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Enquête sur la téléphonie au Liban

« Le cellulaire est au Liban ce que le pétrole est aux pays du Golfe », s’amuse à dire Saad Nassir, directeur commercial de l’opérateur MTC Touch. L’homme est d’origine irakienne, il travaille pour une société koweitienne : il sait de quoi il parle.

Avec environ 800 millions de dollars de recette annuelle, l’industrie chouchoute de l’Etat libanais est aussi très souvent qualifiée de « poule aux œufs d’or ».

Ce qui n’aura rien d’étonnant pour le consommateur libanais, qui constate lui-même tous les mois les sommes exorbitantes qu’il doit consacrer à cette partie de son budget. « Le Liban a les prix les plus élevés du monde arabe, et le moins bon service aux consommateurs », affirme Riad Bahsoun, représentant du Liban - à titre public et privé - à l’Union Internationale des Télécommunications. L’affirmation est exacte, à quelques nuances près : le Liban a les tarifs les plus élevés pour les cartes prépayées (qui représentent 75% des utilisateurs), mais pour les abonnements, sur les 22 pays arabe, il se classe juste avant l’Egypte, en bon avant dernier.

Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. En 1994, lorsque le cellulaire débarque au Liban, le réseau de téléphone fixe est en très mauvais état, et le portable fait une percée extraordinaire dans la société libanaise. A l’époque, les prix sont les moins élevés de la région, le pays a pris de l’avance, il taxe la minute de communication cinq cents seulement. Deux ans plus tard, le Liban est le premier pays en terme de nombre d’abonnés - et ce en valeur absolue, alors que sa population est l’une des moins élevées de la région. En un an seulement, les deux opérateurs, Liban Cell et Cellis, ont rentabilisé le coût du réseau et tous leurs investissements. A l’époque, elles sont les grandes gagnantes.

Car en 1994, l’Etat n’a pas encore flairé le filon. Se jugeant incapable d’investir pour mettre en place un réseau de téléphonie mobile, il en a confié la responsabilité à deux compagnies étrangères, France Télécom (Cellis) et Finland Télécom (Liban Cell). Selon le contrat qui les lie à l’Etat, les deux opérateurs ont dix ans pour construire le réseau, le gérer, puis transférer l’affaire aux pouvoirs publics, qui en sont propriétaires. On parle alors d’un contrat BOT, « Built, operate, transfer ». L’Etat y gagne à terme un réseau opérationnel, et chaque année, une part des bénéfices des opérateurs - très faible au départ, mais qui va en augmentant avec le temps. L’accord convient d’autant mieux aux deux parties que les opérateurs, eux, s’appuient à l’époque sur le portefeuille des libanais pour construire leur réseau : certes, la minute de communication ne coûte alors que cinq cents, mais la mise en service d’une ligne est facturée 500 dollars – ceux qui ont payé ne l’ont pas oublié, ceux qui en ont bénéficié non plus : « en très peu de temps, ils ont fait un fric fou », se souvient Pierre, un ancien de Cellis.

Quand l’Etat taxe les communications

Voilà de quoi titiller l’Etat, et lui faire regretter de ne pas profiter un peu plus de cette source de profit. « Quand le portable a été lancé, on s’est rendu compte que l’abonné libanais parlait 4 à 5 fois plus que l’abonné égyptien, par exemple. C’est aussi ce qui explique que le téléphone a rapporté autant », poursuit Pierre. Le calcul est donc rapide pour le ministère des télécommunications : avec l’accord du Conseil des ministres (dont deux avaient des parts dans les sociétés Cellis et Liban Cell), il impose une première taxe de 2 cents sur la minute de communication en 1997, une autre de 20% sur les appels de fixe à cellulaire, et enfin, une dernière, plus conséquente, en 1999 : l’augmentation est alors de 6 cents. En cinq ans, le prix de la minute a donc plus que doublé, passant de cinq à treize cents, son prix actuel pour les abonnés qui ont des cartes post payées.

En parallèle, le nombre d’abonnés ne cesse d’augmenter : en 2000, les deux opérateurs comptent 660 000 clients. Selon les termes du contrat initial, Cellis et Liban Cell ne doivent pas dépasser les 500 000 abonnés à elles deux. L’Etat ne met pas en cause le contrat initial, qui n’avait pas anticipé le succès du téléphone portable. Il y voit au contraire une nouvelle occasion de générer des profits : il réclame aux deux entreprises une compensation de 600 millions de dollars. Ce conflit sera le premier d’une longue liste de litiges qui alimenteront les colonnes des journaux pendant plusieurs années. L’ère du compromis où tout le monde trouve son compte est terminée.

