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Maroc-Espagne, Euro-Méditerranée: Défi et enjeux d'un partenariat toujours en devenir

Par André Azoulay, conseiller de SM le Roi
André Azoulay, conseiller du Souverain, a été reçu le jeudi 10 avril 2003 en tant que "correspondant académique" par l'Académie Royale des Sciences économiques et financières de Barcelone.


La distinction est rare et Azoulay est le premier Marocain à être distingué.

Comme dans beaucoup de cercles académiques, la tradition de 60 ans dans le cas de l'Académie Royale de Barcelone (c'était un anniversaire ce jour–là) veut que le récipiendaire prononce un discours.

Ce discours doit retracer les travaux de celui-ci ou mettre en relief la particularité de ses recherches personnelles. Dans celui d'Azoulay, culturellement élégant et plein d'émotions, ce sont les difficultés des relations hispano-marocaines qui ont été détaillées. L'élégance du propos est mise au service, non pas de la langue de bois, mais au contraire de la vérité, vérité sans manquements et vérité des espoirs.
Le discours est publié par nos soins en deux parties: il aurait été dommage de priver nos lecteurs du plaisir d'y accéder in extenso, alors qu'il est trop long pour être publié d'un seul tenant.

Les idées et les mots se bousculent dans ma tête pour saisir ce qui est une opportunité et une responsabilité.
Une opportunité parce que cette réflexion va peut-être m'aider à réaliser un engagement dont je me sens porteur avec d'autres, depuis de longues et nombreuses années, mais dont je n'ai jamais réussi à m'acquitter complètement. A cet égard, je suis très reconnaissant à mon éminent collègue, M. Aldo Olcèse à qui je dois l'essentiel de cette soirée et qui est ce soir, mon ami et mon complice dans cet exercice toujours recommencé et jamais achevé, d'une pédagogie de la connaissance mieux partagée entre nos deux peuples et nos deux pays.
Rien en effet ne m'a paru et ne me paraît plus prioritaire que de contribuer à mieux vous faire connaître mon pays, le Maroc, dans la profondeur de son histoire, dans la singularité de ses choix, dans ses ambitions et ses performances comme dans ses échecs et ses fragilités.

· Les rendez-vous manqués

Rien voyez-vous, depuis que j'occupe le poste de conseiller de SM le Roi, hier auprès de Feu SM Hassan II, et aujourd'hui aux côtés de SM le Roi Mohammed VI, rien s'agissant du Maroc et de l'Espagne ne m'a semblé plus vital dans nos relations, que de mieux nous faire comprendre, pour mieux savoir gérer les contrastes et les richesses de nos complexités respectives.
Mieux nous comprendre pour apprendre à mieux nous respecter, pour apprendre aussi à vivre ensemble sereinement, quels que soient les aléas ou les contradictions de l'instant.

Cette ambition qui est à la fois celle de la raison et celle de la pédagogie la plus élémentaire, cette ambition est restée, je le confesse, en large partie inassouvie, au milieu d'un chantier toujours ouvert et jamais achevé. C'est pourquoi, m'éloignant un instant de l'épure d'une communication qui serait seulement celle de l'économiste ou du financier, je commencerai par parler de ces rendez-vous que nous avons en partie manqués:
- Ceux d'une connaissance réciproque faite de volontarisme, de rigueur intellectuelle, de lucidité et de maturité;
- Ceux qui auraient reflété un choix politique et culturel, donnant effectivement à nos sociétés civiles la capacité de résister aux tentations d'une approche réductrice et caricaturale. Une approche trop souvent encore nourrie de préjugés et de stéréotypes et alimentée par des crises que l'on sait inexorablement cycliques, quand on est le Maroc et l'Espagne.

Si elle s'était imposée, cette ambition aurait pu être relayée par les écoles, les lycées et les universités où elle aurait trouvé sa légitimité pour être mieux enracinée au coeur de nos sociétés respectives.
Chacun sait que nous sommes, de ce point de vue là, encore loin du compte, c'est pourquoi j'ai choisi ce thème pour former la trame de la première partie de mon exposé. Viendront ensuite quelques réflexions sur un chapitre qui m'est particulièrement cher et qui touche à la construction de l'espace euro-méditerranéen dont le Maroc et l'Espagne seront, finalement, un jour peut-être les champions et les bâtisseurs.

Enfin, je m'efforcerai de conclure sur nos relations bilatérales, notamment dans le domaine économique pour vous dire combien ce qui reste à faire est immense et exaltant.
Vous comprenez pourquoi ayant tellement de choses à partager avec vous tous, les mots et les idées se bousculaient dans ma tête.
Vous comprenez aussi que j'aurais quelques difficultés à m'abstraire complètement au détour de certains de ces chapitres, du goût amer laissé par les moments délicats que nous venons de vivre, des deux côtés du Détroit.
C'est pour cela que j'ai aussi parlé de responsabilité, n'ayant pas l'habitude de pratiquer l'art consommé de la litote ou du "wish-full thinking".

