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Forum des investissements - «Les cerveaux en fuite veulent davantage qu’un bon salaire pour revenir»

Bouna Sémou Diouf, DG du Ticad/Pnud pour la région d’Afrique

Transfert des connaissances par le biais des expatriés d’Afrique et politique pour le renforcement des capacités en matière des TIC dans le continent africain. Ce sont entre autres les objectifs du programme Ticad(1)/Pnud Afrique qui bénéficie de l’appui du gouvernement japonais, plusieurs organisations internationales et banques de développement.

Son directeur général, Bouna Sémou Diouf a participé au symposium de l’investissement des TIC à Marrakech. Il explique les grands enjeux de ce programme.

- L’Economiste: En 2005, le G8 a promis 50 milliards de dollars par an pour les pays africains et 530 millions de dollars seront consacrés par le Japon. 2006 sera-t-elle l’année de concrétisation de tous ces programmes de la Ticad?
- Bouna Sémou Diouf: Je l’espère bien. Le Ticad est une initiative qui émane des objectifs du millénaire. Elle regroupe le Japon avec d’autres pays asiatiques et bénéficie de l’appui de la coalition mondiale pour l’Afrique, le bureau spécial de l’ONU pour l’Afrique, le Pnud et la Banque mondiale.
C’est-à-dire un réseau dense avec des institutions internationales et un objectif principal. Celui de mobiliser le soutien pour les initiatives de développement conçues par les Africains eux-mêmes. Depuis 1993, date de l’adoption de la déclaration de Tokyo sur le développement de l’Afrique, nous travaillons pour une coopération dynamique dans l’intégration et le rapprochement avec l’Asie avec un objectif principal. Celui de faire bénéficier les pays africains de l’expérience asiatique.
Les ressources humaines sont le plus grand atout en Asie alors que l’Afrique subit de plein fouet le fléau de la fuite des cerveaux.
Il n’y a pas uniquement ce phénomène mais il y a aussi la fuite des muscles dans le football (rires). Plus sérieusement, l’Afrique a beaucoup à apprendre du Japon ou de la Suisse par exemple. Pays qui ne disposent d’aucune ressource, mais qui ont pu développer leur économie grâce aux RH. L’Afrique regorge de compétences, et c’est grâce à une remise à niveau institutionnelle qu’elle pourra les garder et ramener celles qui ont choisi de s’installer ailleurs. Ces cerveaux sont prêts à revenir, car la fibre patriotique, voire panafricaine existe toujours. Et ce ne sont pas uniquement les conditions salariales qui les en empêchent, mais une visibilité et un engagement institutionnel.

- Quelle est alors votre contribution à ce symposium sur les investissements en TIC à Marrakech?
- Nous avons mis en place une initiative visant à soutenir l’élaboration de politique de renforcement des capacités en matière des TIC. Nous présentons à Marrakech des expériences qui ont rencontré de grands succès et qui ont été menées au Cameroun, au Nigéria, en Tanzanie et en Zambie en coopération avec Cisco Networking Academy. Nous travaillons étroitement avec le gouvernement japonais pour élargir ce type de programmes à d’autres pays en Afrique.
Le Ticad, pour rappel, est une initiative multilatérale qui travaille sur plusieurs fronts en même temps. Il s’agit de la bonne gouvernance, de la réduction de l’écart de pauvreté conformément aux objectifs du millénaire, du développement économique durable... Les technologies de l’information renforceront certainement le commerce entre l’Afrique et d’autres pays, notamment ceux de l’Asie.

- Malgré tout, l’Afrique reste toujours à la traîne et la fracture numérique ne cesse de grandir…
- L’Afrique traîne souvent cette image de conflit pas forcément politique, mais celle de pays de guerre, de maladie, ou encore de conflits à venir. Mais plus que cela, l’image qui lui nuit est celle liée à l’absence de transparence institutionnelle. Et seule une mise à niveau et une adaptation aux normes internationales et l’amélioration de cette image nous permettra d’appuyer, soutenir et surtout encourager les investissements sur le continent africain. J’ai eu des expériences en tant que représentant régional du Pnud au Maroc notamment et j’ai vu des stratégies bien réussies. Mais il faut encore davantage pour attirer les investissements.

- En attendant, la coopération Sud/Sud peut-elle réussir?
- Oui. Encore faut-il que l’on arrive à convaincre les investisseurs du sud que le business existe également dans les services et dans la société du savoir, et pas uniquement dans l’immobilier. Des investissements de ce genre peuvent avoir des retombées politiques et sociales. Pour ne citer que celle concernant la fuite des cerveaux, des pays asiatiques comme l’Inde ont réagi il y a plusieurs années à ce phénomène. L’Inde a pu s’inspirer de la ville californienne Silicon Valley, en créant une ville dédiée aux TIC, Bangalore qui se fonde aujourd’hui sur l’innovation et le foisonnement des start-up et des technologies. Une grande partie de ses expatriés sont revenus y participer.

Propos recueillis par
Badra BERRISSOULE
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(1) Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique.

Casablanca,03 13 2006
Badra Berrissoule
L'Economiste
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