Car ce que veut le gouvernement, c’est rompre le contrat BOT qui le lie aux deux opérateurs, afin d’empocher seul les bénéfices de l’industrie des télécoms, et renflouer ainsi la dette légendaire du Liban. Le contrat est donc résilié courant 2002. Cellis et Liban Cell ont pourtant demandé à racheter la licence pour plus d’un milliard de dollars chacune, mais le gouvernement l’entend autrement. Il leur demandera seulement de continuer à gérer le réseau, par des contrats de six mois, avec une rémunération mensuelle fixe de 7,5 millions de dollars chacune. L’intérim durera environ un an et demi. Le consommateur, lui, pendant ce temps, paye toujours aussi cher pour ses communications, malgré les promesses qui lui sont faites.

L’espoir revient en 2003, lorsque deux nouveaux opérateurs se substituent aux précédents : Alfa (qui appartient à la société allemande Fall Détécom), et MTC Touch (du groupe koweitien MTC). Tous deux ont été les grands gagnants de l’appel lancé par le gouvernement libanais. Mais qu’ont-ils gagné réellement ? Tout juste le droit de gérer le réseau, comme le faisaient Liban Cell et Cellis après la résiliation du BOT. Pour assumer cette tâche, ils doivent cependant compter sur un revenu fixe presque divisé par deux : chacun reçoit un peu plus de 4 millions de dollars par mois, tout le reste allant à l’Etat. Avec cette somme, les opérateurs payent leur personnel et la maintenance du réseau, tandis que l’Etat doit assurer les investissements (par exemple : une chaise de bureau chez Alfa appartient à l’Etat. Si elle est cassée, c’est à Alfa de la remplacer. Mais s’il faut une chaise supplémentaire, c’est à l’Etat de payer). On peut donc répartir ainsi : en un an, les deux opérateurs reçoivent 100 millions de dollars. L’Etat, lui, en empoche 700 millions, soit plus de 20% des recettes de l’Etat.

Le cellulaire, un impôt indirect

« La téléphonie mobile n’est pas considérée par l’Etat comme un service commercial, mais comme une taxe sur les consommateurs », s’insurge Zouhair Berro, président de Consumers Lebanon. Son association, soutenue par 23 syndicats, avait instauré une journée de boycott, en 2004, pour protester contre le prix du téléphone portable. « L’Etat a une perception fiscale plus qu’une vision commerciale de ce secteur », confie également Riad Bahsoun, membre de l’Union Internationale des Télécommunications. « Il y a un vrai manque de vision de la part du ministère, qui mène une politique dirigiste sans se soucier des consommateurs. Preuve en est qu’il n’y a jamais eu d’études sectorielles, ou de comportement de consommation. » Pourquoi d’ailleurs l’Etat le ferait-il ? Il est seul propriétaire des deux réseaux, il détient donc un monopole, dans un secteur où la demande est forte : sur le plan économique, l’équation fonctionne, il n’est pas obligé de baisser les prix.

Pourtant, d’autres calculs prouvent qu’une baisse des prix serait possible, et même bénéfique pour l’Etat. « Jamais dans le monde, que ce soit dans les pays pauvres ou dans les pays les plus riches, une compagnie de téléphone n’a perdu de l’argent en baissant ses prix. Nous avons des chiffres qui le prouvent », affirme Saad Nassir, directeur commercial de MTC, présente dans 19 pays. Or au Liban, le taux de pénétration (soit le pourcentage de personnes équipées en téléphonie mobile) est très faible : avec 900 000 abonnés, les deux compagnies ne fournissent de services qu’à 23% de la population. « Dans un pays comme le Liban, le taux de pénétration devrait être de 70% aujourd’hui », poursuit Saad Nassir. C’est donc un énorme marché potentiel qui n’est pas exploité : les futurs clients sont là, ils attendent que les prix baissent.

Le réseau se dégrade, faute d’être entretenu

Pourquoi l’Etat ferait-il, alors, un si mauvais calcul ? Du côté du ministère des télécoms, on explique que l’accord signé avec MTC et Alfa stipule que les prix sont gelés. « Car lors de la signature, on pensait que le secteur serait privatisé sous cinq mois. Aujourd’hui, il faudrait une décision du Conseil des Ministres pour changer les prix, et la situation politique ne le permet pas », confesse une source proche du ministère. Mais il y a aussi d’autres raisons, qui se résument toutes plus ou moins au même schéma : en matière de cellulaire, l’Etat se borne à encaisser une recette, il n’a pas une logique d’entrepreneur.

