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Union méditerranéenne : Monsieur Sarkozy est un homme pressé, nous aussi !

Par Driss ALAOUI MDAGHRI(*)

Le soir de son élection en qualité de nouveau président de la République française, Nicolas Sarkozy affirma de manière forte son engagement en faveur de la construction d’une «Union méditerranéenne» et de l’Afrique. Deux directions de son action future appelées, à l’en croire, à devenir des axes importants de la politique étrangère qu’il compte mettre en œuvre pendant son quinquennat. C’est la première fois qu’un leader européen parle aussi explicitement de la création d’une telle union. Il faut en prendre acte et saluer l’artiste. Pour ce qui est de l’Afrique, l’engagement est plus général, mais il est tout aussi bienvenu s’il est suivi d’actes.

· Bonne foi

Monsieur Sarkozy est un homme pressé, il en a donné la preuve sur de nombreux dossiers depuis le début de son mandat. Cela tombe bien. Nous aussi de ce côté-ci de la Méditerranée, nous le sommes. Ces déclarations encourageantes méritent, cependant, clarification. Force est de dire que cinq ans, c’est vite passé...! et les promesses électorales ou les discours optimistes le soir d’une victoire ne font pas une politique concrète sur le terrain. Si on peut prêter au président Sarkozy de la bonne foi dont il n’y a aucune raison de douter et du volontarisme à revendre quand il entend mener des combats jusqu’au bout, il faut bien se rendre compte s’agissant d’une possible «Union méditerranéenne», des multiples difficultés qui existent et sur lesquelles les meilleures bonnes volontés peuvent buter.

Du côté européen, et tout spécialement de la France, il y a plusieurs difficultés qu’il faudra lever. De la capacité à convaincre les partenaires européens, de jouer la carte d’une Union méditerranéenne qui n’a rien d’évident pour certains de ces partenaires aux moyens à même d’être mobilisés pour financer le développement des régions les plus démunies et aux soutiens interne et externe dont peut vraiment disposer un tel projet alors que les priorités sont ailleurs sur les fronts de la réforme et du changement pour la croissance, la compétitivité et la création d’emploi, la tâche n’est pas mince.
Du côté de la rive sud, les obstacles ne sont pas moins nombreux: Comment résoudre les conflits latents ou déclarés qui opposent certains états entre eux? Quelles concessions sont prêts à consentir des Etats pas toujours très sûrs d’eux-mêmes en faveur d’une Union méditerranéenne alors que des Etats bien mieux préparés ont du mal à aller résolument dans cette direction en Europe? Comment la plupart des régimes du sud méditerranéen empêtrés dans des modes antédiluviens d’exercice du pouvoir feront-ils pour une mise à niveau politique nécessaire avec les démocraties européennes?

· Questions auxquelles les réponses sont loin d’être évidentes

Pourtant, l’idée est belle et il serait opportun que les pays du sud méditerranéen se saisissent des récentes déclarations du nouveau président de la France pour entamer l’aggiornamento nécessaire et provoquer -forcer- une nouvelle donne en Méditerranée. Dans son message de félicitations à Nicolas Sarkozy après son élection, SM Mohammed VI n’a pas manqué de saluer la conviction méditerranéenne du nouveau président. Il est clair qu’une construction pragmatique avec quelques Etats fortement motivés et des élargissements progressifs au fil du temps représenterait une démarche relativement plus réaliste qu’une construction méditerranéenne d’ensemble qui aurait toutes les difficultés à faire l’unanimité. De même, une construction basée sur quelques projets-phares serait infiniment plus appropriée que de grandes déclarations symboliques qui tardent à se traduire en réalisations concrètes, voire freinent de telles réalisations et finissent par devenir des clichés sans substance que l’on répète pour se donner bonne conscience.

Pour ce faire, des actions concertées doivent être initiées en mettant à profit le vent qui souffle. S’il revient au versant nord de la Méditerranée, et à la France puisque telle est la conviction affirmée de son président, de prendre les initiatives qu’il faut, c’est de toute évidence au sud méditerranéen de s’organiser en conséquence. Il va sans dire à cet égard que l’Union du Maghreb est une condition d’accompagnement à laquelle il faudra bien que les pays concernés se résolvent tôt ou tard, non certes pour quelque sentimental désir d’union ou lyrisme unioniste comme le Monde arabe en a connu de bien nombreux, mais parce que le temps du mariage de raison est arrivé, imposé autant par la géopolitique que par le marché.

Une politique d’intelligence territoriale bien conçue et appliquée au niveau national et régional, dans lequel chacun des pays du Maghreb devra s’engager en fonction de ses potentialités et de ses contraintes internes, est de nature à favoriser un tel projet. Le Sahara offre un terrain propice à l’exercice d’une telle intelligence, le Maroc ayant avec courage, à travers son initiative de plan d’autonomie des régions sahariennes comme base de discussion, ouvert la voie à un règlement pacifique du différend. Par ailleurs, le rôle de la communauté des affaires et de la société civile est de nature à exercer un effet d’entraînement non négligeable sur les autorités politiques pour donner plus de vigueur au mouvement d’ensemble.
Cet espace régional redynamisé sera alors à même de contribuer à la construction de l’espace encore plus significatif qui est l’espace méditerranéen. On sait que les centres d’influence n’ont cessé de glisser au fil des siècles d’Est en Ouest jusqu’à arriver au bord du Pacifique de nos jours, réduisant progressivement le rôle de la zone méditerranéenne dans les affaires mondiales. Seule une coopération accrue, renforcée, avec tout son cortège d’actions en profondeur, avec les investissements qu’il faut et la liberté de circulation des hommes et des biens nécessaire, peut encore ouvrir des perspectives nouvelles dans cet espace. D’autant que l’Europe latine n’a de chance de peser dans les affaires européennes et l’Europe elle-même dans les affaires mondiales qu’avec des apports démographiques, culturels, économiques, énergétiques… de l’ensemble du bassin de la Mare Nostrum.

