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Maroc - La longue agonie des salles de cinéma

· Pour certains, voir un film se faisait en famille
· D’autres le faisaient, seuls, en cachette


«Quand j’avais dix ans, pour aller au cinéma, mes parents exigeaient une tenue soignée. La cravate était de rigueur».

Comme Hassan Belkadi, chirurgien-dentiste et fils d’un exploitant de salles de cinéma, beaucoup d’anciens cinéphiles associent, dans leurs souvenirs, le simple fait d’aller voir un film à une grande fête. Il fallait s’y préparer et l’organiser dans les règles de l’art.

“Il y a trente ans, les distractions étaient limitées. La télévision n’était pas encore là. Pour nous, c’était un grand événement que d’aller au cinéma”, se rappelle un quadragénaire, amoureux invétéré des salles obscures.

En ces temps, allait voir un film se faisait en famille, souvent le soir. “A l’entrée, grands et petits se bousculaient. C’était un immense plaisir pour nous autres enfants, de regarder les adultes descendre des voitures en tenue de soirée”, se souvient avec nostalgie Hassan Belkadi.

Amoureux des salles obscures, Mohamed Sof, aujourd’hui traducteur assermenté, l’est aussi. Mais sa passion, il l’a vécue, lui, dans la “clandestinité” et les cachotteries. “Ma famille m’interdisait d’aller au cinéma. Pour elle, c’était un lieu de débauche et relevait donc du “Haram””. Interdiction, il va sans dire, que ce petit garnement de Hay Mohammadi n’hésitera pas à braver. “Le refus de ma famille ne faisait qu’attiser mon amour pour les cinoches”. Il allait donc voir tous les films qu’il voulais en cachette. Ce qui décuplait encore, dit-il, le plaisir que cela lui procurait. Sa prédilection, les matinées enfantines programmées les dimanches. Le ticket d’entrée n’excédait pas alors, dit-il, les 0,50 dirham (1,50 dirhams pour les adultes le reste de la semaine).
Dérisoire, reconnaît-il, mais pour lui, c’était inaccessible. Mais qu’à cela ne tienne ! Une solution est vite trouvée. “Au lieu de prendre le bus pour aller à l’école, j’y allais à pied. Et avec la petite somme ainsi économisée, je pouvais me payer une séance”, raconte-t-il une lueur malicieuse dans les yeux. Quatre kilomètres environ séparaient son domicile à Hay Mohammadi du lycée Imam Malek (près de Casa Voyageurs) où il étudiait alors. “Plus tard, une autre solution se présente à lui: donner des cours d’arabe le soir dans une école privée”, se rappelle Mohamed Sof dont le visage s’animait au fur et à mesure que le flot de ses souvenirs coulait.

Comme beaucoup d’autres cinéphiles, ses souvenirs sont peuplés de péplums, de films comiques (Charlie Chaplin, Laurel et Hardy, Buster Keaton…), de films hindous, américains et égyptiens. Dans chaque quartier, il y avait au moins deux, voire quatre salles de cinéma. Dans une seule ruelle du Mâarif, il y en avait quatre: Rex, Familia, Mondial et Monte-Carlo”, se souvient un autre habitué de ces salles, dont seules deux subsistent. Mieux encore, ajoute-t-il, chaque quartier avait, à cette époque, son propre cinéclub où avaient lieu des discussions animées autour de films partagés. Ce qui faisait leur bonheur à ce moment, c’était surtout les séances spéciales programmées dans les grandes salles du centre-ville (à Casablanca) où sont projetés des films d’auteurs. Tout cela, affirment-ils, a aidé à forger leur personnalité et à les sensibiliser aux grandes idées de l’époque. “On n’était jamais le même après avoir vu un film. On était particulièrement marqué par le cinéma de l’Europe de l’Est qui traitait de la lutte des classes”, raconte un cinéphile et ancien militant de gauche.

“Tout cela est loin maintenant. Le public a déserté les salles aujourd’hui délabrées. Le cinéma ne fait plus rêver. Ce n’est plus un lieu de divertissement”, regrettent ces amoureux du cinéma.

Les salles qu’ils fréquentaient, souvent dans leurs quartiers mais aussi au centre-ville, se sont dégradées quand elles n’ont pas tout simplement mis la clé sous le paillasson. Certaines ont été carrément rasées pour libérer le terrain. Beaucoup de propriétaires, après avoir longtemps bataillé pour préserver leurs joyaux, ont baissé les bras cédant à la tentation de gains rapides et sûrs.

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Il ne fait plus rêver

A Casablanca, le somptueux Vox, conçu dans les années 30 et rendu célèbre pour la diffusion d’actualités qu’il tournait lui-même, a été rasé depuis longtemps et transformé en parking. En 2005, le cinéma l’Arc, toujours à Casablanca, a déposé aussi les armes, et, beaucoup d’autres menacent d’en faire autant. Mais ce sont surtout les cinémas de quartier, qui sombrent, les uns après les autres, qui renseignent le plus sur l’ampleur du mal qui frappe le parc cinématographique. Kawakib et Mauritania allaient subir le même sort, si ce n’était les protestations et la lutte acharnée des cinéphiles et nostalgiques qui y voient un grand patrimoine culturel à préserver. “Cela fait mal au cœur que de voir un si grand patrimoine, mémoire de tout un pan de notre histoire, faire l’objet des tractations de spéculateurs”, estime un universitaire et critique de cinéma, qui a requis l’anonymat.

D’autant, ajoute-t-il, que les salles disparues n’ont jamais été remplacées, appauvrissant les quartiers et privant leurs habitants de ces espaces de loisirs. “A Aïn Chock, par exemple, pas une seule salle où se distraire”, regrette Mohamed Sof.

Avec une pointe d’amertume, il ajoute: “Les salles qui résistent encore sont dans un tel état de délabrement que personne de sensé n’oserait s’y aventurer. Un crochet du côté d’Al Kawakib ou Mauritania, à Derb Soltane, suffit à vous en convaincre”. Saletés, sièges bancals, bruits suspects, coupures… tant d’incommodités découragent les plus fervents cinéphiles.

Pis encore, se souvient cet autre: “Il y a deux mois, j’ai été voir un film dans une salle du centre-ville à Casablanca. C’était un mercredi soir. A ma grande surprise, on nous a refusé l’accès. Et pour cause: on n’était que 4 ou 5 personnes, on ne pouvait donc projeter le film pour un si petit public”.

Auparavant, se rappelle un propriétaire de cinéma, le plus gros des recettes était réalisé le soir. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, avec tous les problèmes d’insécurité. Le profil des spectateurs a également changé: peu de jeunes, quelques couples et surtout moins de familles.

Une véritable rupture s’est produite. Le cinéma ne fait plus rêver. “C’est vraiment triste que des générations toutes entières aient grandi sans connaître les émois et grandes joies que nous procurait une séance de cinéma”. Ou du moins, pas autant qu’il y a trois ou quatre générations. En tout cas, il n’arrive plus à soutenir la concurrence des films piratés ou des cafés transformés en salles de projection. Ces derniers se sont tellement développés qu’ils ne laissent plus aucune chance aux salles de cinéma.

Casablanca,10 24 2005
Khadija El Khassani
L'Economiste
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