité aux droits de l'Homme en passant par un vaste et ambitieux volet culturel, social et humain.

La logique qui semblait alors l'emporter, celle d'un processus de paix redonnant souveraineté, dignité et sécurité aux Palestiniens, La logique d'une dynamique euro-méditerranéenne à part entière, équilibrant et confortant l'ouverture vers l'Europe centrale et l'Europe de l'Est, par une dynamique propre aux pays du Sud de la Méditerranée. Cette logique était-elle plus coûteuse, plus difficile, plus dangereuse que les affres auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés? Comment expliquer que les grandes puissances d'alors, exceptionnellement réunies et mobilisées autour du même objectif, n'aient pas voulu, n'aient pas su imposer leur consensus pour un Etat palestinien viable et fiable, apportant, par son existence restaurée, la vraie réponse aux Israéliens et aux autres pays de la région, s'agissant de sécurité et de stabilité. Comment expliquer, aussi, l'embarras, l'attentisme, la frilosité coupable qui ont caractérisé, jusqu'il y a peu, les choix institutionnels de l'Union européenne quand il s'est agi de franchir le Rubicon en s'engageant clairement et résolument sur la nature profonde de la relation politique, culturelle et sociale, à construire avec les pays arabo-musulmans du Sud de la Méditerranée.

Quelle erreur, quelle myopie politique que d'avoir tergiversé, négocié sans fin, ajourné et finalement cassé la dynamique laborieusement forgée jusqu'en 1996, faisant ainsi le lit des acteurs et des partisans de la fracture et de la confrontation.

Aujourd'hui, c'est sous la contrainte de l'urgence et parfois du drame que va peut-être enfin se dessiner la carte géopolitique de l'espace euro-méditerranéen. La voix du Maroc, pour ce partenariat stratégique rénové et avancé, n'est plus isolée et n'est plus solitaire. Mais cela ne suffira pas. Pour rattraper le temps perdu, il faut que ce défi ait enfin en Europe un champion déclaré et déterminé.

Souvenons-nous à cet égard que le recentrage et l'ouverture de l'Union européenne vers l'Est avaient été, dès le départ, portés par le leadership de l'Allemagne. A contrario, quel pays au sein de l'Union s'est-il jamais proclamé le champion engagé du grand projet euro-méditerranéen ?

Les présidences européennes se sont succédé au sud, au nord et au centre de l'Union, avec les mêmes discours et les mêmes incertitudes dilués dans le temps.
Chacun ici a gardé le souvenir des attentes et des frustrations nées des présidences récentes de l'Espagne, de la France, du Portugal pour ne citer que les pays supposés à vocation méditerranéenne.

· Les événements s'imposent et en imposent

Ce constat un peu amer appartient au passé et ce sont les événements que nous vivons plus que la raison, qui vont maintenant et nécessairement imposer un nouveau rythme et une autre gouvernance à ce dossier et bien évidemment, l'Espagne et le Maroc sont plus que jamais, en première ligne, dans cet agenda enfin remis à niveau.

Cela m'amène pour conclure à vous livrer quelques réflexions sur les lignes de crête à partir desquelles désormais, nos deux pays peuvent rebondir et construire le futur de leurs relations.

Je commencerai par le chapitre le plus délicat et le plus irrationnel, celui de l'immigration. Le plus délicat parce que je sais qu'au-delà de l'analyse démographique et économétrique du problème, ce sont les traumatismes nés de ces images tragiques de corps, sans cesse retrouvés sur vos plages au petit matin, qui auront marqué au fer rouge la perception que nous avons les uns des autres.

Et pourtant, sommes-nous à ce point amnésiques pour avoir oublié que pendant trois ou quatre millénaires, les migrations avaient fait l'Histoire, la richesse et l'unité de la Méditerranée.
Cette Méditerranée, qui n'a jamais cessé d'attirer des peuples venus, d'ailleurs, du désert, des steppes et de la forêt.

Cette Méditerranée qui grâce à la circulation des hommes et des valeurs, a constitué l'espace social, culturel et spirituel le plus fécond, le plus brillant et le plus moderne de tous les temps. Il en est d'ailleurs des hommes, comme du reste.

· Ce Grec au passeport australien…

Qui sait encore se souvenir que ces fruits d'or, oranges ou citrons, identifiés à nos régions, sont des étrangers extrême-orientaux arrivés en Méditerranée par les Arabes. L'eucalyptus, au nom bien grec, a pourtant un passeport australien et le cyprès est d'identité persane, comme la tomate est péruvienne et le piment guyanais. Pourtant, tout cela est devenu le paysage même de la Méditerranée. Peut-on imaginer l'Andalousie sans oranges ou la Toscane sans cyprès ?

Si donc l'on dressait le catalogue des hommes de la Méditerranée, ceux nés sur ses rives ou ceux qui ont navigué sur ses eaux, puis tous les nouveaux venus qui tour à tour l'ont envahie, n'aurait-on pas la même impression qu'en dressant la liste de ses plantes et de ses fruits.

Cette digression, légèrement géographique et un peu botanique, n'est pas complètement étrangère à mon propos initial sur la place qu'occupe aujourd'hui l'immigration dans nos imaginaires respectifs.

Pour dédramatiser, dépassionner ce débat, il nous faut revenir aux constantes de nos histoires respectives.

Des constantes qui montrent que dans la péninsule ibérique comme dans toute la Méditerranée, la règle a été pendant longtemps l'imbrication étroite des communautés ethniques et religieuses, tantôt juxtaposées, tantôt superposées par les flux et reflux de populations.

C'est dans l'ouverture et le métissage des hommes et des idées que la Méditerranée a su donner et apporter, au reste du monde, le meilleur de notre humanité, de notre humanisme. C'est quand elle s'est fermée et que la violence s'est mise au service de la politique, que la décadence politique et la régression économique et culturelle sont devenues la règle.

