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Le dialogue euroméditerranéen: Trop de non-dits et d’arrière-pensées

Par Francis GHILES

Francis Ghilès est membre de l’Institut européen de la Méditerranée (Iemed). Situé en Espagne, l’Iemed est une sorte de think thank qui agit en tant qu’observatoire des politiques méditerranéennes.

Ghilès a été durant de longues années le spécialiste du Maghreb pour le quotidien britannique Financial Times. Il a donné et donne de nombreuses conférences et analyses sur le monde arabe et la Méditerranée

Le dixième anniversaire du Processus de Barcelone provoque une inflation de séminaires, rencontres et conférences dans lesquelles une lassitude certaine, un cynisme discret et une ignorance souvent profonde de l’autre se disputent les faveurs d’un public qui ne sort guère éclairé de ces échanges dont le but affiché est de promouvoir le dialogue entre les deux rives de la Méditerranée.
Le dialogue euro-méditerranéen est d’ailleurs expression impropre puisque le continent européen ne dialogue pas avec Mare nostrum (en latin de Rome: «notre mer») mais avec des pays et des peuples. Mais soit! Le dialogue euro-med souffre d’une politisation désordonnée et constante.

A court d’arguments, ceux du Sud jettent à la face des analystes européens l’incapacité de l’UE à influer sur le cours des évènements au Moyen-Orient. Alors que leur obsession avec Israël a depuis longtemps empêché les Arabes d’analyser leurs propres faiblesses et de réfléchir aux moyens d’y remédier.

Trop d’intervenants du Nord n’hésitent pas à invoquer l’absence de démocratie au Sud pour expliquer le faible rythme de croissance.

De nombreux pays se rebiffent si l’on fait remarquer que les accords dits de libre-échange signés entre l’UE et les pays du Sud sont des accords en trompe-l’oeil, puisqu’ils excluent l’agriculture et la liberté de circulation des personnes.

· Inculture économique et immobilisme

A l’inculture économique et à la politisation s’ajoute le poids des préjugés.
En Espagne, les médias et de nombreux commentateurs ont du mal à voir le Maroc autrement qu’au travers du prisme de la question du Sahara et des pateras.
En France, le poids des rapports passés avec l’Algérie influe profondément sur les attitudes. Nombre de gens pensent que les Tunisiens et les Marocains sont plus civilisés que les Algériens et que si ces derniers sont Kabyles c’est tant mieux -un Berbère vaut toujours mieux qu’un Arabe!-.

Certains conférenciers du Sud sont chapeautés sans la moindre gêne par des agents de la sécurité des services consulaires de leur pays et ce, avec la complaisance des organisateurs de ces séminaires -autorités des pays européens et Commission européenne-. Personne au Sud n’admettrait, face à des critiques de participants israéliens, l’antisémitisme dont sont entachés nombre de livres scolaires utilisés dans les pays arabes. De toute manière, les Israéliens dans ces séminaires font généralement bande à part.

Il faut le savoir: l’Europe est déçue des pays partenaires de l’UE en Méditerranée. Les réformes économiques avancent lentement. Certains se demandent s’il ne conviendrait pas de parler de stratégie de l’immobilisme.Trop de réformes annoncées, voire votées, restent lettre morte dans la pratique. Seuls les officiels des deux rives feignent de croire qu’elles sont appliquées.

· Etats tricheurs

L’Etat, au Sud, reste souvent sclérosé, mauvais payeur et tricheur en cas de conflit, tant avec ses partenaires privés nationaux qu’avec les investisseurs privés étrangers. Il accepte rarement un arbitrage juridique transparent, équitable et rapide.
Les Européens ne sont guère en reste: ils flattent les puissants du Sud car ils craignent de perdre un contrat s’ils osaient dire un tant soit peu la vérité. Ils pensent que la moindre critique risquerait de déstabiliser tel ou tel pays du Sud, d’ouvrir la porte à l’islamisme radical.

