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Marseille : l’histoire en face

On ne naît pas marseillais, on le devient... Un livre de Pascal Blanchard fait resurgir la réalité, trop souvent niée, de l’immigration coloniale.

La légende a la peau dure autant qu’elle semble douce aux oreilles des Marseillais. Il y a vingt-six siècles, donc, des navigateurs phocéens posèrent l’ancre dans une paisible anse de la Méditerranée habitée par les Ségobriges. Leur chef donna au capitaine grec, Protis, sa fille, Gyptis, et son territoire.

Ils se marièrent et vécurent heureux. Leur union fonda Massalia. L’étranger venant de la mer accueilli à bras ouvert comme matrice de l’histoire de la ville : Marseille tient et entretient son mythe fondateur. Mais, manifestement, Marseille a beaucoup plus de problèmes avec la réalité et l’actualité de l’immigration. Voilà ce que nous rappelle un magnifique ouvrage (1), réalisé sous la direction de Pascal Blanchard (lire entretien ci-dessous) et Gilles Boëtsch.

Malgré les incompréhensions et les doutes, les deux historiens ont mené un travail de recherche qui, au final, remet en lumière un siècle d’immigration coloniale à Marseille. Si personne n’a oublié « l’âge d’or » de l’économie marseillaise (jusqu’en 1960), tout le monde feint d’ignorer que le système reposait sur les « flux » de marchandises et d’hommes de l’empire colonial. Les auteurs notent d’ailleurs qu’« il manque une mémoire aux nouvelles générations, une "mémoire" qui n’est pas celle d’une minorité dans la ville mais celle de la majorité de ses habitants ». Autant dire que la « Marseille des Marseillais » tant de fois magnifiée par Jean-Claude Gaudin relève de l’image d’Épinal.

Car tout au long du XXe siècle, entamé avec la première exposition coloniale en 1906, au cours de laquelle Marseille se proclama « capitale d’empire », le visage de la deuxième ville de France n’a cessé d’être modelé par les immigrations. On connaît assez bien l’histoire de ces Italiens, immigrés économiques d’abord, puis à partir des années vingt réfugiés politiques, qui marqua tant la ville jusque dans les années cinquante. Mais sait-on qu’en 1905 les employeurs firent venir des ouvriers kabyles afin de remplacer justement des salariés italiens, jugés trop revendicatifs ? Que le recrutement en Algérie se fit massif dès la fin de la Première Guerre mondiale ? La presse voit cette nouvelle vague organisée par la bourgeoisie d’un bon oeil, avant que le « travailleur colonial » ne soit confiné dans un statut de « citoyen inférieur, mais en permanence infériorisé » (Michel Peraldi). Difficile d’aller expliquer aujourd’hui à leurs descendants qu’ils sont « issus de l’immigration », alors que leurs familles sont « marseillaises » depuis parfois un siècle. Qui se souvient que le « commerce colonial » a attiré dans la cité phocéenne des Indochinois ? Pourquoi a-t-on oublié l’immigration militaire, ces soldats malgaches, ces tirailleurs sénégalais qui ont fait « souche », comme on dit ? Et le fameux « petit Harlem » des années trente ? Où se trouve le monument honorant la mémoire des tabors marocains et tirailleurs algériens de la 1re armée française en première ligne lors du débarquement de Provence en août 1944 ? « À Marseille, les mécanismes d’oubli sont à l’oeuvre », constate Pascal Blanchard.

C’est un peu plus que de l’amnésie : un effacement de l’histoire réelle derrière une version officielle. Pour preuve, cette déclaration de Jean-Claude Gaudin en 2001 au quotidien la Tribune (2) : « Le Marseille populaire, ce n’est pas le Marseille maghrébin, ce n’est pas le Marseille comorien. Le centre a été envahi par la population étrangère, les Marseillais sont partis. » Pourtant, comme le dit le sociologue André Donzel, « on ne naît pas marseillais ». Vaste programme que la simple reconnaissance de ce fait.

(1) Marseille, porte sud. Un siècle d’histoire coloniale et d’immigration, Éditions La Découverte. L’ouvrage sera présenté le vendredi 2 décembre à l’Alcazar dans le cadre d’une journée de colloque-débats.
(2) Cité dans Gouverner Marseille, Michel Peraldi, Michel Samson,
Éditions La Découverte.


Marseille,11 21 2005
Rédaction
L'Humanité
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