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Littérature - Etre du Liban

Dans la saga de Charif Majdalani, le narrateur hésite, le grand-père plante des orangers et les Turcs bannissent toute la famille en Anatolie.

Charif Majdalani
Histoire de la Grande Maison Seuil, 322 pp., 21 €.


'Histoire de la Grande Maison est un pur et complexe produit du métissage. Le roman raconte l'histoire d'une famille libanaise orthodoxe francophile, de la fin du XIXe siècle jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Il est écrit en français, sa langue maternelle, par un Arabe chrétien. Pour savoir ce que cet Arabe chrétien dit des Arabes chrétiens, du métissage et de la littérature francophone (mais aussi de l'immigration, des minorités ou des Ostrogoths), il faut lire Petit traité des mélanges, du métissage culturel considéré comme un des beaux-arts (1), un essai où il traite de ces questions avec enthousiasme, générosité et légèreté, et qu'il aurait pu aussi bien appeler Eloge de l'impureté, comme il a titré l'un des chapitres.

Le roman, l'Histoire de la Grande Maison donc, pourrait être décrit comme une saga familiale ou «comment Wakim Nassar, jeune homme de la bourgeoisie orthodoxe et proscrit de Beyrouth pour des raisons obscures, réussit, à force d'intelligence, d'orgueil, de courage, de panache et de sens politique, à inventer la culture de l'oranger au pays du mûrier, à fonder une famille et un clan». La «grande maison», au milieu du domaine d'Ayn Chir, autrefois la campagne, aujourd'hui un quartier de Beyrouth, est le symbole de sa réussite, de sa puissance et de sa gloire. La deuxième partie du livre raconte comment la Première Guerre mondiale, le bannissement en Anatolie et la folie égoïste d'un de ses fils déferont ce que Wakim a fait. A cause de la distance et du point de vue établis par le mode de narration, ce roman est encore autre chose qu'une saga. Il est aussi la relation des recherches du narrateur pour reconstituer cette histoire malgré les non-dits, les mensonges et les oublis familiaux. Et la relation des hésitations et des choix d'un narrateur qui réussit à être visible sans être importun. «C'était un parti pris dès le départ, dit Majdalani lors d'une rencontre à Paris. Je ne voulais pas donner l'impression que ce récit était complètement un document ni complètement une invention. C'est aussi un choix esthétique, j'ai toujours du mal à considérer comme indubitable le choix qu'on fait d'une histoire. J'aime les hésitations.» Vers le début, on peut ainsi lire : «(Wakim) marche, et je viens de décider qu'il descend, par les traverses, vers la ville. (...) Il passe dans une odeur de linge propre et de feuilles de laurier bouillies.» Et plus tard : «Les détails de la rencontre (de Wakim et Hélène), il va donc falloir les imaginer de toutes pièces. Le nombre des histoires possibles est presque infini.»

Le narrateur a pour cette histoire la tendresse qu'on peut avoir pour un monde disparu, mais sans nostalgie, et sans rien de ce «rêve un peu réactionnaire» que peut parfois contenir la contemplation du passé proche. Il recrée des scènes de bonheur bourgeois au début du XXe siècle, «les femmes, empêtrées mais joyeuses, passent leurs journées ensemble, assises au milieu des étoffes de leurs robes, servies par une kyrielle de servantes, brodant, lisant les gazettes, discutant de l'imminence du conflit». Il raconte aussi le bannissement en Anatolie, quand Wakim et sa famille sont déportés dans un village kurde en 1916, et assignés à résidence dans des maisons à moitié détruites dont les habitants arméniens ont été massacrés.

Le roman tourne autour de Wakim, grand-père du narrateur, et héros, grec au point d'enlever une Hélène qui deviendra sa femme. L'enlèvement d'Hélène, et son baptême, sont racontés en dix pages magnifiques, composées de quelques phrases à la fois très longues et très rapides, jusqu'à la dernière qui se termine par «... et finalement les cavaliers du Kesrouane ouvrent complètement le passage et il devient clair que la guerre de Troie n'aura pas lieu». Majdalani dit : «J'ai voulu que Wakim soit une sorte de héros épique, un personnage antépsychologique. De ce traitement épique du personnage du père, on passe au traitement psychologique du personnage du fils. En même temps, on passe d'une perception héroïque à une perception plus historique du récit.» Le deuxième pivot du roman est donc Farid, fils de Wakim et antihéros. Antihéros, à la fois dans son traitement littéraire et parce que, avec toute la beauté et la séduction qui lui ont été données, il est l'énergie négative de cette histoire, celle qui apporte le mal et la destruction. «C'est lui qui fait basculer l'histoire familiale», dit Majdalani. Parce qu'il la mène à la ruine, mais pas seulement : «C'est quand le père du narrateur lâche la vérité sur lui que l'histoire peut s'écrire.»

