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Irak-USA: La troisième guerre mondiale sera comme au Moyen Age - Par Boris Cyrulnik

«Il se commet en ce temps beaucoup de crimes». Sans violence, pourrions-nous fabriquer une nation? «Notre excès de scrupules nous rendrait hésitants et l'adversaire, opposé à la construction de notre pays, en profiterait pour nous agresser. Toute tolérance nous mènerait à la défaite».

Ainsi parlait Grégoire de Tours au VIe siècle. Il convenait donc d'éduquer les jeunes garçons à l'agressivité. Les Francs avaient pu vaincre l'Empire romain parce qu'ils avaient cultivé la violence comme une vertu: la chasse, les sports de combat et l'agressivité sans frein. Les Romains, trop civilisés, avaient préféré parler avec ces jeunes barbares venus du Nord. Cette tendre générosité les a perdus.

· Sans liens familiaux

En même temps que chez les Francs, la violence devenait une vertu socialisante, la famille, elle, perdait de sa valeur. Un homme, seul avec son cheval et ses armes, est invulnérable. Un homme, attendri par les liens familiaux, se trouve dans la situation du Romain, riche, puissant, heureux et vulnérable. Il a trop à perdre en faisant la guerre, alors qu'un homme seul n'a que sa vie à perdre.
Au VIIIe siècle, lors d'une attaque musulmane sur Conques, un jeune aristocrate aquitain, Datus, a refusé de donner son cheval pour sauver sa mère, torturée et décapitée sous ses yeux. Sans monture et sans armes, Datus aurait été facile à dominer, mais sans liens familiaux, il devenait un rude résistant.
A l'époque où le Moyen-Orient donnait naissance à l'humanisation en inventant les techniques agricoles, la domestication des animaux et les rituels sociaux, le haut Moyen Age occidental en était encore au stade où il avait besoin de valoriser la violence afin de s'arracher aux «lois» de la Nature. La forêt désignait un monde sans homme, la nature encore sauvage qui résistait à l'emprise humaine.
Les animaux nous dévoraient chaque jour, le froid, la faim pendant des milliers d'années ont tué nos enfants, les hommes étaient presque tous éclopés par les accidents et les bagarres. Dans les sépultures médiévales, on a trouvé des squelettes d'hommes multifracturés et consolidés de travers, mais le plus grand nombre de squelettes sont ceux des enfants et des jeunes femmes.
La violence était quotidienne, et, dans un tel contexte écologique et technologique, une contre-violence humaine devenait un facteur de survie. Chaque hiver, les loups entraient dans les villes et les sangliers attaquaient les enfants. Souvent au printemps, un gel tardif abîmait les jeunes pousses, et l'été, une pluie inattendue pourrissait la récolte. Jusqu'au XIXe siècle, en Occident, les morts naturelles sont provoquées par la famine chez les enfants, l'hémorragie pour les femmes et l'infection des blessures des hommes.
Puisque la plupart des hommes mourraient dans les bagarres, c'est le statut des veuves qui préoccupait les législateurs. Elles étaient puissantes quand elles ne se remariaient pas et gardaient l'héritage du mari mort. Un barème de mutilation permettait de faire régner la loi: un nez coupé, l'ablation d'un doigt ou de plusieurs, ou même la décapitation punissait des crimes d'importance variable. La justice, en intervenant violemment, cherchait à diminuer le cycle des vengeances puisque l'on considérait qu'il était vertueux de tuer un membre de la famille dont un membre avait tué l'un des nôtres.
La beauté participait à cette violence: décoration des armes, construction de sépultures, squelettes «bijoutés» et talismans de prix donnaient à la mort un aspect esthétique.

· Le pouvoir au plus méchant

J'imagine que dans un tel contexte écologique et technologique la partition sociale devait s'organiser autour de ceux qui savaient nous donner un sentiment de protection ou de transcendance. Le prestige qui menait au pouvoir devait aller au plus habile, au plus fort, au plus méchant. La violence était une valeur de survie qui fournissait l'énergie de la construction sociale. Et puisque l'on vivait dans la mort de chaque jour, nous étions certainement reconnaissant à ceux qui nous apprenaient à transcender l'angoisse. Les chefs militaires, les prêtres et les artistes transformaient cette souffrance de chaque jour et rendaient supportable un quotidien terrifiant.
C'est toujours plus facile de comprendre ce qui se passe loin de nous, mais je me demande alors si l'on peut comprendre le présent à la lumière de ce passé. La violence entre le monde anglo-saxon et le Moyen-Orient correspond-elle au même besoin de fabriquer du social et de lutter contre le désespoir du quotidien?
Un individu éprouve du plaisir à se soumettre à une représentation collective si ce discours public possède une fonction et un sens. La fonction consiste à créer un sentiment d'appartenance. Et le sens, en nous mettant en tête un projet à réaliser, transforme la manière dont on éprouve le réel: «Nous sommes pauvres et désespérés aujourd'hui, mais quand celui qui nous veut du mal sera puni, la justice reviendra avec le bonheur de chaque jour». Bien sûr, chaque parti pense exactement la même chose puisqu'il a les mêmes besoins.

· Les antipodes des nations modernes

Simplement «l'axe du mal» ne désigne pas la même direction. Il me semble que la culture américaine souffre d'une nostalgie adamique. Il m'est arrivé d'entendre cette phrase: «Les Américains ont pour mission d'établir le royaume de Dieu sur la Terre». Chez les intégristes (musulmans ou chrétiens), les Droits de Dieu l'emportent sur ceux des Hommes qui acceptent de s'y sacrifier avec un grand bonheur. Quant au fait de fonder la nation d'Israël sur une appartenance religieuse, il est aux antipodes de l'idée moderne de nation.
Les langues sont différentes, mais elles disent la même chose: «J'appartiens au seul groupe vertueux sur la terre et je vais sauver le monde de la dégénérescence». Les Américains se retrouvent dans la situation de ces hommes d'arme du Moyen Age occidental: surarmés, hiérarchisés par la violence et l'absence de scrupule qui leur donne beaucoup de force. Le monde musulman, malgré sa grande diversité, se retrouve dans la situation des pauvres, désespérés, supportant les épreuves quotidiennes grâce à l'identification morbide à un héros qui répare leur humiliation. Quant aux Israéliens, ils pensent qu'ils peuvent tout se permettre puisque de toute façon, on les accusera de toutes les fautes, celles qu'ils ont commises et les autres. Si de tels raisonnements se passaient dans les familles, nous gronderions les enfants en leur faisant la morale. Mais puisqu'il s'agit de chefs d'Etat, nous sommes tous embarqués dans une direction où nous aimons ne pas aller: la guerre.
Au Moyen Age, la violence se fondait sur la perception d'un monde violent. Aujourd'hui, la violence se fonde sur la représentation d'un monde violent.
Est-ce un progrès?
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Boris Cyrulnik, psychanalyste et éthologue (analyse du comportement), conduit des recherches sur les conséquences des guerres sur les enfants. Il a notamment effectué un long voyage au Moyen-Orient et spécialement dans les territoires occupés de Palestine. Par ses travaux qui portent essentiellement sur les enfants malheureux, il a bouleversé l'approche française de la pédo-psychanalyse, tant dans son enseignement que dans sa pratique.

Casablanca,04 07 2003
Boris Cyrulnik
L'Economiste
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