Il n’investit pas, par exemple, dans le réseau, alors qu’en augmentant le nombre de lignes disponibles, il pourrait baisser les prix des communications tout en maintenant ses recettes. « Une ligne de téléphone coûte à l’Etat 120 dollars. En six mois, il pourrait créer un million de lignes, et ouvrir le marché », suggère Riad Bahsoun. Mais améliorer la capacité du réseau ne semble pas être dans la tendance récente. « L’Etat n’honore pas son contrat avec les opérateurs de téléphone. Il devrait leur verser environ 25 million de dollars chaque année pour les investissements sur le réseau, mais il ne le fait pas. Aujourd’hui, aucune dépense n’est faite sur le réseau », confie un proche d’un des deux opérateurs, qui souhaite rester anonyme.

Or non seulement le calcul n’est pas bon, car l’Etat fait perdre de sa valeur au réseau libanais, qu’il revendra moins cher au moment de la privatisation. « Quand le réseau a été rendu par Cellis et Liban Cell, il était évalué à 2,5 milliard de dollars. Aujourd’hui, il ne vaut pas plus de 400 000 dollars », poursuit notre interlocuteur. Mais en plus, pour les consommateurs, le service va en se dégradant, puisque le réseau sature. « Normalement, un opérateur utilise 70 à 75% des capacités de son réseau. Comme ça, il se réserve une marge et s’assure que les abonnés seront satisfaits de leur service. Au Liban, le réseau est utilisé à 100%, ce qui ne laisse pas de marge, et qui explique par exemple que le jour du Nouvel An, les SMS mettent sept heures avant d’arriver à leur destinataire », explique Saad Nassir. Finalement, l’Etat y perd là encore de l’argent, car chaque fois qu’une communication ne passe pas ou est interrompue, c’est autant qu’il n’empochera pas.

Inter : La privatisation, le rêve des opérateurs
Aujourd’hui, « il n’y a absolument aucune raison technique qui explique le prix démesuré des communications. Nous avons des équipements internationaux, cela ne devrait pas être plus cher qu’ailleurs », déclare un ancien de Liban Cell. Et le prix de revient d’une communication est minime pour l’Etat : « les équipements sont amortis, les relais d’appel rentabilisés, les commutateurs aussi, comme il n’y a aucun investissement sur le réseau, l’appel ne coûte presque rien à l’Etat », poursuit-t-il. Pour observer un réel changement dans la tarification du téléphone portable, il ne semble donc y avoir qu’une solution : attendre qu’après avoir épuisé au maximum le réseau existant, en offrant un revenu minimum aux opérateurs, l’Etat revende le réseau et le privatise.

C’est d’ailleurs l’unique perspective qui motive les deux sociétés de téléphone. Car chez Alfa comme chez MTC, à demi-mot et sans le crier trop fort, on avoue que les 4 millions que l’Etat paye chaque mois pour le fonctionnement de la société suffisent à peine. « Le Liban est un pays intéressant, et c’est pour cela que nous investissons dans l’avenir », se projette le directeur commercial de MTC Touch. « Notre problème, c’est que la réalité n’est pas communiquée aux libanais. Pourtant, les gens aiment leur pays, ils comprendraient sûrement si on leur disait que l’argent est utilisé pour payer la dette. Mais en attendant, nous sommes les premiers à recevoir les critiques, sans pouvoir changer quoi que ce soit ».

A terme, la privatisation est toujours l’objectif mis en avant par le ministère des télécommunications. Mais en attendant, les acteurs concernés persistent à demander des changements de fond : « il faut changer le système d’imposition libanais, qui fait payer les consommateurs les plus démunis, à travers le prix du cellulaire », revendique Zouhair Berro, président de Consumers Lebanon. D’autres, comme Riad bahsoun, appellent à une dépolitisation du dossier : « Le ministère des télécoms est précisément le poste qu’il ne faut pas confier à quelqu’un qui est politisé, tout comme la santé ou l’électricité ». Il conclut : « si les choses ne changent pas rapidement, et que le Liban ne se met pas au moins au niveau du Soudan, on va vers un clash : il y aura des fraudes et des utilisations illégales ».
Anna d’Herria

INTERNET : L’ADSL, un rêve à portée de main ?