Wakim et Farid sont comme des forces contraires, l'un édifie, l'autre détruit, ils sont contraires aussi dans la manière de donner. «Ce livre aurait pu s'appeler Essai sur le don. Il est bâti sur l'opposition entre le père, qui donne pour construire et être quitte moralement, il travaille à sa grandeur, et le fils qui donne pour le geste», dit l'auteur. Dans le roman, un cousin remarque qu'il y a chez Farid une «nécessité impérative de faire des largesses (aux femmes), de donner sans compter aux misérables. (...) Il y a indubitablement dans cette générosité le désir d'être reconnu, mais aussi le souci de faire plaisir, d'éblouir, de créer du bonheur chez le mendiant comme chez la femme ou l'amante d'un jour, cette création de bonheur n'étant pas altruisme mais pur souci esthétique». Devenu vieux et dépendant de sa famille, Farid, celui de la vraie vie, continue à donner, du temps, de l'attention, à l'auteur qui est beaucoup le narrateur. «Farid est inspiré d'un personnage véritable. Un homme insupportable, un monstre qui m'aimait beaucoup, et que je voyais comme un dandy admirable, jusqu'à ce que je comprenne qui il était», quelle responsabilité son odieux égoïsme a dans la ruine de la famille. C'est à cause de lui que son plus jeune frère, le père du narrateur, a été obligé de quitter son pays. Mais aussi de partir à la découverte de nouveaux mondes. «Regardons maintenant nous aussi du côté d'où vont surgir... les nouvelles terres de l'exil... et songeons avec lui que là-bas tout va devoir bientôt recommencer.» Il est vrai que le livre s'était ouvert sur une phrase de Saint-John Perse (Anabase, IV) : «C'est là le train du monde, et je n'ai que du bien à en dire.» Majdalani commente : «C'est ma vision sur ce monde-là. Des malheurs et des catastrophes peuvent arriver, mais on peut en faire quelque chose de beau. Ce qui advient est bien, on l'admet, il n'y a qu'à l'aimer. Je suis comme ça, en espérant qu'il ne m'arrivera pas de grands malheurs qui me feront changer d'avis.»

Charif Majdalani est né en 1960 à Beyrouth. Elevé dans une famille francophone, il a commencé par lire Tintin, Spirou et la comtesse de Ségur. A 20 ans, il part faire ses études en France et choisit Aix-en-Provence à cause d'une photo du cours Mirabeau vue dans un dictionnaire. Il passera treize années en Europe, d'où il ramènera (il le raconte dans un court texte autobiographique) une passion pour «tous les baroques impurs, celui de Sicile, de Provence, et mon rêve est d'aller à Ouro-Preto au Brésil. (...) Une de mes activités favorites est de chercher des exemples des "mélanges" les plus inattendus ou les moins connus (minarets dans les alpages d'Europe centrale, architecture viennoise du grand souk de Damas, rococo dans l'architecture ottomane tardive). (...) Je collectionne ces petites raretés comme d'autres les timbres ou les papillons». Après une thèse de littérature et quelques années d'enseignement, il rentre au Liban en 1993, à la fin de la guerre. Il a collaboré à l'Orient-l'Express, le magazine francophone du journaliste Samir Kassir, assassiné en juin dernier. Il dirige aujourd'hui le département de lettres françaises de l'université Saint-Joseph. Parmi les écrivains qu'il aime citer, on trouve Elias Khoury, Hassan Daoud et Naguib Mahfouz, Stendhal, Garcia Marquez, Rushdie, Volodine, Olivier Rolin et Pierre Michon. Et aussi Proust, «pour le traitement de la texture du temps, l'immense désenchantement joyeux et la façon dont il parle des gens. Il m'ennuie quand il décrit un tableau, mais j'adore quand il décrit une comtesse ou un cocher» ; et Claude Simon, «comme Homère, pour le côté paysan et soldat, la confrontation de l'homme à son destin». Bien sûr, il aime l'histoire grecque, il écrit : «J'aime les paysages grecs, les cyprès, les genévriers et les vieux temples antiques, comme j'aime les paysages de la montagne libanaise où dorment les vieux temples sauvages de l'hellénisme oriental.» Il ajoute : «Ce n'est pas vraiment la Grèce classique que j'aime, mais plutôt l'épopée d'Alexandre et son Anabase (et l'Anabase de Xénophon, et celle de Saint-John Perse !), et l'époque de l'hellénisation de l'Orient et son immense syncrétisme dont je suis un peu le lointain résultat.»

(1) Publié en 2002 aux Editions Layali,
à Beyrouth.


Beyrouth,10 10 2005
Rédaction
Libération
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