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"Il ne faut pas confondre argent des migrants et aides au développement»

Entretien avec Philippe de Fontaine Vive, président du FEMIP

La Facilité euromed d’investissement et de partenariat (Femip) a rendu publique le 13 mars à Bruxelles la première analyse détaillée des flux financiers des migrants méditerranéens en Europe vers leurs pays d’origine. Quelque 7,1 milliards d’euros sont transférés «officiellement» tous les ans d’Europe vers 8 pays méditerranéens.
Ce montant atteindrait 12 à 14 milliards d’euros, si l’on tient compte des transferts «informels».

Par l’éventail des questions abordées et des recommandations formulées, l’ambition de ce document est d’entreprendre un processus d’information et de concertation sur les mesures susceptibles d’être prises pour améliorer les conditions de transfert offertes aux travailleurs migrants, à savoir baisser les coûts de transfert et surtout développer la «bancarisation» de ces transferts pour accroître leur efficacité. Dans un entretien exclusif à L’Economiste, Philippe de Fontaine Vive, le président de la Femip, commente les résultats et les recommandations de cette étude. Il s’insurge contre l’idée selon laquelle l’argent des migrants doit d’abord servir à financer les aides au développement de leurs pays d’origine.

- L’Economiste: Les agences privées de transfert d’argent ont su s’adapter aux habitudes et aux besoins des travailleurs migrants. Votre «croisade» contre leur quasi-monopole ira-t-elle jusqu’à répondre aux besoins financiers et non-financiers des immigrés?
- Philippe de Fontaine Vive: Je pense qu’il faut regarder cette question avec passion parce que je pense que l’on peut essayer d’améliorer la vie des travailleurs migrants en Europe. Le rôle d’un banquier public comme nous, c’est d’essayer de faciliter leurs conditions de vie ici pour qu’ils aient plus de liberté et de leur permettre d’envoyer le maximum de ce qu’ils souhaitent transférer dans le pays d’origine et d’investir le maximum de ce qu’ils enverront dans des usages durables, soit pour des logements, soit pour des créations d’entreprises, soit encore pour soutenir des proches.
Donc, il n’y a pas d’idée de prendre position pour tel ou tel intermédiaire, tous les intermédiaires doivent être en concurrence, c’est-à-dire incités à rendre les meilleurs services aux travailleurs migrants. C’est très bon qu’il y ait différents circuits possibles d’acheminement des fonds pour faire en sorte que les travailleurs migrants n’aient pas à prendre le risque d’avoir de l’argent liquide sur eux, qu’ils n’aient pas à devoir payer des commissions trop importantes ou qu’ils n’aient pas à attendre trop longtemps pour que leur argent soit transféré. C’est ça l’objectif. Et je crois beaucoup que la concurrence entre les acteurs, sur ce marché très significatif, est quelque chose qui peut intéresser les migrants. Ce que nous faisons nous, dans l’Euromed, c’est dans le même esprit que ce que fait la Commission européenne quand elle veut faciliter les transferts de fonds entre pays européens.

- Comment allez-vous vous y prendre pour sensibiliser les travailleurs migrants à cette «bancarisation» que vous appelez de vos voeux?
- Je crois beaucoup au fait que les gens se connaissent, qu’ils se parlent et se font confiance d’abord les uns les autres. Ils vont donc écouter les expériences de tiers et s’ils s’aperçoivent qu’autour d’eux des banques qu’ils connaissent mettent au point des produits qui répondent effectivement à leurs attentes, certains tenteront alors l’expérience. Si elle est réussie, d’autres tenteront encore l’expérience. C’est un processus qui va être lent mais réel car l’information circule à une vitesse formidable! Je préfère d’abord les écouter pour recueillir leurs souhaits et cela va aider plusieurs banquiers à mettre au point les produits qui correspondront à leurs attentes et ce sera du bouche à oreille et je pense que ce sera beaucoup plus efficace.
- Votre étude dit que la concurrence commerciale entre les banques et les sociétés de transfert d’argent peut ramener les frais de transfert à un niveau acceptable pour les travailleurs migrants. A combien estimez-vous un tel niveau de frais, quand on sait qu’il peut aller aujourd’hui jusqu’à 16%?
- Je crois aux vertus du marché. A mon avis, si on améliore la connaissance des gens concernés, et si l’on travaille dans de bonnes conditions de transparence, on pourrait réduire d’une manière significative ces niveaux de frais de transfert jusqu’à l’équilibre économique que l’on va créer. Je ne peux pas avancer de chiffre précis, mais je pense qu’on pourrait baisser ces coûts de transfert d’une bonne moitié peut-être.