Le géant français Alcatel vient d’annoncer la signature d’un nouveau contrat avec le fournisseur de services Liban Globalcom Data Systems, qui sera chargé de mettre en service l’ADSL au premier trimestre 2006. L’annonce a été faite le 24 janvier. Les choses avancent, donc, enfin, sur le terrain des connexions haut débit. Si le secteur privé se prépare à l’accueillir, c’est que du côté des pouvoirs publics, des signes tendent à montrer qu’après cinq ans de discussion autour de la question, des décisions vont être prises. Rien n’empêchait jusque là la mise en place de l’ADSL, qui utilise les prises de téléphone classique pour la connexion. D’un point de vue technique, il fallait simplement installer des « D-Slams » dans les centres téléphoniques, auxquelles les sociétés se connectent pour offrir le service internet. Depuis peu, l’Etat a autorisé leur installation.

Restait ensuite l’aspect législatif : il faut fixer les règles, essentiellement entre le ministère et les fournisseurs d’accès. Les discussions sont en cours en ce moment. « Le ministère en discute, c’est une avancée qu’il ne faut pas minimiser », dit Maroun Chamas, président de la société IDM, qui fournit un accès à Internet, et président du pôle technologique Berytech. « Mais pendant des années, ça n’a pas bougé parce que les gouvernements successifs n’ont pas mesuré l’importance d’Internet sur un plan sociologique et économique. Il y a eu un véritable manque de vision : ils n’ont pas vu Internet comme une source de croissance pour l’économie, mais seulement comme une source de revenu ».

C’est ce qui explique, entre autres, les prix élevés de la connexion à Internet. Car Ogero, société publique qui achète du débit sur le marché international, facture ensuite un méga à 9000 dollars, aux fournisseurs d’accès à Internet. Pas besoin de comprendre ce qu’est un méga pour saisir que le tarif est élevé, il suffit de comparer : en France, le méga coûte 200 dollars environ ; en Jordanie, il coûte1000 dollars.

Or au Liban, non seulement les prix sont élevés, mais le débit trop faible. « J’ai travaillé en Jordanie en 2001, ils ont mis un an, en partant de zéro, pour installer l’ADSL », se souvient Yann Rotil, de e-biz production, une société de web marketing installée au Liban. Lui qui construit des sites Internet pour les entreprises, constate tous les jours les conséquences de la lenteur du système actuel. « Les entreprises se plaignent du prix des connections, ça les ralentit beaucoup dans leur travail, c’est une perte de temps incroyable. Et nous même, nous fonctionnons parfois à 20% de nos possibilités à cause de la connexion ».
Pour éviter de payer l’installation entre 75 et 380 dollars, beaucoup de particuliers se replient sur les sociétés qui se connectent illégalement et directement par satellite. On suppose aujourd’hui qu’il existe 60 000 connexions de ce type, pour 80 000 légales dans le pays. « Le marché parallèle s’est développé parce que l’Etat libanais n’a pas pris conscience qu’il y avait un besoin. Quand l’Etat prendra les choses en main et qu’il baissera les prix, il n’y aura plus de piratage », conclut Maroun Chamas, directeur d’IDM.

Une instance de régulation, préalable à la privatisation

Le projet est à l’étude depuis longtemps. « En 1997, deux experts de la direction générale des postes et télécommunications française sont venus en mission pour la création d’une autorité de gestion, se souvient Riad Bahsoun, représentant du Liban auprès de l’ Union Internationale des Télécommunications. Neuf ans après, rien n’a avancé ». Une instance de régulation est pourtant le préalable indispensable à la privatisation des réseaux de téléphonie. Selon une source proche du ministère des télécommunications, une autorité de régulation a été créée en décembre dernier, il ne resterait plus qu’à désigner les cinq membres de son directoire, en conseil des ministres. L’autorité serait « complètement indépendante, composée d’une panoplie de spécialistes, et pourvue d’autant de pouvoirs que ses équivalents en Angleterre ou en France ». Pour Riad Bahsoun, il est temps que cette autorité soit mise en place, car « il en existe dans presque la totalité des pays ». Elle permettrait d’éviter les situations de monopole, comme il en existe aujourd’hui dans ce secteur, mais aussi de punir les tentatives de cartellisation – soit quand des entreprises fixent ensemble leurs tarifs pour éviter la concurrence et la baisse des prix.

Beyrouth,02 07 2006
Yann Rotil
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