· Trop de «fine bouche»

Néanmoins, il convient de rappeler que le Processus de Barcelone a été lancé par l’Espagne, dont le gouvernement a eu le courage de retirer ses troupes d’Irak et tente aujourd’hui de relancer le processus de dialogue méditerranéen. Au Sud, trop de responsables font la fine bouche: Barcelone +10 ne sera peut-être pas le plus grand sommet de tous les temps, mais pourquoi les pays partenaires de l’UE ne font-ils pas plus de propositions concrètes? Pourquoi ont-ils si peur d’encourager leurs peuples à dialoguer avec l’Europe et pas seulement leurs cadres, trop souvent triés sur le volet? Pourquoi ne tentent-ils pas tout simplement d’être plus francs sur les difficultés auxquelles ils font face dans le développement économique et social de leurs pays?
Les dirigeants européens, quant à eux, donnent souvent l’impression de ne pas savoir comment dialoguer avec les peuples des pays du Sud, avec certaines élites peut-être mais pas avec les peuples. Or, dans ce Sud, il y a quantité d’acteurs intéressants prenant bien rarement la parole: les hommes d’affaires, les intellectuels, les médecins, les artistes et notamment les jeunes musiciens qui composent des chansons qui en disent plus long sur la réalité de la vie que bien des rapports officiels. On les voit peu dans ces séminaires, on a parfois l’impression que ceux qui les organisent pensent qu’il en est mieux ainsi, ne fut-ce que pour éviter l’ire éventuelle des élites du Sud. Il faut des drames comme ceux de Sebta et de Melilia pour pouvoir enfin aborder certains thèmes avec franchise.

Les rencontres qui ont précédé le dixième anniversaire du Processus de Barcelone auraient peut-être donné lieu à des échanges plus constructifs si les peuples du Sud y avaient été conviés.

Dans ces réunions, jamais on ne rencontre d’émigrés marocains. D’Europe, leurs envois de fonds constituent 40% des dépôts bancaires de leurs pays d’origine. Pas davantage de migrants égyptiens vers le Golfe. Il est rare aussi de rencontrer dans ces grand-messes de hauts cadres du secteur privé européen qui sont entièrement ou pour part d’origine arabe ou berbère.

Trop rarement ose-t-on donner la parole aux moins de 30 ans qui constituent la majorité de la population des pays du Sud. Rares sont les artistes, ferment des pays arabes, qui y sont invités tant le dialogue culturel euroméditerranéen a été institutionnalisé, donc fossilisé. Il est rare d’y rencontrer des spécialistes allemands ou anglais et, pourquoi pas, des Indiens et des Chinois. La globalisation du monde semble être passée complètement à côté de ces rencontres: on se gargarise de la contribution unique qu’auraient apportée les Grecs à la civilisation universelle. Bref, on fait dans le «pathos de l’huile d’olive et du jasmin».

On oublie que ce n’est pas en se repliant sur elle-même que la Méditerranée saura faire face aux défis qu’elle affronte. Il faut qu’elle s’ouvre au monde et aux peuples. Les débats y seraient plus brutaux, peut-être, mais plus intéressants.
Le Processus de Barcelone n’a pas échoué; contrairement à ce que trop d’intervenants dans ces séminaires prétendent.

Vu les circonstances, il a contribué à faire progresser le dialogue entre les deux rives. Mais il est condamné à s’ouvrir aux peuples et au monde au-delà de Mare nostrum si l’ambition affichée par le gouvernement espagnol de faire dialoguer les civilisations, pour forger une alliance entre elles, a une chance d’aboutir.
Si tel n’est pas le cas, les peuples se chargeront de dialoguer, fut-ce par des voies et en des lieux qui échappent totalement à l’œil si peu indiscret des «séminaires bon chic bon genre».

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Incorrigible mépris et lourdes hésitations

Ils veulent le changement, mais ont une peur bleue de ce qui pourrait advenir si tant est qu’un des pays du Sud offrait à ses citoyens un vote vraiment libre.
Alors, se disent les dirigeants du Nord, autant continuer à mentir! Ils murmurent entre eux que «ces Arabes, ces musulmans sont décidément incorrigibles (…) jamais ils ne pourront prétendre à la sophistication ou au développement des Européens».
Ce mépris est plus profondément ancré qu’il n’en paraît.