Dans ce contexte, outre les préoccupations sécuritaires légitimes des uns et des autres, c’est à l’émergence et à l’approfondissement de la société du savoir à l’échelle méditerranéenne qu’il faut consacrer les efforts les plus conséquents.

En effet, c’est au niveau de l’accès rapide au savoir que l’effort le plus massif et le plus urgent est impératif. Il ne s’agit pas seulement de l’accès au savoir technologique, si essentiel aujourd’hui dans nos sociétés assoiffées d’innovation, mais aussi de partage, ce qui veut dire réciprocité de l’échange, des savoirs traditionnels, humains et culturels, accumulés au fil des siècles, de part et d’autre.

Encore faut-il réduire la fracture numérique qui existe. Là, on ne doit pas se payer de mots. C’est à un véritable effort d’investissement massif qu’il faut procéder pour mettre à niveau en la matière les pays du Sud. La mise en place d’une agence doublée d’un fond euroméditerranéen destinés à cette action d’envergure serait la bienvenue. Leur rôle consistera à identifier, susciter et accompagner financièrement et techniquement les politiques nationales dans ce domaine crucial sous la forme d’une stratégie originale de codéveloppement numérique à l’échelle méditerranéenne.

Mobiliser les ressources financières semble dès lors incontournable, sous réserve que cela s’accompagne de mécanismes d’octroi et d’utilisation des crédits pour des acteurs publics autant que pour des acteurs privés, complètement libérés des lourdeurs bureaucratiques qui rendent tant de mécanismes européens inopérants. Les enveloppes requises doivent être suffisantes pour exercer un effet d’entraînement réel et ne pas constituer, en plus des lourdeurs habituelles, un simple cautère sur une jambe de bois.

Il ne s’agit pas seulement de faire en sorte de généraliser la scolarisation ou de multiplier les écoles, mais d’assurer la libre circulation des hommes de part et d’autre de la Méditerranée, en commençant par les universitaires, enseignants et étudiants, qui est non seulement une nécessité concrète dans l’optique qui est la nôtre ici, mais également un impératif moral. Des exemples réussis de coopération sur le terrain entre des institutions européennes et maghrébines existent, qui peuvent constituer une source d’inspiration féconde. Pour ne citer que deux cas auxquels l’auteur de ces lignes a été associé, le partenariat bien avancé entre l’Université Al Akhawayn et l’Université du Salento (Lecce) au sud de l’Italie, enclenché à partir d’initiatives individuelles, a vu la formation de dizaines de jeunes lauréats des deux côtés dans le domaine du leadership de l’innovation, la création de laboratoires de recherche conjoints et l’initiation d’une école méditerranéenne à Casablanca en cours de mise en place. Un autre exemple est fourni par la coopération Essec (Paris) et Iscae (Casablanca) avec le Master de Management public, devenu Master de Management urbain, qui fonctionne depuis plus de cinq ans et dont une partie du financement est assurée par le groupe français Veolia. D’autres cas vertueux existent, sans nul doute, ici et là, qu’il faut développer et multiplier.

Outre les retombées économiques concrètes de telles actions, l’un des aspects les plus significatifs est qu’il s’agit de la voie royale pour sortir du guêpier de l’ignorance et de l’obscurantisme ou de l’indifférence aux conséquences ravageuses, qui guettent tant les sociétés des deux rives. L’accès au savoir ouvert, humaniste et pluriel, qui est la marque du vrai savoir, est à portée de main à travers un brassage constant et à large échelle des étudiants, des universitaires, des cadres et des chercheurs de part et d’autre de la Méditerranée, dont il faut faciliter progressivement la mobilité libre et complète. On sera ainsi dans le scénario souhaité d’une véritable société méditerranéenne du savoir qui donnerait sa pleine mesure au projet d’Union méditerranéenne que propose le président français. On peut espérer, ce faisant, obtenir l’annulation des effets pervers de l’endoctrinement extrémiste et l’intériorisation des valeurs civilisatrices du riche héritage méditerranéen dont nous sommes peu ou prou, les uns et les autres, les légataires universels.
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Ce texte a été écrit le 15 mai 2007

(*) Professeur de Management. Président de l’Association marocaine d’intelligence économique. Ancien secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères chargé de l’UMA, ancien ministre de l’Energie et des Mines, de la Jeunesse et des Sports, de la Communication et porte-parole du gouvernement de 1989 à 1998. Commandeur de la Légion d’honneur.

Marseille,10 31 2007
Rédaction
L'Économiste
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