- Une grande partie des transferts des travailleurs migrants va dans des secteurs dits «improductifs» tels que la consommation des ménages ou l’immobilier. Comment faire, d’après vous, pour inciter ces gens à réorienter ces fonds vers des secteurs dits «productifs»?
- La première mesure à laquelle je pense, c’est déjà que les frais de transfert soient moins importants, car s’il y a moins de frais, il y aura un peu plus d’argent libre à envoyer. Deuxièmement, il peut y avoir de petites initiatives pour créer des petites entreprises, car on peut avoir dans sa famille quelqu’un qui a un projet de se mettre à son compte et qui demande un petit capital ou bien l’immigré lui-même qui a envie de retourner dans son pays d’origine pour créer son propre emploi. C’est une expérience qu’on a très bien connue nous ici en Europe, avec les travailleurs espagnols ou portugais qui sont venus y travailler quand leurs pays n’étaient pas encore membres de l’UE, et qui ont créé leurs propres entreprises en retournant dans leurs pays grâce à l’épargne qu’ils ont pu accumuler dans les pays où ils travaillaient. Regardez autour de vous le développement des succursales des banques portugaises et on peut tout à fait penser à la même chose pour les pays méditerranéens.

- Les transferts d’argent des travailleurs migrants dépassent de loin l’aide publique au développement et les investissements directs étrangers. Certains disent qu’en bancarisant le plus largement possible ces transferts, il y aurait une idée de faire financer le développement par l’argent des immigrés. Qu’en pensez-vous?
- Cela serait une grave erreur que de penser cela. Je sais que certains ont lancé cette idée quand l’aide publique au développement s’est avérée en deçà des objectifs du Millénaire, mais moi je me suis toujours inscrit en faux contre cette idée-là. Parce que, pour moi, l’aide publique au développement est un devoir de solidarité, c’est un devoir d’efficacité quelles que soient les décisions sur les transferts de fonds des travailleurs migrants; et quelles que soient les décisions des investisseurs directs étrangers, il y a besoin d’aide publique au développement. Car ce n’est pas avec l’envoi des fonds des travailleurs migrants que l’on construira des écoles, que l’on mettra des hôpitaux de bonne qualité à disposition du public, qu’on améliorera la compétence des administrations ou développera le système réglementaire des pays méditerranéens. Il ne faut absolument pas confondre les envois de fonds des migrants avec l’aide publique au développement. Il y a besoin d’accroître l’aide publique au développement et je n’ai aucun doute que dans les prochaines années cela se fera.

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De Fontaine impressionné par la BMCE

- Une grande partie des travailleurs migrants ne font pas beaucoup confiance au système bancaire de leurs pays d’origine (manque de compétence, voire risque de corruption parfois). Comment pensez-vous regagner leur confiance?
- Moi ce que je regarde, c’est l’expérience que nous avons partout dans le monde y compris en Europe. Quand le niveau de vie dans un pays ou dans une région connaît une croissance, le taux de bancarisation s’accroît aussi. Le secteur bancaire des pays méditerranéens doit se professionnaliser et nous travaillons dans ce sens avec les banquiers du Sud, et du coup, la confiance qu’ils inspirent au public dans leur pays va s’accroître.
Il y a des banques du Sud qui sont tout à fait modernes. Je prends le dernier exemple que j’ai à l’esprit, j’étais au Maroc il y a quelques jours et j’ai pu me rendre à la BMCE. Si vous allez dans les bureaux ou dans la salle des marchés, vous êtes dans une banque aux normes occidentales, c’est-à-dire les meilleures normes en vigueur.
Et c’est pourquoi moi en tant que Banque européenne d’investissement, j’ai prêté directement à la BMCE sans demander la garantie de l’Etat marocain. Et cela je ne suis pas sûr qu’il soit connu de tous. Et je pense donc que le degré de confiance des Méditerranéens dans leurs banques va s’accroître.
Ces Méditerranéens qui viendront pour partie travailler en Europe ou qui ont des amis qui y travaillent vont leur transmettre ce message de confiance et vont voir qu’il y a vraiment un avantage majeur à ne pas avoir de liquide sur soi, à ne pas perdre de temps pour transférer son argent, de ne pas devoir passer par des circuits dont on pourrait, à un moment donné, être victime. Je pense que c’est une évolution qu’ont connue tous les pays y compris les pays européens.

Casablanca,03 27 2006
Rédaction
L'Economiste
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