Chaque interdiction de journal ou emprisonnement de journaliste au Sud confortent de telles attitudes. Les intervenants du Sud -officiels s’entend-, n’arrangent rien en approuvant les Européens qui les flattent et en critiquant, souvent vertement, ceux du Nord qui tentent des analyses lucides et nuancées.

L’Europe aujourd’hui doute de son destin, ce qui ne l’aide guère à proposer une politique ambitieuse à ses partenaires du Sud. Il n’est que de voir le ton des échanges entre la France et la Commission européenne, les échanges aigres-doux entre les dirigeants français et britanniques, pour comprendre que l’Europe peine aujourd’hui à prendre des initiatives extérieures.

Le débat sur la Turquie a mis à nu des préjugés partagés par de nombreux Européens: il ne faut guère se faire d’illusions sur le dialogue qui peut être mené avec le Sud -avec des Arabes-.

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Simplisme et langue de bois

Plusieurs facteurs concurrencent à produire des discours dans lesquels l’autosatisfaction le dispute au simplisme, discours qui rendent rarement compte de la multiplicité et de la complexité des liens -notamment humains- qui unissent les peuples des deux rives.

Le simplisme: les ONG occidentales semblent souvent avoir fait de l’avènement de la démocratie ou de l’égalité des droits des femmes arabes leur unique cheval de bataille. La langue de bois: trop souvent les diplomates et fonctionnaires européens ou arabes prétendent, contre toute évidence, que les politiques lancées par leurs gouvernements ou la Commission européenne sont des modèles de réussite, alors que tel n’est pas le cas. Au Nord, on prétend que le dialogue avec les pays du Sud est une priorité, ce qui est bien rarement le cas. Au Sud, on se plaint de l’aide modeste -dit-on- que l’UE accorde aux pays partenaires, mais on fait systématiquement l’impasse sur les 200 milliards de dollars d’épargne provenant de privés du Sud qui sont investis en Europe au lieu d’être mis au service du développement de leurs pays respectifs. D’autres rappellent systématiquement que l’UE ne les aurait pas suffisamment aidés pour combattre le terrorisme islamique, alors que ce thème n’est pas l’objet de la discussion. S’ajoute à cela que la culture économique de la majorité des participants paraît souvent pauvre -certains débats donnent l’impression que la Méditerranée est le dernier refuge du tiers-mondisme-.

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Hypocrisie fatigante

Peu d’acteurs économiques en provenance du Sud, fussent-ils du secteur privé, osent critiquer les représentants de leurs gouvernements. Au Sud, nombreuses sont les critiques qui fusent vers ce Nord où tant d’Arabes rêvent, quoiqu’ils puissent dire, de vivre. Si l’on ouvrait les portes du Maghreb ou du Machrek demain, combien de millions de personnes se porteraient volontaires pour un exode immédiat? Nombreux sont ceux au Nord qui ont l’impression que la virulence des critiques portées par ceux du Sud à leur égard constitue un exutoire pour des critiques qu’ils aimeraient bien porter à l’adresse de leurs dirigeants.

Chaque pays du Sud se présente comme le meilleur élève de la classe face aux desiderata de l’UE ou de la Banque mondiale. Certains discours relèvent de Ubu Roi: devant de grands patrons de l’industrie et de services européens, combien de hauts fonctionnaires et de ministres du Sud déclinent un discours en contradiction parfaite avec ce qui se passe sur le terrain. Ces jeux de miroirs à l’infini finissent par lasser même ceux qui sont orfèvres en la matière. Parfois, le résultat est franchement drôle, souvent il est lassant. Ce qui est sur, c’est qu’il suscite un cynisme grandissant et dangereux.
Rares sont les débats où l’on discute, en connaissance de cause et avec un minimum de respect pour la réalité et la complexité du dossier traité, de ce qui se passe sur le terrain. Trop d’arrière-pensées, de non-dits, parasitent le discours.

Casablanca,11 14 2005
Francis Ghilès
L'Economiste
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