· L'exception maroco-espagnole

"Les hommes font l'Histoire, mais, souvent, ne savent pas l'Histoire qu'ils font", cette phrase de Shakespeare me semble assez bien adaptée à l'état psychologique et dialectique qui caractérise les relations entre nos deux pays. J'entends la relation entre individus, hommes et femmes de toutes conditions et je parle d'un problème très spécifique au Maroc et à l'Espagne, qui ne relève pas du choc des ignorances, qui s'applique plus généralement aux relations Nord-Sud. Par exemple, nous, Marocains, nous en savons beaucoup plus sur l'histoire de la France ou sur celle des Etats-Unis, que les Français ou les Américains n'en sauront jamais sur notre histoire et que je peux, à juste titre, parler à cet égard de permanence dans ce déséquilibre profond. Mais vous conviendrez avec moi que ce même déséquilibre, rapporté au Maroc et à l'Espagne, relève d'une autre logique, d'un autre échec.

Je ne ferais à personne l'injure d'inventorier tout ce que la mémoire commune a accumulé et charrié s'agissant de proximité, de solidarités partagées ou de sang mêlé pendant tellement de siècles:
- Des Ibères, premiers habitants connus de l'Espagne que les historiens ont identifiés aux Berbères, aux Marocains et aux Espagnols unifiés sous l'autorité de Rome;
- De l'Andalousie et du nord du Maroc formant une même province de l'empire Byzantin, à l'âge d'or de la Grande Andalousie, la démonstration n'est plus à faire.

Marocains et Espagnols ont forgé, au fil de temps immémoriaux, une réalité sociale, culturelle et historique qui a fait dire à l'écrivain sociologue Arturo Perez Reverte que "nous avons le même sang, fait d'histoire et de siècles fécondés en commun, nourri de guerres, de tueries, d'oliviers et épicé de sel méditerranéen que nous partageons". C'est autour de ce constat que commence et finit l'exception hispano-marocaine. Quand depuis Rabat ou Marrakech, nous regardons au Nord, c'est d'abord sur vos rivages, nourris par huit siècles de destinée commune, que nos regards se posent.
Nous, Marocains, nous le savons et nous sommes très nombreux à avoir intégré, sans état d'âme, cette dimension plurielle dans l'écriture et la lecture de notre histoire. Nous l'avons fait, pour certains, par romantisme; pour d'autres, par réalisme mais en aucun cas, nous n'avons été tentés par une identité fracturée, une identité amputée et sélective, qui se serait forgée, un peu lâchement, au gré des vicissitudes du moment.
Pendant très longtemps, nous avons pensé et puis nous avons espéré que la même vision, la même logique s'imposeraient de l'autre côté du Détroit.

Que le même réalisme l'emporterait en permettant à l'Espagne de résister à toute tentation castratrice de sa propre identité.
Une Espagne qui aurait pris en compte, pour le meilleur, la dimension berbère, arabe et judéo-musulmane qui a imprégné et enrichi à tout jamais l'être et la culture espagnols.

Convenons que la période de crise que nous venons de vivre a révélé au contraire, dans ses excès, le poids et la permanence d'un certain nombre de clichés qui montrent que sur cette longue route de la raison et de la sagesse, une bonne partie du chemin reste à faire. Et pourtant, nos deux pays ont rarement réuni autant d'atouts pour se retrouver à nouveau et mieux aller de l'avant. Il suffit pour cela de constater l'exceptionnelle convergence de la communauté de destin de l'Espagne contemporaine et du Maroc contemporain:
- L'Espagne contemporaine de la transition historique, de la transition exemplaire. L'Espagne de la démocratie et de la réussite économique a su imposer sa marque dans le concert des nations, au sein de l'Union européenne et dans la communauté internationale;
- Le Maroc contemporain, campé dans le poids et la richesse de son histoire et résolument ancré dans le camp de la modernité. Le Maroc a su apporter la réponse la plus cohérente, la plus avancée et la plus stable, aux défis politiques, économiques et spirituels auxquels est confronté ce grand arc de nations et de peuples qui, au Sud, vont du Détroit de Gibraltar aux confins du Golfe arabique.

La tâche n'a pas été facile de ce côté-ci de la Méditerranée, quand on connaît la modestie de nos ressources et la fierté farouche et exigeante de notre peuple. Elle n'était pas évidente non plus pour ce Maroc qui a su aller de l'avant malgré le scepticisme, voire l'hostilité qui a suscité chez certains, l'opiniâtreté du projet de société que nous avons développé.

Un projet pour plus de liberté, plus de pluralisme et pour que cette liberté et ce pluralisme soient d'abord mis au service d'un pays ouvert, un pays partenaire à l'écoute des autres et aux côtés des autres, alors que fleurissaient et que fleurissent, tout autour de nous, exclusion, frilosité et rejet de l'autre.

