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"Fast fashion… mais à des prix chinois!" - Entretien avec Karim Tazi, président de l’Amith

· Deux ans pour se mettre à niveau
· Deux cartes en or: la proximité et l’Euromed
· Principale bataille: la productivité


Le Maroc est «au milieu du gué». Le démantèlement de l’accord multifibre a certes provoqué de la casse mais pas autant qu’on le redoutait: 15.000 à 20.000 emplois. Karim Tazi, le président de l’Amith (Association marocaine des industries du textile et de l’habillement), nuance: certaines filières s’en sortent mieux que d’autres.

Le démantèlement a aussi servi le Maroc. Les donneurs d’ordre y reviennent: la «fast fashion» ne supporte pas de venir de trop loin, mais le Maroc est pressé d’appliquer des prix chinois!

Le Royaume a deux ans (accord d’autolimitation Chine-UE) pour se réajuster et gagner la principale bataille, celle de la productivité!

· L’Economiste: Quelles sont les conséquences du démantèlement de l’accord multifibre sur le Maroc?
- Karim Tazi: La fin des quotas a bouleversé le marché du textile et habillement mondial, surtout dans le pourtour Euromed.
Elle a rendu facile l’approvisionnement en provenance de pays à double force (exportateur et prix défiant toute concurrence des matières premières). Cela a ouvert la porte à l’hypercapitalisme, que ce soit par rapport aux prix de la main-d’œuvre ou de la matière première et en évaluant l’impact de la sous-évaluation du yuan, lequel dope les exportations chinoises. Maintenant, la Chine et l’Inde sont et resteront pendant longtemps les deux acteurs majeurs dans le textile, tous positionnements confondus.
Il y a une montée en puissance du concept du fast fashion qui fait entrer en scène les enseignes de distribution (Zara, etc.). Cela représente une chance inespérée pour les pays du pourtour méditerranéen et le Maroc est très bien positionné.

· Qu’est-ce que cela implique?
- Il y a donc une remise en cause du business-model des entreprises marocaines. La plupart des entreprises de confection ne sont pas prêtes de façon à opérer un remodelage assurant compétitivité et prix.
Aujourd’hui, le client veut être débarrassé du souci d’approvisionnement en matières et tissus. Il veut le produit et dans des délais très courts: quatre à cinq semaines maximum. Cela implique des acquisitions de compétences nouvelles: sourcing des matières premières, qualité nouvelle et hyperréactivité. C’est là tout l’objectif du plan Emergence.

· Le premier semestre 2005 a été celui de la casse, et le second?
- Les commandes sont revenues qui pourraient laisser croire à une sortie de la crise. Mais ce n’est qu’un répit de deux ans pendant lequel l’Amith et l’Etat doivent convaincre les industriels et les banques de jouer le jeu. Les marges ont baissé.
Les donneurs d’ordre sont revenus avec des prix chinois et certains industriels acceptent de jouer le jeu. Au premier semestre 2005, entre 15.000 et 20.000 emplois ont été perdus.Aujourd’hui, nous assistons au retour des Espagnols, avec une manifestation d’intérêt.

· Donc la façon ne mourra pas et l’avenir est à la cotraitance…
- Dans le segment naturel, qui est celui du Maroc, à savoir celui de la mode rapide, voire éphémère, les marques et les enseignes ne sous-traiteront jamais la création, qui est leur raison d’être.
Par contre, elles souhaitent être débarrassées des soucis logistiques et financiers de l’approvisionnement en matières. Cela sous-tend pour l’industriel de développer le savoir-faire pour chercher, acheminer et financer des matières premières dans le choix et la compréhension desquelles il doit passer maître. C’est là toute la difficulté du passage à la cotraitance.

· Ressent-on de la pression sur les prix depuis le démantèlement?
- L’industriel marocain se trouve pris dans l’étau d’une récente double augmentation du Smig, du coût de l’AMO et d’une pression à la baisse de ses prix de vente sous l’effet de la concurrence roumaine et asiatique. Beaucoup acceptent car ils n’ont pas le choix. Mais s’il n’y a pas une compensation par une hausse très substantielle de la productivité et une optimisation des coûts matière, l’entreprise se retrouvera dans une impasse financière inéluctable.
D’où l’urgence de cette mise à niveau. Mais elle signifie d’abord et avant tout renforcement de l’encadrement. Or, l’encadrement est une denrée qui au Maroc subit un prélèvement de 44%+25%. On voudrait décourager sa consommation, on ne trouverait pas mieux...


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Jeans, le point de vue du n° 1

· Settavex: 634 millions de DH d’investissements!

AU-DELA du premier semestre, qui avait pris de court le secteur dans son ensemble, 2005 a été l’année des jeaners, dit le président de l’Amith, Karim Tazi. Pour Badr Kanouni, DG de Settavex, filiale de l’hispano-brésilien Tavex, l’un des premiers producteurs de jeans denim dans le monde, 2005 a bien été l’année du jean.

«Malheureusement, dit-il, au niveau de la Douane marocaine ou encore de l’Office des changes, il n’y a pas de différenciation qui permette d’avoir un bon niveau de détail». En revanche, les statistiques européennes disent que les importations à partir du Maroc en jean ont augmenté de 2%. La tendance générale est à la hausse.
Settavex a réalisé, selon son DG, un chiffre d’affaires de 620 millions de DH avec une hausse sensible de 2% du CA local. «Le jean a résisté, mais la hausse n’a pas été homogène», précise Kanouni.

Les donneurs d’ordre reviennent avec des exigences importantes sur les prix. «Le 2e semestre a renoué avec la croissance, surtout que l’expérience chinoise dans le jean n’a pas toujours été concluante, alors que le marché européen est évolué et sophistiqué», explique le DG de Settavex. Mais évidemment cela ne durera pas: les Chinois apprennent vite.

De manière directe, l’entreprise a mis en place un programme d’investissement de 634 millions de DH, étalé jusqu’à 2007.

Il est destiné à porter la capacité de production annuelle de 12 à 24 millions de mètres linéaires. Par ailleurs, le fabricant espagnol de tissu jean, Tavex, a annoncé la fusion avec le groupe brésilien Santista, qui fait d’eux l’un des leaders mondiaux du tissu du jean (cf. L’Economiste du 16 mars 2006, www.leconomiste.com).

La filiale espagnole de Tavex mise sur le marché américain. Pour Karim Tazi, la mise en service de Tanger-Med qui reliera Casa à New York en cinq jours, aura des conséquences phénoménales. «Dans le domaine de la mode, 5 jours c’est du circuit court à prix maritime. Pour des filières, dejà leader comme le Jean, le potentiel qui va s’ouvrir est tout simplement phénoménal. Je ne dis pas ça pour faire dans la méthode Coué c’est ma conviction profonde», insite le président de l’Amith.

Casablanca,04 18 2006
Mouna Kadiri
L'Economiste
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