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Saddam n'était pas l'héritage de la culture arabe

Par Guy Sorman
L'Irak est libéré. Que l'on fut hostile ou favorable à l'intervention militaire américaine, les faits sont incontestables: le renversement symbolique de la statue de Saddam Hussein, le 9 avril dernier à Bagdad, aura démontré que les Irakiens n'avaient plus peur de leur régime. Etre libre c'est avant tout ne plus avoir peur ,comme nous le répétaient, à l'envie, les Russes et les Polonais dans les années 90, après avoir détruit, eux aussi, les icônes de l'oppression communiste. Ne pas comprendre cette jubilation populaire serait tout ignorer de ce qu'est un régime totalitaire.

· L'ordre en soi n'est pas désirable

Mais est-ce la liberté que de subir l'anarchie, le pillage que nous montrent les télévisions postées à Bagdad ?

Cette sélection des images ne donne sans doute pas une vision exacte de l'ensemble de l'Irak libéré, mais même si c'était le cas, l'anarchie est à un stade supérieur à la dictature qui l'a précédée. Certes, l'ordre régnait à Bagdad du temps de la dictature comme il régnait à Varsovie, Moscou et tel qu'il règne encore à Pékin, à Damas et Téhéran. Mais l'ordre en soi n'est pas désirable. Il est peu probable que les Irakiens, sauf les clients et employés du régime déchu, souhaitent un retour en arrière. De même, entend-t-on encore qu'en Russie l'anarchie prévaut.

Les Russes s'en plaignent et aucun ne réclame le retour au goulag. Sans doute, les conditions de libération d'une nation suivent-elles toujours le même scénario: le passage de l'ordre ancien à l'ordre nouveau ne s'effectue pas sans peine. Cette transition est plus ardue encore dans les nations qui n'ont pas le souvenir de la liberté. En Europe centrale, elle fut relativement brève car la mémoire de la démocratie restait présente. Mais en Russie, qui n'avait à peu près jamais connu des moeurs libérales, la transition est loin d'être achevée. Où situera-t-on l'Irak dans ces schémas de transition? Et au-delà de la présente anarchie, que peut-on espérer de positif pour les Irakiens ?

Les partisans du pire, qui se recrutent avant tout chez ceux qui s'opposèrent à la guerre, objectent que ni l'Irak ni le monde arabe ne savent ce qu'est la démocratie, qu'ils ne le découvriront pas soudain. Ils découvrent que l'imposer par l'occupation américaine est le pire moyen pour s'en rapprocher, que ce pays, jadis uni par une main de fer, versera dans la guerre intestine dès que l'autorité centrale se relâchera.

Pour Cassandre, au mieux, une dictature autoritaire succédera à terme à la dictature totalitaire. Soit!
Mais en admettant ce scénario du pire, passer du fascisme à la dictature de type égyptien, par exemple, serait un progrès humanitaire.

Ce scénario du pire relatif n'est d'ailleurs pas certain. D'autres singularités de l'Irak laissent présager non une démocratie de type occidental, mais au moins les institutions de la liberté tels l'Etat de droit, une presse libre, une justice honnête, une police légale, le respect des minorités. La raison première de cette espérance modeste vient de ce que les Irakiens n'ont pas le choix: la nation n'étant composée que de minorités ethniques et religieuses, elle ne peut éviter la guerre civile ou le retour de la tyrannie que par un contrat social entre toutes ces minorités. Et comme le passé vaccine contre la violence, cette voie contractuelle peut fort bien paraître comme souhaitable au plus grand nombre.

Cet optimisme mesuré écarte tout racisme ou tout pseudo–relativisme culturel qui vouerait les Arabes à la dictature. Avant les coups d'Etat militaires des années 50, dans l'ensemble du Moyen-Orient à l'instigation de Nasser et du parti Baâth, les régimes arabes étaient des démocraties parlementaires, certes bourgeoises ou des monarchies constitutionnelles relativement libérales.

Les influences britanniques et françaises avaient conféré à cette région des pratiques parlementaires, une administration indépendante, une grande liberté d'expression. La dictature de Saddam n'était donc pas l'héritage d'une éternelle culture arabe ou babylonienne. Elle fut un avatar de la décolonisation et de l'influence soviétique au Proche–Orient. La preuve en est que la plupart des exilés irakiens, susceptibles de revenir, sont des universitaires, journalistes, avocats… Ceux-ci ont conservé la mémoire d'un temps où l'Irak n'était pas totalitaire.

Evacuons aussi l'argument spécieux de la prédestination religieuse: celle-ci condamnerait-elle les musulmans à subir ou souhaiter des régimes autoritaires? En vérité, seuls les islamistes incultes essaient de persuader leurs frères musulmans et des Occidentaux crédules, que l'islam exige le califat, une autorité de droit divin, mêlant le temporel et le spirituel. Mais le califat a disparu –de Bagdad- depuis sept siècles.

Depuis lors, les exégètes musulmans ont trouvé dans le Coran tous les éléments du pluralisme de l'interprétation du sacré comme de la pratique temporelle. Même les Ayatollahs chiites d'Iran estiment que le Coran justifie la République et les élections. Les clercs irakiens ne sauraient se montrer plus intégristes que ceux d'Iran, ils légitimeront la démocratie.

· Le bon usage du pétrole

Par-delà ces arguments culturels tous, plus ou moins réversibles, la chance de l'Irak est, bien entendu, de disposer des ressources considérables du pétrole. Il suffira d'en faire un meilleur usage que Saddam Hussein de manière à financer la paix civile et les institutions de la liberté.

C'est déjà ce qui se produit dans la région du nord contrôlée par les Kurdes. Bien que leurs divisions tribales les opposent entre eux au moins autant que les chiites s'opposent aux sunnites, l'affectation des ressources à la construction d'équipements publics a conduit à un régime de délibérations et à la paix civile. On ne voit pas pour quelle raison, cette réussite des Kurdes ne se généraliserait pas à l'ensemble du pays!

La démocratisation de l'Irak est possible, elle est même probable. Servira-t-elle de modèle pour le reste du monde arabe? Tout ce monde arabe aura assisté en direct au renversement de la statue de Saddam Hussein. Chacun aura constaté que nul dans la foule irakienne ne s'opposa à cette destruction symbolique. Sans doute possible, les peuples et leurs dirigeants auront transféré ces images sur leur propre situation.

Nous n'en conclurons pas que, demain, l'armée américaine va libérer d'autres peuples, ni que ceux-ci vont se soulever spontanément. Mais il est probable que ces peuples arabes vont se redresser face à leurs tyrans domestiques quand ceux-ci les enferment dans la misère économique et la terreur policière. Les plus éclairés de ces tyrans deviendront moins oppressifs.

Déjà la monarchie saoudienne envisage des élections et une libération des femmes. Il faut donc envisager que l'importation de la liberté dans les fourgons militaires américains et britanniques n'était pas un projet absurde. Il ne devrait pas être interdit de le reconnaître. Et plus encore, de l'espérer.

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(Guy Sorman vient de publier “Les enfants de Rifaa, musulmans et modernes”, Fayard)

Casablanca,04 22 2003
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L'Economiste
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