Je vais, si vous le permettez, m'attarder un instant sur ce Maroc en mouvement et qui malheureusement n'arrive toujours pas à s'imposer à votre regard. Ce Maroc en train de démontrer tranquillement mais avec une détermination que rien ne pourra ébranler, que l'on peut à l'orée du siècle qui commence:
• Etre une Monarchie et construire la démocratie;
• Etre un pays arabe et musulman, en Afrique du Nord et dans la mouvance du Moyen-Orient et faire de l'ouverture et du partenariat avec les autres un postulat qui façonne les attitudes et les réflexes de chacun d'entre nous.
•Etre enfin un pays conscient de la limite de ses ressources, mais ne rien céder pour autant de ses ambitions en tant qu'acteur responsable et à part entière, dans les enjeux de l'économie de marché régionale et internationale.

Je force un peu le trait, je le sais mais c'est pour faire partager ma conviction et expliquer mes frustrations.
J'y insiste aussi parce que personne ne le fera à notre place et que je sais qu'en Espagne comme dans de très nombreux autres pays en Europe et ailleurs qui sont aussi nos amis, rares sont ceux qui spontanément accepteront de définir le Maroc comme je viens de le faire, en l'identifiant à la démocratie, à la cohérence, au réalisme et à la modernité.
C'est ce fossé du parti pris et de l'ignorance qu'il nous faut plus que jamais combler, en donnant enfin le sort qu'elles méritent à ces vieilles peurs ressurgies d'un autre âge et qui continuent à embrumer ou à dévoyer les esprits les plus avisés.

Le Maroc et l'Espagne, chacun à sa façon, ont vécu une mutation pour l'un, une transition pour l'autre, qui font l'honneur et le privilège de l'espace géographique que nous partageons.
Le miroir de l'Histoire contemporaine nous renvoie l'image de deux nations, de deux peuples qui finalement ont fait le même choix de l'ancrage démocratique, de la consolidation de l'Etat de droit et d'une gouvernance qui privilégie les mécanismes de solidarité sociale, dans la logique d'une économie de marché, seule susceptible de donner ses meilleures chances à la croissance et à l'accession du plus grand nombre aux fruits de cette croissance.

· Dans le camp des optimistes

Pour l'essentiel des axes stratégiques qui déterminent et forgent le devenir de nos deux pays, nous sommes donc, et cela est évident, du même côté de la barrière et c'est pour cela que j'ai parlé des promesses et des perspectives de cet autre rendez-vous que nous donne l'Histoire.

Un rendez-vous dont la profondeur et l'évidence stratégique portent les conditions et les germes d'une dynamique positive; une dynamique qui peut absorber les contentieux qui demeurent, pour peu que l'on veuille bien les projeter dans la construction d'un partenariat à la hauteur des aspirations et des attentes des générations montantes. Des générations qui aspirent plus à la confiance qu'à la suspicion, à la rencontre plus qu'à l'exclusion et dont je suis prêt à parier qu'elles sauront mieux que nous ne l'avons fait, jusqu'à présent, concevoir un partenariat débarrassé de ses archaïsmes et qui peut apporter les réponses les plus appropriées aux aléas qui nous ont été légués par notre histoire commune.

Vous l'avez compris, c'est résolument et délibérément dans le camp des optimistes et des partisans engagés et déterminés d'un partenariat maroco-espagnol stratégique, rénové et offensif que je me range. Je le fais sans hésitation et sans état d'âme, en parcourant avec vous, le livre d'une histoire dont les plus belles pages restent peut-être à écrire, avec aussi en perspective ce que le Maroc et l'Espagne doivent ensemble apporter au grand projet euro-méditerranéen. Un projet porté sur les fronts baptismaux, d'abord par les Accords de Madrid en 1991 et ensuite par la Déclaration de Barcelone en 1996.

C'est Joaquin Costa, l'un des plus brillants esprits de la fin du XIXe siècle, qui écrivait, en 1884 avec un exceptionnel discernement, que "…pendant le Moyen-Age, le Maroc fut l'intermédiaire par lequel arriva, en Espagne, la civilisation orientale…" et il ajoutait que "…dans l'âge moderne, l'Espagne doit être l'intermédiaire par lequel le Maroc pénétrera en Europe". Regardez la carte, disait Joaquin Costa, il y a plus d'un siècle, "l'Espagne paraît être une main, non pas fermée qui empoigne le glaive et le fer, mais une main ouverte que l'Europe tend au-delà des mers, à la rencontre du Maroc, pour servir la science…".

Quelle perspicacité, quelle clairvoyance, quelle modernité et quel courage dans le propos quand on sait qu'il a été tenu à la fin du19e siècle, en plein débat colonial et en des temps qui n'ont pas été les plus faciles et les plus exaltants de notre long cheminement commun.

Aujourd'hui, de Joaquin Costa à la Déclaration de Barcelone, peut-on dire que ce défi de la main tendue et du grand projet euro-méditerranéen a été relevé et a reçu la réponse politique dont beaucoup d'entre nous sont les avocats et les militants irréductibles ?

La semaine prochaine, la deuxième partie du discours de réception du conseiller A. Azoulay: Construire sur la logique de la paix.

Casablanca,04 22 2003
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L'Economiste
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