A deux reprises, avec les juifs, à la fin du XVe siècle, puis cent ans plus tard, avec les Morisques, l'Espagne a répété l'expérience de la fermeture en allant jusqu'à l'expulsion totale, sans se guérir pour autant de ses doutes sur sa "limpieza de sangre".

Pureté du sang bien illusoire et mirages morbides d'une Espagne mutilée, qui six siècles plus tard, n'a pas encore totalement cicatrisé ses plaies et exorcisé ses peurs.

L'Histoire est là aussi pour nous apporter une partie des réponses aux questions que nous nous posons. Des réponses sur ce qu'il est bon de faire et des réponses sur ce qu'il ne faut plus faire. Sachons en faire bon usage, sans magnifier le passé et sans diaboliser le présent. Interdisons-nous d'instrumentaliser le dossier de l'immigration pour le jeter en pâture à nos opinions publiques. On sait désormais ce qu'il peut en coûter et a contrario, chacun d'entre nous sait également ce que l'Espagne et le Maroc peuvent faire ensemble pour normaliser les flux migratoires et optimiser l'équation d'une société espagnole en déclin démographique, partenaire d'un Maroc responsable qui se refuse de faire de l'immigration l'exutoire de tous ses problèmes.

J'ai la conviction que c'est dans une approche globale, novatrice et volontariste de notre coopération, que ce défi trouvera sa meilleure réponse. Mais peut-on dire en ce printemps 2003 que le Maroc et l'Espagne sont au meilleur de leur forme, s'agissant de leur partenariat? Assurément non et cela n'est pas seulement dû à la crise conjoncturelle de ces derniers mois.

J'ai le sentiment en effet que nous avons été ensemble trop longtemps en panne de créativité et que le cadre institutionnel de notre coopération a depuis longtemps, besoin d'être profondément renouvelé pour accompagner tous ceux parmi nos opérateurs qui seraient enfin tentés par la grande aventure de l'entreprise maroco-espagnole.

Ensemble, nous aurions pu et nous aurions dû déjà être des leaders associés et partenaires sur les marchés mondiaux de la pêche, des fruits et légumes, du textile et pourquoi pas de l'électronique ou des composants de l'industrie automobile et de l'aéronautique.Dans tous ces domaines, nous sommes complémentaires, dans tous ces secteurs, le Maroc a fait ses preuves et pour tous ces produits, nous savons que nous partons gagnants si nous intégrons la matière première, la valorisation, la recherche et le développement et les effets réseaux des uns et des autres pour la promotion et la commercialisation.

Que dire du tourisme, axe dorsal et vital de l'économie espagnole, réussite mondiale et démonstration spectaculaire de la pertinence de vos stratégies et de la qualité de votre savoir-faire.

Mais qui pourra expliquer qu'à ce jour, pas un seul investisseur espagnol n'ait mis une peseta dans ce secteur au Maroc. L'Espagne préfère aller au-delà des mers, à Cuba, aux Etats-Unis, au Mexique ou en Argentine. Mais à quelques brassées de la Costa Del Sol, c'est déjà le Triangle des Bermudes pour ceux tellement nombreux en Espagne, qui maîtrisent ce secteur comme peu de groupes hôteliers ou touristiques savent le faire dans le monde. Et pourtant, de façon encore plus évidente que pour l'agroalimentaire ou l'électronique fine, le Maroc est le prolongement naturel de votre espace touristique. C'est bien le Legado Andalou qui a reconstitué le tracé des routes almohades et almoravides, en partant de Grenade pour arriver à Marrakech ou en quittant Fès pour aller à Cordoue. Là aussi, l'histoire a son mot à dire pour peu que l'on y prête attention. Dans un tout autre domaine, celui de l'ingénierie financière à partir de laquelle se structurent et s'organisent nos échanges et nos investissements, qu'avons-nous fait de plus et de mieux quand il s'est agi de gestion dynamique et substantielle de la dette, de la couverture et de l'appréciation du risque-pays, du capital-risque ou du financement des activités de pointe au développement dans lesquelles Marocains et Espagnols peuvent exceller ?

Rassurez-vous, mon intention n'est pas de faire l'inventaire exhaustif de ce qui a été fait ou de ce qui reste à faire entre le Maroc et l'Espagne. Je tiens simplement à mettre en exergue quelques idées simples et d'abord cette notion d'entreprise associée et solidaire maroco-espagnole à la conquête des marchés internationaux. Trop souvent, nous pensons et agissons comme au siècle dernier, chacun pour soi alors que la mondialisation est passée par là et que c'est ensemble que nous pouvons peut-être en tirer le meilleur parti. Je veux aussi allumer le clignotant de l'innovation et de l'impérieuse nécessité de remettre à niveau le cadre institutionnel de notre coopération en élargissant les moyens qui lui sont dévolus. J'ai résisté à la tentation de vous assener chiffres et statistiques. J'ai préféré prendre le risque de vous faire partager mes convictions, mes doutes et surtout l'immense ambition que je forme pour nos deux pays. Je n'y ai mis aucun fard. Ni sur les difficultés et les contradictions qui ont existé, ni sur les ambiguïtés qui demeurent. Comme l'a dit Jean-Jaurès, "il faut toujours partir du réel pour prétendre un jour arriver à l'idéal". C'est en tout cas la discipline réaliste et lucide que je me suis toujours imposée et que je me suis efforcé dans cette réflexion de mettre au service de deux très grandes nations, le Maroc et l'Espagne.

Par André Azoulay, conseiller de SM le Roi

Casablanca,04 28 2003
André Azoulay
L'Economiste
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